Philippines: Duterte dit à un expert de l'ONU d'aller "au diable"

Philippines: Duterte dit à un expert de l'ONU d'aller "au diable"
Le président philippin Rodrigo Duterte à Manille, le 2 juin 2018

AFP, publié le dimanche 03 juin 2018 à 12h20

Le président philippin Rodrigo Duterte a estimé dimanche qu'un expert de l'ONU pouvait aller "au diable" pour l'avoir critiqué sur le récent limogeage de la présidente de la Cour suprême de l'archipel.

Diego Garcia-Sayan, le rapporteur spécial de l'ONU sur l'indépendance des juges et des avocats, avait accusé M. Duterte de livrer avec ses actions contre Maria Lourdes Sereno une "attaque brutale" contre le pouvoir judiciaire.

Les juges de la Cour suprême ont voté en mai le limogeage de cette femme qui avait pourfendu la campagne meurtrière contre la drogue de M. Duterte et son bilan en matière de droits de l'Homme.

"Dites-lui (à Diego Garcia-Sayan) de ne pas se mêler des affaires de mon pays. Il peut aller au diable", a-t-il déclaré à des journalistes à Manille, en affirmant par ailleurs qu'il n'avait rien à voir avec le limogeage de l'ex-chef de la Cour suprême

Première femme à présider la plus haute juridiction de l'archipel, Mme Sereno figure parmi les personnalités de l'archipel qui ont été ciblées après avoir critiqué le président. 

Elle doit en parallèle affronter une procédure d'impeachment à l'américaine, c'est-à-dire de mise en accusation devant la chambre des représentants, la chambre basse du Congrès.

M. Duterte avait enjoint en avril les élus "d'accélérer" la mise en accusation.

Mme Sereno est accusée de s'être soustraite au paiement de deux millions de pesos (40.000 dollars) d'impôts et d'avoir falsifié des jugements de la Cour suprême.

L'opposition au président accuse ce dernier de vouloir écarter ses ennemis et de régner en autocrate sur l'archipel.

Mme Sereno s'était montrée critique envers la campagne antidrogue du président. Elle s'était inquiétée du fait qu'il avait publiquement accusé sept juges, désignés nommément, d'être mêlés au trafic de drogue. M. Duterte avait répliqué en menaçant de décréter la loi martiale.

Depuis l'arrivée de M. Duterte au pouvoir, la police déclare avoir tué environ 4.200 personnes soupçonnées de trafic ou de consommation de drogue. Les défenseurs des droits évoquent un bilan trois fois supérieur.

M. Garcia-Sayan avait estimé vendredi que les menaces publiques contre Mme Sereno avaient un "effet glaçant" pour les magistrats.

"L'utilisation d'un tel langage (...) adresse un message clair à tous les juges des Philippines: dans la soi-disant +guerre contre la drogue+, soit vous êtes avec moi, soit contre moi", avait-il dit.

En 2017, M. Duterte s'en était pris à une autre experte de l'ONU, quand il avait insulté et menacé de gifler la Française Agnès Callamard, rapporteure spéciale de l'agence sur les exécutions sommaires ou arbitraires.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.