Pérou: que faire de la dépouille du "Pol Pot des Andes"?

Chargement en cours
Abimael Guzman, chef historique de la guérilla maoïste du Sentier Lumineux, au centre pénitentiaire de la base navale de Callao, le 27 juin 2017 au Pérou
Abimael Guzman, chef historique de la guérilla maoïste du Sentier Lumineux, au centre pénitentiaire de la base navale de Callao, le 27 juin 2017 au Pérou
1/3
© AFP, Francisco MEDINA, PERUVIAN JUDICIARY
A lire aussi

publié le lundi 13 septembre 2021 à 10h03

Les autorités péruviennes sont confrontées à un dilemme: la dépouille du fondateur du Sentier lumineux, le sanguinaire Abimael Guzman, devrait-elle être inhumée, ou incinérée et les cendres dispersées dans l'océan afin d'éviter la transformation de sa sépulture en un lieu de pèlerinage?

Surnommé le "Pol Pot des Andes", Abimael Guzman est mort samedi à 86 ans dans la prison où il purgeait sa condamnation à perpétuité.

L'ex-dirigeant historique de la guérilla maoïste péruvienne, incarcéré depuis 1992, purgeait une peine de prison à perpétuité à la suite de deux condamnations en 2006 et 2018. Il avait été hospitalisé en juillet.

Dans un communiqué, les autorités pénitentiaires péruviennes ont précisé que son décès, lié à "une aggravation de son état de santé", était survenu samedi à 06H40 (11h40 GMT) au centre pénitentiaire de haute sécurité de la base navale de Callao, près de Lima.

Le bureau du procureur a précisé que Guzman était mort d'une pneumonie et que son corps était déposé sous surveillance policière à la morgue de la ville de Callao, dans l'attente d'une décision des autorités.

Selon la loi, le sort de sa dépouille dépend désormais de la volonté d'un membre de sa famille ayant un lien de parenté direct avec lui.

La seule personne remplissant cette qualité dans l'entourage d'Abimael Guzman est son épouse, Elena Yparraguirre, ancienne numéro deux du Sentier lumineux, qui purge une peine de prison à vie pour terrorisme.

Yparraguirre et Guzman ont été capturés ensemble en septembre 1992 et se sont mariés en 2010 même s'ils étaient détenus dans des prisons différentes.

Elena Yparraguirre a chargé Iris Quinonez, avec laquelle elle avait partagé une partie de sa peine en prison, de récupérer la dépouille pour des funérailles.

Le bureau du procureur de Callao a indiqué dimanche dans l'après-midi que la demande de remettre le cadavre sera "examinée dans les prochaines heures".

- Pas de sépulture pour le "Pol Pot des Andes" -

Beaucoup sont d'avis que le corps devrait être incinéré et les cendres dispersées dans l'océan Pacifique, pour éviter de transformer une éventuelle tombe en lieu de pèlerinage pour ses partisans.

"Les restes de cet assassin génocidaire ne doivent pas être remis à sa famille et sa femme ne peut pas les recevoir car elle est en prison. La chose la plus logique et raisonnable est de les incinérer et de jeter les cendres à la mer", estime l'analyste politique Fernando Rospigliosi.

"Ainsi il n'y aura pas d'endroit d'adulation pour ses sympathisants", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le ministre de la Justice, Anibal Torres, penche aussi en faveur d'une crémation "pour qu'il n'y ait pas d'endroit où se rendre pour certains qui voudraient lui rendre hommage".

Rendre hommage à Guzman et organiser des manifestations à sa mémoire sont des actes considérés comme l'apologie du terrorisme et sont punissable par la loi, a-t-il affirmé.

Une autopsie a établi que Guzman était mort d'une pneumonie qui a affecté les deux poumons, une maladie associée avec le Covid-19, selon un communiqué du Procureur général.

Les cadavres de personnes décédées du Covid-19 doivent être incinérés, selon la législation sanitaire en vigueur.

Les avocats de Guzman soulignent que leur client était vacciné.

Le guérillero Guzman et ses lieutenants avaient été arrêtés à Lima en 1992 sous la présidence d'Alberto Fujimori (1990-2000) qui avait lancé une féroce répression contre le mouvement. Pour commémorer cette capture, plusieurs centaines de personnes ont manifesté à Lima, aux cris de "terrorisme plus jamais".

L'ancien professeur de philosophie portait la responsabilité d'un des conflits les plus sanglants d'Amérique latine, qui a secoué le Pérou entre 1980 et 2000, et fait plus de 70.000 morts et disparus, selon la Commission vérité et réconciliation. La cruauté de son mouvement lui avait valu le surnom de "Pol Pot des Andes", en référence au dirigeant khmer rouge du Cambodge.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.