Pêche à Jersey : les cinq points pour comprendre le conflit entre France et Royaume-Uni

Pêche à Jersey : les cinq points pour comprendre le conflit entre France et Royaume-Uni
Un bateau de pêche français, dans le port de Saint-Hélier (Jersey)

publié le jeudi 06 mai 2021 à 14h30

Plusieurs navires militaires patrouillent désormais aux alentours de l'île de Jersey, symbole de la tension croissante entre pêcheurs français et britanniques après le Brexit.


LES ILES ANGLO-NORMANDES, UN CAS A PART AU SEIN DE LA COURONNE


Jersey, Guernesey et le chapelet d'îles voisines composent les îles anglo-normandes, qui comptent 165.000 habitants, citoyens britanniques. Ces îles n'appartiennent toutefois ni au Royaume-Uni, ni aux territoires britanniques d'outre-mer.

Elles sont plus proches de la France que de la Grande-Bretagne, situées à environ 22 km au large de la pointe du Cotentin (Normandie) et 130 km au sud de l'Angleterre.


Les îles anglo-normandes ont suivi le Royaume-Uni en quittant l'union douanière et le marché unique au moment du Brexit. Et ce, même si les habitants n'ont pas participé au référendum sur la sortie du l'UE en 2016. Depuis le départ du Royaume-Uni de l'UE, elles doivent s'acquitter de droits de douane avec l'UE et ont davantage de démarches administratives à effectuer pour exporter.  Le secteur-clé de la pêche, qui exporte surtout vers la France, est particulièrement touché par ces nouvelles règles.

QUE PREVOIT L'ACCORD ?

L'accord prévoit une période de transition jusqu'à l'été 2026, date à partir de laquelle les pêcheurs européens renonceront à 25% des captures dans les eaux britanniques, l'équivalent de 650 millions d'euros par an. L'accord prévoit ensuite une renégociation annuelle.

Les pêcheurs de l'UE conserveront jusqu'à l'été 2026 un accès garanti aux zones situées entre 6 et 12 milles marins au large des côtes britanniques, où ils se rendaient traditionnellement. Cette zone est réputée très poissonneuse et souvent plus calme pour naviguer. Ils doivent toutefois demander de nouvelles licences. Les conditions d'accès des pêcheurs britanniques aux eaux françaises ne changent pas.

POURQUOI CA COINCE

Le gouvernement et les pêcheurs français affirment que Londres s'affranchit de l'accord conclu dans le cadre du Brexit en durcissant les conditions d'accès des pêcheurs aux eaux britanniques. Pour obtenir leur licence, les navires français doivent ainsi démontrer aux autorités britanniques qu'ils pêchaient déjà dans cette zone sur la période de référence 2012-2016.

Pas de souci, en principe, pour les grands navires équipés de "Vessel Monitoring System" (VMS), des "sortes de mouchards qui enregistrent les positions des navires". La tâche est bien plus complexe en revanche pour les bateaux de moins de 12 mètres, pour qui cette géolocalisation n'est pas obligatoire.  Autre problème : quand un navire est récent, entré en flotte depuis 2016, il faut prouver que le bateau qu'il remplace naviguait dans les eaux britanniques

JERSEY, SYMBOLE DU DURCISSEMENT DES RESTRICTIONS

La France a jusqu'ici reçu 88 licences de pêche, sur 163 demandées, pour les pêcheurs des Hauts-de-France, et 13 licences pour 40 demandées pour leurs collègues de Bretagne Nord. 

Pour pêcher à Jersey, 41 licences ont été accordées sur 344 demandes formulées. Et selon Paris, ces 41 licences s'accompagnent de nouvelles exigences "inadmissibles".  Le député de la Manche Bertrand Sorre (LREM) a cité l'exemple d'un pêcheur de Granville autorisé à se rendre dans les eaux de Jersey onze jours en 2021, et seulement pour pêcher de la coquille Saint-Jacques, alors qu'il s'y rendait auparavant "en moyenne 40 jours par an" pour prélever aussi des bulots. 


QUE DISENT LES BRITANNIQUES ?

Le gouvernement de Jersey affirme que les licences de pêche ont été octroyées "conformément à l'accord commercial" conclu entre Bruxelles et Londres fin décembre".

Le président de l'Association des pêcheurs de Jersey reproche aux pêcheurs français de vouloir "pêcher sans contrainte dans (leurs) eaux, tandis que (leurs) bateaux sont soumis à toutes sortes de conditions sur la quantité (de poisson) qu'ils peuvent pêcher, là où ils le peuvent." Pour lui, il serait "extrêmement injuste" que le gouvernement "capitule devant cela". La situation est d'autant plus complexe que Bruxelles et Londres n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord sur l'adoption de quotas de pêche pour les stocks partagés entre l'UE et le Royaume-Uni pour 2021.




 

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