Pas de répit au Karabakh, "menace sur la stabilité" de la région

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Bombardements sur la ville de Stepanakert, le 4 octobre 2020 au Nagorny Karabakh
Bombardements sur la ville de Stepanakert, le 4 octobre 2020 au Nagorny Karabakh
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© AFP, Karo Sahakyan, Armenian Government

, publié le lundi 05 octobre 2020 à 22h40

Forces séparatistes arméniennes du Nagorny Karabakh et armée azerbaïdjanaise ont poursuivi sans relâche leurs affrontements lundi, journée marquée par de nouveaux bombardements visant des zones urbaines alors que Paris, Moscou et Washington s'inquiètent pour la "stabilité de la région".

La présidence du territoire indépendantiste a pour la première fois fait état d'un retrait "tactique" de certains secteurs du front, sans plus de précisions, tout en affirmant remporter des succès "tangibles" face à l'adversaire. Le ministère arménien de la Défense a fait état de "violents combats en cours".

Alors que les deux camps ont commencé à bombarder des zones urbaines parfois très éloignées des combats, les trois pays - Russie, France et Etats-Unis - chargés de la médiation dans ce conflit ont dénoncé dans un communiqué commun les "attaques récentes qui auraient visé des installations civiles".

"Le caractère disproportionné de telles attaques constituent une menace inacceptable pour la stabilité de la région", ont mis en garde les trois chefs de la diplomatie, appelant de nouveau à un "cessez-le-feu immédiat et sans condition".

Depuis le début du conflit, Bakou comme Erevan restent sourds aux nombreux appels à la trêve de la communauté internationale. Le président russe Vladimir Poutine a de nouveau appelé lundi soir à l'arrêt "immédiat" des combats, lors d'une conversation avec le dirigeant arménien Nikol Pachinian.

Dans la journée, de nouveaux "tirs de roquettes intensifs" ont visé la capitale séparatiste, Stepanakert. Selon un témoin interrogé par l'AFP, beaucoup de résidents sont partis. De nombreuses constructions portent les stigmates de deux jours de frappes: bâtiments effondrés, éclats incrustés dans les façades, vitrines soufflées...

Comme la veille, l'Azerbaïdjan a aussi dit avoir vu des zones civiles visées par des tirs arméniens, notamment Gandja, deuxième ville du pays à 60 km de la ligne de contact.

Le conseiller présidentiel azerbaïdjanais Hikmet Hajiyev a diffusé sur Twitter une vidéo présentée comme ayant été filmée sur le marché central de Gandja, dont les vitres étaient soufflées, dénonçant une attaque "dont le seul but est de faire des victimes civiles".

Selon des bilans officiels, depuis la reprise du conflit le 27 septembre, 19 civils arméniens et 26 azerbaïdjanais ont été tués, dont 5 et 11 respectivement depuis dimanche.

Le bilan militaire reste très partiel, l'Azerbaïdjan n'annonçant aucune perte  parmi ses soldats. Le Karabakh fait état de 219 morts. Les deux camps disent avoir tué de 2.000 à 3.000 soldats ennemis et se rejettent la responsabilité de l'escalade.


 - "Des chiens !" -

Dans les deux camps, ce conflit exacerbe les passions patriotiques. A Erevan, capitale arménienne, la municipalité a installé un écran géant sur une des places les plus fréquentées, diffusant des chants patriotiques alors que de nombreux habitants brandissent le drapeau national.

"Nous allons gagner, le monde entier doit savoir que personne ne peut défaire le peuple arménien, nous sommes imbattables", assure Gaïane Archakian, 57 ans.

Le Comité international de la Croix-Rouge a lui condamné "les bombardements aveugles" qui ont détruit ou touché maisons, hôpitaux et écoles.

A Goris, dernière ville d'Arménie avant le Karabakh, des distributions de vivres s'organisent pour les déplacés. Siroun Kotcharian, retraitée de 65 ans déplacée par le conflit, raconte avoir dû fuir le premier jour lorsqu'une "bombe est tombée sur la maison voisine".

Le Nagorny Karabakh, majoritairement peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan à la chute de l'URSS, entraînant au début des années 1990 une guerre ayant fait 30.000 morts. Le front est quasiment gelé depuis un cessez-le-feu en 1994, malgré des heurts réguliers.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev, dans un discours télévisé, a assuré dimanche que l'offensive continuerait jusqu'au retrait arménien du territoire, réclamant "des excuses" à Nikol Pachinian. "On les chasse comme des chiens!", a-t-il encore lancé.

 - "Retrait tactique" -

Bakou revendique nombre de succès militaires et gains territoriaux. Lundi, l'armée a diffusé des images de Talich, qui aurait été prise vendredi, montrant des soldats azerbaïdjanais patrouiller dans des rues désertes, brandissant le drapeau du pays. 

Le ministère de la Défense a ensuite affirmé que des troupes arméniennes avaient "abandonné leurs positions militaires" dans le district de Hadrout.

La présidence du Karabakh a réagi, assurant que "dans certains secteurs du front, dans un but tactique, l'armée a retiré des soldats, afin d'éviter des pertes inutiles".

Selon la même source, les forces séparatistes enregistrent toujours des succès "tangibles" et "le jour est proche" où l'armée azerbaïdjanaise "va commencer sa retraite".

Une escalade du conflit pourrait avoir des conséquences imprévisibles, plusieurs capitales étant en concurrence dans le Caucase, notamment Moscou et Ankara. Les Turcs sont accusés d'aggraver le conflit en encourageant Bakou à l'offensive militaire et sont soupçonnés d'avoir déployé des mercenaires syriens au Karabakh.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a exhorté lundi Ankara, membre de l'alliance, à "user de son influence pour calmer les tensions".

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