Pakistan: l'ex-Premier ministre Sharif retrouve provisoirement la liberté

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Des partisans du Premier ministre Nawaz Sharif devant le tribunal d'Islamabad, le 19 septembre 2018
Des partisans du Premier ministre Nawaz Sharif devant le tribunal d'Islamabad, le 19 septembre 2018
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© AFP, AAMIR QURESHI

AFP, publié le mercredi 19 septembre 2018 à 18h43

L'ex-Premier ministre pakistanais Nawaz Sharif, condamné en juillet à 10 ans de prison pour corruption en première instance, a été remis en liberté mercredi suite à une décision judiciaire dans l'attente de la procédure en appel.

M. Sharif, sa fille Maryam et son gendre, condamnés dans la même affaire, ont quitté mercredi soir la prison de Adiyala, non loin d'Islamabad, où des centaines de ses partisans s'étaient regroupés et tentaient joyeusement de lancer des pétales de rose sur sa voiture, a constaté l'AFP. 

Leur libération intervient suite à un verdict en leur faveur rendu plus tôt mercredi par un tribunal d'Islamabad.

"La Haute cour d'Islamabad a ordonné la suspension du verdict contre Nawaz Sharif, sa fille Maryam Nawaz et son gendre le capitaine Safdar, et a ordonné leur mise en liberté sous caution en l'attente d'une décision finale", a déclaré à l'AFP l'avocat de M. Sharif, Me Khawaja Haris.

Le montant de la caution avait été fixé à 500.000 roupies (environ 3.500 euros) par personne, d'après la décision de cette juridiction dont l'AFP a eu copie.

La date du procès en appel n'est pas encore connue. Le tribunam anti-corruption, qui avait condamné les Sharif en première instance, peut également faire appel de la décision de la Haute cour d'Islamabad devant la Cour suprême.

"Le tribunal a suspendu une décision qui était basée sur une revanche", s'est réjoui l'ancien ministre de l'Intérieur Ahsan Iqbal devant des journalistes.

"Ce procès est important car même un aveugle verrait que la loi n'entrait pas dans la décision, qui était juste un trucage du scrutin avant les élections pour permettre à Imran Khan de l'emporter", a-t-il ajouté.

Mis en cause dans le scandale des Panama Papers, Nawaz Sharif avait été destitué en juillet 2017 de son poste de chef du gouvernement par la Cour suprême pakistanaise, qui l'avait plus tard banni à vie de tout mandat politique. 

Il n'a par conséquent pas pu se présenter aux élections législatives du 25 juillet dernier, qui ont été remportées par l'ancien champion de cricket Imran Khan, devenu depuis Premier ministre. Sa condammnation pour corruption et son arrestation sont intervenues quelques jours à peine avant les législatives.

- Sans preuve -

M. Sharif n'a eu de cesse depuis des mois de dénoncer une conspiration de la puissante armée pakistanaise à son encontre et en faveur d'Imran Khan.

L'ancien chef du gouvernement, âgé de 68 ans, avait été emprisonné le 13 juillet au terme d'une procédure controversée. Ses soutiens affirment qu'il a été condamné sans preuve.

"Le verdict est une victoire politique pour Nawaz Sharif et il va s'en servir pour renforcer sa thèse selon laquelle son arrestation avait un caractère politique", a déclaré à l'AFP l'analyste politique Hassan Askari.

Sa remise en liberté "signifie qu'il va continuer à mobiliser son parti et les autres partis d'opposition contre le gouvernement", a-t-il ajouté.

M. Sharif avait obtenu la semaine dernière une brève libération conditionnelle après le décès de sa femme à Londres mais avait été réincarcéré après l'enterrement.

Kulsoom Nawaz a succombé à un cancer. Ses funérailles se sont tenues vendredi à Lahore (est), deuxième ville du pays et le fief des Sharif.

Nawaz Sharif, qui a été trois fois Premier ministre, et trois fois destitué, est un personnage central de la vie politique pakistanaise. "Le lion du Pendjab" avait déjà été chassé du pouvoir en 1993 pour des soupçons de corruption, puis en 1999 après un putsch militaire du général Pervez Musharraf.

Rentré en 2007 au Pakistan après des années d'exil en Arabie saoudite, il avait remporté largement les élections de 2013.

Son parti, plébiscité pour la construction de nombreuses infrastructures et la pacification du pays après des années d'insurrection et d'attentats, semblait promis à une réélection facile avant qu'il ne soit démis.

La campagne électorale des législatives de 2018 a été qualifiée de "plus sale" de l'histoire politique du Pakistan par de nombreux observateurs, selon qui l'armée a œuvré en sous-main en faveur d'Imran Khan.

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