ONU : la brutalité de l'armée birmane contre les Rohingyas "difficilement concevable"

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Des réfugiés rohingyas fuyant la Birmanie arrivent à la frontière du Bangladesh, le 10 octobre 2017
Des réfugiés rohingyas fuyant la Birmanie arrivent à la frontière du Bangladesh, le 10 octobre 2017
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© AFP, FRED DUFOUR

AFP, publié le mardi 18 septembre 2018 à 16h00

Des enquêteurs de l'ONU ont demandé mardi que l'armée birmane soit exclue de la vie politique, exhortant au limogeage des officiers de haut rang impliqués dans le "génocide" des Rohingyas contre lesquels ils ont fait preuve d'une brutalité "difficilement concevable".

La Mission d'établissement des faits de l'ONU sur la Birmanie, qui n'a pas été autorisée à se rendre dans ce pays, a interrogé plus de 850 victimes et témoins et s'est appuyée sur des images satellite pour rédiger un rapport de 444 pages, présenté mardi devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

"C'est un mépris total pour la vie humaine", a déclaré au Conseil le président de la mission Marzuki Darusman, jugeant le "niveau brutalité" de l'armée "difficilement concevable".

L'ambassadeur birman à l'ONU à Genève, Kyaw Moe Tun, a accusé la mission onusienne, soumise à "une pression énorme", d'être arrivée à une "conclusion dangereuse qui pourrait faire dérailler le processus de démocratisation".

M. Darusman a décrit devant les diplomates des massacres dans des villages rohingyas et le recours au viol en tant que "tactique de guerre" : "Les hommes étaient systématiquement tués", "les enfants se faisaient tirer dessus, étaient jetés dans la rivière ou dans un feu", les femmes et les filles étaient couramment violées et pour beaucoup en outre "physiquement et mentalement torturées".

Plus de 700.000 Rohingyas, des membres d'une minorité ethnique musulmane, ont fui en 2017 les violences de l'armée et de milices bouddhistes pour se réfugier au Bangladesh voisin où ils vivent depuis dans d'immenses campements de fortune.

L'armée birmane rejette ces accusations et assure que sa campagne visait des rebelles rohingyas après des attaques meurtrières contre des postes de police en août 2017.

Malgré l'arrivée au pouvoir en 2016 du gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, l'armée conserve une place centrale dans le régime politique birman. Elle contrôle trois ministères régaliens -Défense, Intérieur, Frontières- et supervise l'attribution d'un quart des sièges au Parlement, ce qui lui permet de bloquer tout amendement constitutionnel qui limiterait ses pouvoirs.

- Préparer des poursuites -

Le gouvernement civil doit "poursuivre le processus visant au retrait des militaires de la vie politique" et procéder à une révision de la Constitution en ce sens, selon le rapport final de la mission établie par le Conseil des droits de l'homme en mars 2017.

Celle-ci réclame également le limogeage des chefs militaires, réitérant la demande, déjà faite fin août dans un rapport d'étape, de poursuites contre le chef de l'armée Min Aung Hlaing et cinq autres officiers de haut rang pour "génocide", "crimes contre l'humanité" et "crimes de guerre".

Les enquêteurs recommandent que le Conseil de sécurité de l'ONU fasse appel à la Cour pénale internationale ou que soit établi un tribunal international ad hoc. Ils appellent aussi à des sanctions ciblées contre les auteurs de crimes et à un embargo sur les armes.

Ils souhaitent, comme la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Michelle Bachelet, la création d'un organe chargé de préparer des poursuites.

"Assassinats", "disparitions", "tortures", "violences sexuelles", "travail forcé" : le rapport dresse une longue liste d'exactions à l'encontre des Rohingyas constituant "les crimes les plus graves au regard du droit international".

- Rôle de l'ONU -

La mission onusienne demande aussi au gouvernement birman, en coordination avec la Croix-Rouge et le Bangladesh, de recenser le nombre des personnes tuées ou portées disparues.

Les informations recueillies par ses enquêteurs laissent entrevoir que l'estimation de 10.000 morts faite par l'ONG Médecins sans frontières (MSF) est "prudente".

La mission réclame en outre la libération des deux reporters de Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, condamnés à sept ans de prison pour "atteinte au secret d'Etat" alors qu'ils enquêtaient sur des exactions de l'armée, et met en exergue l'éventuelle responsabilité de Facebook et d'autres réseaux sociaux qui ont pu relayer la propagande dispensée par les militaires birmans.

Elle avait déploré fin août qu'Aung San Suu Kyi n'ait "pas utilisé sa position de facto de chef du gouvernement, ni son autorité morale, pour contrer ou empêcher" les violences. Très critiquée pour son silence dans cette affaire, la lauréate du prix Nobel de la paix s'est contentée de dire que l'armée aurait pu "mieux gérer" la crise.

Enfin, la mission veut une "enquête complète et indépendante" sur le rôle de l'ONU en Birmanie depuis 2011 (année de l'autodissolution de la junte militaire), jugeant que la "diplomatie discrète" semblait avoir mis à l'écart ceux qui poussaient à dénoncer haut et fort les violations des droits dans ce pays.

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