"On ne veut pas mourir!": les greffés vénézuéliens réclament des médicaments

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 "La santé n'est pas une  faveur mais un droit", Larry Zambrano, greffé du rein, manifeste avec d'autres malades à Caracas, le 8 février 2018 pour dénoncer la pénurie de médicaments au Venezuela

"La santé n'est pas une faveur mais un droit", Larry Zambrano, greffé du rein, manifeste avec d'autres malades à Caracas, le 8 février 2018 pour dénoncer la pénurie de médicaments au Venezuela

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© AFP, FEDERICO PARRA

AFP, publié le samedi 10 février 2018 à 11h00

Pour Larry, 45 ans, la greffe du rein donné par sa soeur a été une renaissance. A présent, il craint pour sa vie, faute de médicaments anti-rejet, un drame qui touche des milliers de Vénézuéliens greffés et a déjà fait plusieurs morts.

"On ne veut pas mourir !": jeudi, quelque 200 personnes transplantées, hémophiles -une maladie empêchant le sang de coaguler- ou atteintes de cancer ont manifesté à Caracas, exigeant un meilleur accès à leur traitement. 

Le Venezuela, pays aux plus grandes réserves pétrolières de la planète, est confronté à une pénurie généralisée, des aliments aux médicaments en passant par les matières premières ou les pièces détachées. Elle atteint désormais 95% des médicaments, selon la Fédération des pharmaciens.

"Nous avons besoin d'une réponse immédiate, on n'en peut plus. On est en train de nous condamner à mort", dénonce Francisco Valencia, greffé du rein qui dirige l'ONG Codevida, qui assure que la situation est en train d'empirer.

Dix patients transplantés sont morts ces derniers jours "faute d'immunosuppresseur", utilisé contre le rejet d'organe transplanté, selon M. Valencia.

En outre, au moins cinq autres personnes, qui n'ont pas pu être dialysées, sont décédées, selon les proches et les ONG. 

A l'image de Larry Zambrano, entraîneur de baseball, environ 3.500 greffés partagent cette même angoisse de mourir: voilà un an et demi qu'ils ont le plus grand mal à trouver leurs médicaments.

Depuis fin 2016, ce métisse bien bâti fait face à son quatrième épisode de rejet aigu de sa greffe.

"Je devrais prendre 16 cachets par jour, mais je n'en prends que huit pour faire durer plus longtemps" les médicaments dont il dispose, raconte-t-il à l'AFP.

Pour acheter son traitement à l'étranger, il faudrait 700 dollars par mois environ. Une somme "hors de portée pour la plupart" des Vénézuéliens, souligne-t-il. 

Avec une hyperinflation attendue à 13.000% par le Fonds monétaire international cette année, le revenu minimum au Venezuela, de 798.510 bolivars (trois dollars au marché noir, le taux de référence), ne permet d'acheter qu'un kilo de viande et une trentaine d'oeufs.

- Médicaments périmés - 

Les pharmacies d'Etat distribuent des médicaments particulièrement onéreux, mais "elles ne fournissent pas tous" ceux que Larry doit prendre, regrette-t-il.

"Tout Vénézuélien qui n'a pas les moyens est condamné à mourir", tranche le docteur José Manuel Olivares, également député d'opposition.

Miguel Alvarado, 36 ans, père de deux jeunes enfants, a dû vendre "une partie de (ses) biens pour acheter des médicaments" anti-rejet, confie-t-il à l'AFP. Il a été greffé d'un des reins de sa mère, il y a sept ans.

Voilà plusieurs mois qu'il ne prend pas son traitement correctement. Il décrit les vertiges, les tremblements et les douleurs au ventre. Désespéré, il a avalé des médicaments périmés.

Plusieurs ONG ont proposé au gouvernement une coopération internationale, comme celle de l'Organisation panaméricaine de la santé, ou la mise en place d'un couloir humanitaire pour faire entrer des médicaments dans le pays, sans succès.

Le 30 janvier, le président socialiste Nicolas Maduro a débloqué 12,3 millions d'euros pour importer des médicaments, du matériel destiné aux banques de sang et aux machines à dialyse. 

Quelques jours avant, il a également présenté un "plan de médecine traditionnelle" destiné à encourager les Vénézuéliens à se soigner avec des plantes et des produits naturels pour faire face à la pénurie de médicaments.

Plus de 300.000 personnes devant suivre un traitement au long cours sont directement concernées par cette pénurie, selon Francisco Valencia, de l'ONG Codevida.

Au volant de sa vieille voiture chinoise, Larry a conduit 40 minutes pour rejoindre la manifestation des transplantés. 

Là, tout est affaire de solidarité.

"Je donne à Larry une partie de ce que mon fils à l'étranger m'a envoyé. Au Venezuela, ce médicaments est introuvable", explique Carlos Barragan, également greffé du rein, après l'avoir étreint.

Reimer, dans la même situation, lui donne une autre plaquette de cachets. 

"C'est un peu plus de vie", lâche Larry, ému. Son abdomen et ses pieds sont gonflés à cause de l'accumulation de liquide dans son organisme.

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