On a épluché les échanges téléphoniques entre Trump et Macron

On a épluché les échanges téléphoniques entre Trump et Macron
Depuis les débuts de Donald Trump à la présidence, la Maison Blanche a communiqué 19 fois sur ses appels avec Emmanuel Macron.
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leparisien.fr, publié le dimanche 22 avril 2018 à 08h08

Au-delà de leur entente affichée sur les images, Washington met également en avant le lien qu'entretiennent les deux présidents depuis plusieurs mois.

Des cadeaux échangés, des poignées de mains vigoureuses et un dîner à Mont Vernon, demeure de George Washington. Voici une partie du programme qui attend Donald Trump et Emmanuel Macron à partir de lundi et durant trois jours. Les deux chefs d'Etat vont avoir l'occasion de cultiver leur relation singulière, soulignée par le fait que cette visite d'Etat est la première d'un dirigeant étranger depuis le début de la présidence Trump. La diplomatie ne se limite pourtant pas à ces rencontres dont le protocole est réglé comme du papier à musique.

Pour les deux chefs d'Etat, il faut le plus souvent se contenter d'entendre la voix de l'autre par téléphones interposés. En un peu plus d'un an, Trump et Macron paraissent avoir aussi su créer un lien privilégié à distance. C'est en tout cas ce qu'indiquent les différents communiqués de la Maison Blanche résumant les entretiens entre le président américain et ses homologues étrangers depuis janvier 2017.

D'abord, quelques précisions. Tous les appels entre Trump et ses homologues ne font pas forcément l'objet d'une communication de la présidence américaine. La teneur des discussions est aussi présentée d'un point de vue, celui du 1 600 Pennsylvania Avenue.

La Syrie au cœur des discussions

Ces précautions d'usage prises, force est de constater que ces discussions entre Trump et Macron sont de plus en plus fréquentes au fil du temps, selon des données que nous avons compilées. Depuis l'investiture de Trump en janvier 2017, la Maison Blanche a communiqué 19 fois sur des appels entre les deux présidents. C'est plus que tous les autres dirigeants des pays membres du Conseil de sécurité des Nations unies (Vladimir Poutine, Angela Merkel, Xi Jinping), à l'exception de Theresa May (19 fois également).

On remarque surtout qu'Emmanuel Macon est devenu un interlocuteur de plus en plus régulier au fil du temps, particulièrement au cours des deux derniers mois. Entre le 2 mars et le 14 avril, Macron et Trump ont ainsi échangé huit fois, soit plus d'une fois par semaine en moyenne. Une intensification des discussions s'expliquant notamment par la situation internationale et la perspective de frappes en Syrie en représailles de l'attaque chimique présumée perpétrée par le régime de Bachar el-Assad. C'était d'ailleurs l'objet de leurs trois derniers entretiens, entre le 8 et le 14 avril.

Plus largement, la Syrie revient très souvent dans les discussions entre Trump et Macron. Le pays est mentionné dans huit communiqués résumant les appels entre les deux hommes (sans compter l'emploi des mots « Moyen-Orient » ou « Etat islamique »). L'Iran, le voisin chiite soutenant Bachar el-Assad, est aussi évoqué dans sept appels. Ce « podium » est complété par la Corée du Nord, qui inquiète par ses capacités nucléaires. Le mois dernier, Macron s'est ainsi entretenu avec Trump concernant la future rencontre du président américain avec Kim Jong-Un.

Figure imposée du jeu diplomatique, les félicitations adressées après une victoire électorale. Donald Trump n'a pas manqué de féliciter Angela Merkel après que son parti est arrivé en tête des législatives ou Vladimir Poutine après sa réélection le mois dernier. Dans le cas d'Emmanuel Macron, l'Américain s'est même plié à cet exercice à deux reprises, particularismes constitutionnels français oblige : une première fois le 8 mai, au lendemain de la victoire de Macron à la présidentielle, et une seconde fois le 27 juin, après la majorité obtenue par La République en marche à l'Assemblée nationale. Le président Trump lui a même « souhaité bonne chance dans le lancement de son programme législatif ».

Accords et condoléances

Autre exercice traditionnel, l'expression des condoléances après une tragédie. Le 8 septembre, Donald Trump a ainsi appelé Emmanuel Macron après le passage de l'ouragan Irma à Saint-Barthélemy et Saint-Martin. « Le président Trump a fait part de son soutien au gouvernement français dans ce moment dramatique », fait alors savoir la Maison Blanche. Dans leur entretien du 6 octobre, les deux présidents adressent leurs condoléances l'un à l'autre : Emmanuel Macron pour la fusillade de Las Vegas survenue cinq jours plus tôt, Donald Trump pour l'attentat qui a fait deux morts à Marseille le 2 octobre.

En regardant d'un peu plus près les communiqués de la Maison Blanche, on note également que Washington souligne souvent les accords entre Trump et Macron avec de nombreuses occurrences du verbe « agree » (« être d'accord »). Ce verbe revient en moyenne une fois tous les 63 mots, contre une fois tous 65 mots pour Theresa May et une fois tous les 72 mots pour Angela Merkel. Sans surprise, « agree » revient bien moins souvent dans le cas de Vladimir Poutine (une fois tous les 165 mots) et Xi Jinping (une fois tous les 361 mots).

La relation entre Trump et Macron, une idylle sans la moindre ombre au tableau ? Pas totalement. Parmi tous les communiqués de la Maison Blanche, il y en a un qui détonne. Il est daté du 1er juin 2017 et résume les conversations entre Donald Trump et Angela Merkel, Theresa May, Justin Trudeau et Emmanuel Macron après l'annonce de la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat. La Maison Blanche écrit que le président Trump a « expliqué sa décision » et qu'il a remercié ces dirigeants pour les conversations « franches » et « de fond » sur le sujet. Des euphémismes lourds de sens lorsqu'il s'agit de diplomatie.

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