Nucléaire iranien : les Européens au front, Rohani «fera tout pour rester dans l'accord»

Nucléaire iranien : les Européens au front, Rohani «fera tout pour rester dans l'accord»
La France, le Royaume-Uni et l'Allemagne se sont engagés à « tout faire » pour le sauver l'accord adopté le 14 juillet 2015. (Illustration)

leparisien.fr, publié le mercredi 09 mai 2018 à 21h16

Emmanuel Macron et son homologue iranien Hassan Rohani sont convenus mercredi de «poursuivre leur travail commun en direction de tous les Etats intéressés».

Après le retrait fracassant des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien mardi, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont montés en première ligne dès mardi. Ce mercredi, ces trois pays signataires de l'accord se sont engagés à « tout faire » pour le sauver ce texte adopté le 14 juillet 2015, qui vise à contenir les ambitions nucléaires de l'Iran, qui menace à son tour d'en sortir s'il n'en retire pas les bénéfices escomptés.

Un majeur enjeu pour la situation au Moyen-Orient et la paix dans le monde mais aussi pour les entreprises européennes et l'économie du Vieux Continent.

Rohani prêt à travailler avec les EuropéensLe président Emmanuel Macron et son homologue iranien Hassan Rohani sont convenus mercredi, lors d'un entretien téléphonique, de « poursuivre leur travail commun en direction de tous les Etats intéressés, en vue de la mise en œuvre continue de l'accord nucléaire », a indiqué l'Elysée dans un communiqué, précisant le président iranien «fera tout pour rester dans l'accord».

« Les ministres des Affaires étrangères et les experts de l'Iran et des pays de l'Union européenne doivent parvenir dans un délai court de quelques semaines à des décisions claires et transparentes sur la préservation de l'accord nucléaire », a Hassan Rohani lors de cet entretien, selon le site de la présidence iranienne. « Si, dans un laps de temps court, nous arrivons à une décision claire sur l'accord nucléaire, nous pourrons avoir une large interaction entre l'Iran et l'Union européenne », a-t-il dit.

« L'accord n'est pas mort », avait déjà insisté mercredi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian en appelant l'Iran à faire « preuve de retenue » et en mettant en garde contre un risque de « déflagration » et de « confrontations » si Téhéran se retire du compromis de 2015 et entraîne les autres pays de la région dans une course à l'armement atomique.

Macron : « L'Europe en charge de garantir» l'ordre multilatéral»

« Nous sommes à un moment historique pour l'Europe (qui) est en charge de garantir cet ordre multilatéral que nous avons créé à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qui est parfois aujourd'hui bousculé », a estimé Emmanuel Macron dans une interview à la télévision publique allemande, qualifiant « d'erreur » la décision de son Donald Trump.

Le président, qui recevra jeudi le prix Charlemagne à Aix-la-Chapelle (Allemagne), s'est dit encouragé par les premières réactions en provenance de Téhéran. « Ils ont temporisé (...) il n'y a pas d'escalade », a-t-il dit.

Rassurer l'IranLe guide suprême d'Iran Ali Khamenei a accepté mercredi de laisser le gouvernement de Rohani négocier un sauvetage de l'accord. Mais il demande des assurances concrètes que les échanges commerciaux seront protégés bien que Washington impose à nouveau des sanctions. « Les intérêts de l'Iran en ce qui concerne la vente du pétrole, les relations bancaires, les investissements et les assurances doivent être (...) garantis », a précisé Hassan Rohani. Une coordination des réponses avec la Chine et la Russie serait la bienvenue, sans « isoler » Washington. Parmi les options concrètes avancées, celle de rendre l'Iran éligible pour des prêts auprès de la Banque européenne d'investissement (BEI), et ainsi donner à Téhéran l'accès à la finance internationale en euros pour éviter les transactions en dollars.

Protéger les entreprisesToutes les entreprises, y compris étrangères, déjà présentes en Iran, ont trois à six mois pour en « sortir » avant d'être frappées par les mesures punitives leur barrant l'accès aux marchés américains. Les Européens vont devoir se livrer à une course contre la montre pour trouver les moyens de préserver leurs entreprises et répondre aux attentes des Iraniens. Paris prévoit donc des discussions « dures » avec Washington. La France compte faire valoir que des entreprises russes ou chinoises pourraient profiter du marché iranien et affaiblir la portée des sanctions, tout en nuisant aux intérêts des entreprises européennes et américaines. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson a appelé Washington « à éviter toute action qui empêcherait les autres parties de continuer à faire que l'accord fonctionne ». Il y va de « notre sécurité collective », a-t-il argumenté.

Utiliser la loi « de blocage » créée pour Cuba ?L'idée a été discutée régulièrement à Bruxelles ces dernières semaines : l'UE pourrait contrer les sanctions américaines en adaptant un règlement de 1996 créé à l'origine pour contourner l'embargo sur Cuba. Cette loi dite « de blocage » permet aux entreprises et tribunaux européens de ne pas se soumettre à des réglementations sur des sanctions prises par des pays tiers et stipule qu'aucun jugement décidé par des tribunaux étrangers sur la base de ces réglementations ne saurait s'appliquer dans l'UE. Toutefois, le désaccord avec les Etats-Unis sur l'embargo cubain a été résolu au niveau politique, et donc l'efficacité de ce règlement n'a jamais été éprouvée. Mais l'effet pourrait être plus symbolique qu'économique, selon une source européenne.

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