Nikol Pachinian, l'opposant politique qui bouscule l'Arménie

Nikol Pachinian, l'opposant politique qui bouscule l'Arménie
Après avoir invité la population à la désobéissance civile, le député de l'opposition Nikol Pachinian devrait être élu Premier ministre mardi par le Parlement.

leparisien.fr, publié le mardi 08 mai 2018 à 07h52

Le charismatique député, figure de la contestation, pourrait être nommé Premier ministre ce mardi après un premier échec la semaine dernière.

L'Arménie vit-elle son printemps démocratique ? Dans ce petit pays coincé entre la Russie et l'Azerbaïdjan, un homme est en passe de réussir son pari : dégager le pouvoir autoritaire en place depuis dix ans. Nikol Pachinian, leader de l'opposition de 42 ans, a réussi à capter la colère d'une partie de la population, exaspérée par la pauvreté et la corruption.

Mercredi dernier, après que sa candidature au poste de Premier ministre a été rejetée par le parti au pouvoir, il a appelé à la grève générale, une première dans cette ancienne république de l'URSS. Pari réussi : des dizaines de milliers d'Arméniens ont répondu à son appel et pris le contrôle de ce pays de 3 millions d'habitants.

Avec son look de baroudeur - casquette noire vissée sur la tête et veste militaire -, Pachinian s'exclamait le soir même face à ses partisans massés dans la capitale Erevan : « La question est réglée ! » Avec le soutien de tous les partis, il devrait être désigné Premier ministre ce mardi après un premier échec le 1er mai, faute de majorité.

Sincère dans son engagement pour la démocratie

Ancien journaliste d'investigation pugnace du début des années 2000, Nikol Pachinian s'impose comme l'un des meneurs de l'opposition au régime du président Sarkissian (Parti Républicain) qui dirige le pays d'une main de fer depuis 2008. Condamné pour son rôle dans les émeutes post-électorales, Pachinian passera deux ans de prison.

« Ce passé politique aurait pu militer contre lui », avance Laurent Leylekian, de l'Observatoire de l'Arménie. L'homme va au contraire en faire un atout : ayant payé de sa personne lors de ses années dans l'opposition, Pachinian paraît sincère dans son engagement pour la démocratie et la justice sociale.

Des thèmes chers à la population qui descend en masse dans la rue depuis début avril pour protester contre la volonté du président Sarkissian de se maintenir au pouvoir. Celui-ci s'est fait élire Premier ministre - le vrai détenteur du pouvoir en Arménie - le 23 avril dernier, avant de démissionner quelques jours plus tard face à la grogne de la population qui lui reproche de ne pas avoir fait reculer la corruption ni la pauvreté.

Des thèmes sur lesquels a misé Pachinian, qui « s'est imposé en leader du mouvement qui était à l'origine davantage en rejet de Sarkissian », selon Samuel Carcanague, spécialiste de l'Arménie à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). La force de Pachinian est aussi de n'avoir jamais appartenu à l'élite politique du pays, héritière de l'ère soviétique. La jeunesse arménienne, qui n'a connu que l'indépendance (1991), veut balayer cette vieille caste.

Les jeunes Arméniens s'exilent massivement

Ce père de quatre enfants a repris à son compte les thématiques qui parlent à cette jeunesse, qui « considère qu'on ne peut pas réussir si on n'est pas oligarque ou qu'on n'a pas de lien avec le Parti républicain », précise Laurent Leylekian. Résultat, les jeunes ne se voient pas d'avenir et s'exilent massivement. Et l'homme de la rue ne voit pas sa situation s'améliorer.

« Pachinian représente les revendications de la population contre l'oligarchie au pouvoir, la corruption et les vieilles pratiques de la classe politique », poursuit Samuel Carcanague.

Le député avait prôné la désobéissance civile et la non-violence, appelant par exemple les policiers à laisser leur matraque et à se joindre à la foule. Pour se faire connaître et apprécier, il a mouillé la chemise, notamment en organisant des grandes marches à travers le pays. Nuits sous la tente, meetings improvisés, discussions avec les habitants... Il a gardé de ces virées sa tenue de baroudeur qu'il troque contre un costume cravate plus classique lorsqu'il s'exprime au Parlement, où il est député depuis 2012.

Soutien populaire, manifestations pacifiques, investiture en vue : pour l'instant, le rebelle Nikol Pachinian réalise un sans-faute. Mais la situation est tellement inédite que nul ne peut garantir la réussite de son programme, une fois parvenu au pouvoir.

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.