New York: la controverse fait rage après la fermeture des écoles

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Une entrée d'école publique fermée à Brooklyn, le 19 novembre 2020
Une entrée d'école publique fermée à Brooklyn, le 19 novembre 2020
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© AFP, Angela Weiss

, publié le jeudi 19 novembre 2020 à 20h17

Précaution nécessaire pour enrayer une deuxième vague de l'épidémie, ou mesure absurde alors que la contamination dans les écoles reste anecdotique? La polémique fait rage après la fermeture des écoles publiques de New York, l'une des rares métropoles américaines qui avait rouvert ses établissements.

La mesure va à l'inverse de celles annoncées dans plusieurs pays d'Europe: bien que des pays comme la France soient actuellement frappés de plein fouet par une deuxième vague, les écoles sont restées ouvertes alors que le reste de la population était soumise à de strictes mesures de confinement. 

Ville la plus endeuillée par la pandémie au printemps - avec plus de 24.000 morts du virus - New York a adopté depuis des mois une gestion sanitaire particulièrement prudente, qui l'a aidée à résister à la résurgence d'un virus qui fait rage dans de nombreuses autres régions du pays.

Mais après des semaines de taux de positivité des tests autour de 1% seulement, la première métropole américaine a vu récemment ce taux augmenter: mercredi, pour la première fois, le taux moyen sur sept jours a atteint 3%. 

Lors de la réouverture des écoles fin septembre, après déjà une forte polémique, le maire de New York - très critiqué pour avoir tardé à fermer les écoles en mars - s'était engagé, notamment auprès d'un puissant syndicat d'enseignants, à refermer les établissements si ce seuil de 3% était atteint. Il est donc passé à l'acte mercredi, en annonçant la fermeture des écoles pour une durée indéterminée.

Malgré de multiples mesures de précaution - élèves en présentiel un à trois jours par semaine seulement pour limiter la taille des classes, effectifs infirmiers renforcés, masques obligatoires pour tous, ventilation des classes améliorée - une majorité de parents des 1,1 million d'élèves de la ville avaient opté dès septembre pour un enseignement tout en ligne. Seuls quelque 300.000 élèves suivent donc depuis deux mois un enseignement en partie présentiel. 

- "Génération perdue"

Dès l'annonce de la fermeture, une pétition demandant à ce que les écoles restent ouvertes a pris son envol: quelque 13.000 personnes l'avaient signée jeudi à la mi-journée. 

Et des dizaines de parents, parfois accompagnés de leurs enfants, ont manifesté jeudi devant la mairie, au sud de Manhattan. 

Dans une lettre accompagnant la pétition, ils soulignent que ce seuil de 3% est "arbitraire et dépassé". D'autant que des tests menés dans les écoles indiquent un taux de positivité très inférieur au reste de la ville, à 0,23%.

Pour ces parents, la fermeture des établissements publics - alors que la plupart des écoles privées restent ouvertes - est un nouveau facteur d'inégalité: elle pénalise d'abord les enfants des milieux défavorisés - notamment les quelque 60.000 qui attendent toujours un ordinateur ou une connexion internet - et les mères qui travaillent.

"L'école a commencé avec un mois de retard et maintenant, subitement, on arrête?" a lancé Megan Cossey, mère d'un élève de 11 ans et une organisatrice de la pétition. "Ca va avoir un effet sur toute la vie de nos enfants (...) On va avoir une génération perdue avec l'enseignement en ligne", a-t-elle indiqué à l'AFP.

Armés de pancartes appelant à "fermer les bars, pas les écoles", les manifestants pointaient l'incohérence apparente entre la fermeture déjà en vigueur des écoles et celle - attendue mais non encore annoncée - des bars, salles de restaurant ou clubs de gym. Une mesure qui elle dépend du gouverneur Andrew Cuomo, et non du maire, à la mésentente notoire.

- Transparence

Après s'être fait l'écho cet été des doutes sur le bien-fondé de la réouverture des écoles, le New York Times a lui aussi critiqué cette fermeture des écoles.  

Face à l'embrasement du virus, "beaucoup de dirigeants du pays réagissent en demandant des fermetures, en commençant bizarrement par les écoles. C'est le contraire de ce qu'il faut faire", écrivait l'éditorialiste Aaron Carroll, citant notamment l'Europe en exemple.

Sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres, les décisions aux Etats-Unis se prennent en ordre dispersé: dans la plupart des autres grandes villes, Los Angeles, Chicago ou Philadelphie, les écoles n'ont pas rouvert. Et quand elles sont ouvertes, les seuils fixés pour les refermer varient grandement et atteignent parfois 10% de positivité.

Jessica Justman, épidémiologiste à l'université Columbia, juge néanmoins logique la décision new-yorkaise.

Après que le maire se fut engagé à fermer les écoles à 3% de positivité, il "ne pouvait pas ne pas le faire", au risque de saper la confiance dans ces indicateurs essentiels à une politique "transparente et responsable", a-t-elle indiqué à l'AFP.

La situation "est loin d'être aussi grave qu'en mars-avril, mais pour contrôler la situation, il est logique d'instaurer ces restrictions", a-t-elle estimé.

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