Monténégro: une cinquantaine de blessés pendant l'intronisation du chef de l'Eglise orthodoxe serbe

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Des partisans de l'Eglise orthodoxe serbe su Monténégro réunis devant la cathédrale de Podgorica le 4 septembre 2021 pour soutenir l'intronisation du nouveau chef de l'Eglise
Des partisans de l'Eglise orthodoxe serbe su Monténégro réunis devant la cathédrale de Podgorica le 4 septembre 2021 pour soutenir l'intronisation du nouveau chef de l'Eglise
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© AFP, SAVO PRELEVIC

publié le dimanche 05 septembre 2021 à 18h14

Une cinquantaine de personnes ont été blessées dimanche au Monténégro lors de heurts entre la police et des manifestants qui tentaient d'empêcher l'intronisation du nouveau chef de l'Eglise orthodoxe serbe dans ce petit Etat des Balkans où les tensions identitaires sont montées d'un cran.

La police a également annoncé l'arrestation de 14 personnes à l'issue des violences qui ont entaché la brève cérémonie à Cetinje, l'ancienne cité royale dans le sud du pays.

L'évêque Joanikije a dû être transporté par hélicoptère de la capitale Podgorica jusqu'au monastère de la ville afin de contourner les barricades qui bloquaient depuis la veille les routes d'accès de Cetinje.

Les tensions liées à l'identité du Monténégro et à ses relations avec la Serbie ont redoublé dans le pays depuis quelques jours avec l'annonce de la tenue de la cérémonie dans ce monastère du XVème siècle.

Car si cet édifice abrite le siège de l'Eglise orthodoxe serbe (SPC) au Monténégro, il fut pendant des siècles le siège des dirigeants monténégrins et une partie des habitants y voit un symbole de la "souveraineté" monténégrine.

Le Monténégro est devenu indépendant de la Serbie en 2006 après quelque 90 ans de vie commune mais un tiers des 620.000 habitants s'identifient comme Serbes et certains nationalistes dénient au Monténégro une identité séparée.

La SPC est dominante dans ce pays peuplé à 72% d'orthodoxes. Mais ses adversaires l'accusent de servir les intérêts de Belgrade et souhaitent que soit reconnue comme autocéphale l'Eglise orthodoxe monténégrine, minoritaire et non reconnue par le monde orthodoxe.

- Périmètre de sécurité -

Selon des images diffusées par l'Eglise, l'évêque Joanikije et le patriarche Porfirije, chef de l'Eglise orthodoxe serbe dont le siège est à Belgrade, ont été déposés par hélicoptère sur la pelouse du monastère où ils se sont engouffrés pendant que les cloches sonnaient à la volée.

Un périmètre de sécurité avait été mis en place autour de l'édifice par les policiers pour protéger la cérémonie à l'issue de laquelle les dignitaires religieux sont repartis à Podgorica.

Les forces de l'ordre ont tiré des gaz lacrymogènes ainsi que des bombes assourdissantes pour chasser les protestataires des abords du monastère.

Les services des urgences de Cetinje ont déclaré à l'AFP que 30 manifestants et 22 policiers avaient été blessés lors des heurts, pour la plupart légèrement.

La veille, des milliers de manifestants avaient mis en place des barricades sur les routes à l'aide de rochers ou de voitures avant de les abandonner dans la matinée.

Beaucoup ont passé la nuit sur ces barrages autour de feux allumés pour se réchauffer, a rapporté une correspondante de l'AFP. Certains protestataires étaient armés et ont tiré en l'air tandis que d'autres ont incendié des pneus.

"Je suis ici pour témoigner de mon amour pour le pays. Nous ne réclamons rien à quelqu'un d'autre, mais nous sommes niés par l'Eglise serbe occupante. Nous défendons ici notre dignité", a expliqué à l'AFP Saska Brajovic, une fonctionnaire de 50 ans.

- Appels au calme -

Les protestataires répondaient à l'appel d'organisations qui se proclament "patriotiques" ainsi que du parti DPS du président monténégrin Milo Djukanovic, formation battue voici un an aux législatives par une coalition proche de l'Eglise serbe.

Parmi les personnes arrêtées, figure Veselin Veljevic, l'un de ses conseillers et ancien chef de la police.

Le président a accusé le gouvernement d'avoir "abusé brutalement des ressources de l'Etat, notamment de l'armée et de la police" pour introniser l'évêque "contrairement à la volonté d'une énorme majorité des habitants de Cetinje et d'un nombre important de citoyens du Monténégro".

De leur côté, l'Eglise comme le nouveau gouvernement accusent le président monténégrin d'attiser les tensions religieuses à des fins politiques, après la défaite de son parti au bout de trois décennies de règne.

"Les divisions ont été artificiellement provoquées", a lancé l'évêque Joanikije lors de la cérémonie, promettant de "servir la réconciliation fraternelle" au Monténégro.

Le chef du gouvernement Zdravko Krivokapic a appelé "tous les citoyens honnêtes monténégrins à ne pas céder à la manipulation de ceux qui sont prêts à pousser les frères dans un conflit, afin de garder leurs bénéfices et privilèges".

Alors que le président serbe Aleksandar Vucic félicitait le gouvernement monténégrin d'avoir assuré le maintien de la cérémonie, l'ambassade des Etats-Unis et la délégation de l'Union européenne ont appelé les responsables politiques à calmer la situation.

"A tous ceux qui soutiennent un Monténégro multiethnique, inclusif et démocratique, nous vous appelons à apaiser les tensions actuelles", a écrit l'ambassade américaine sur sa page Facebook.

Joanikije succède à l'archevêque Amfilohije, décédé en 2020 des suites du Covid-19, après avoir dirigé l'Eglise serbe au Monténégro pendant trente ans.

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