Migrants : Lifeline, le nouveau bateau que l'Italie et Malte refusent d'accueillir

Migrants : Lifeline, le nouveau bateau que l'Italie et Malte refusent d'accueillir
Les 239 migrants du Lifeline ne savent pas encore où ils vont pouvoir accoster et être pris en charge.

leparisien.fr, publié le samedi 23 juin 2018 à 22h41

Après l'Aquarius, le gouvernement italien a refusé d'ouvrir ses ports au navire de l'ONG allemande Lifeline, avec 239 migrants à son bord.

A quelques heures du mini-sommet européen sur l'immigration de dimanche, l'Italie maintient sa ligne dure et critiquée à l'encontre des ONG aidant les migrants en Méditerranée. Après les péripéties de l'Aquarius, le navire de secours de SOS Méditerranée, c'est le bateau de l'ONG allemande Lifeline qui se voit refuser le droit de débarquer ses passagers sur la Botte.

L'armateur danois Maersk Line a par ailleurs annoncé samedi qu'un de ses porte-conteneurs avait porté secours à 113 migrants au large des côtes italiennes. Un total de 769 personnes ont été secourues au large des côtes espagnoles au cours de trois opérations par les services de sauvetage en mer.

A la veille du mini-sommet, le président français Emmanuel Macron s'est dit favorable à l'établissement de sanctions financières pour les pays européens qui refuseraient d'accueillir des migrants.

De son côté, le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini a vivement dénoncé samedi l' «arrogance » du président Macron, l'invitant à « arrêter les insultes et à démontrer sa générosité avec des faits en ouvrant les nombreux ports français et en arrêtant de refouler des femmes, des enfants et des hommes à Vintimille », à la frontière entre la France et l'Italie.

L'Italie refuse d'accueillir le Lifeline

Le nouveau gouvernement italien, au pouvoir depuis trois semaines, veut absolument réduire les arrivées de migrants sur ses côtes. Le Lifeline, et un bateau vide d'une autre ONG, le Seefuchs, vont être « placés sous séquestre et dirigés dans nos ports pour vérifier leur pavillon d'appartenance », a menacé vendredi soir le ministre italien des Transports, Danilo Toninelli. Selon lui, les Pays-Bas ont confirmé que le navire battait « illégitimement, illégalement pavillon néerlandais ».

L'Italie accuse aussi l'ONG Lifeline d'avoir agi en contravention du droit international en prenant à son bord les migrants alors que les garde-côtes libyens étaient en train d'intervenir. L'organisation assure être venue en aide à des naufragés en perdition, environ 230 personnes dont 14 femmes et 4 enfants. « Je ne veux pas de bateau fantôme dans les ports italiens », avait commenté le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, avant de décider de le séquestrer pour enquêter. Et le nouvel homme fort du gouvernement de prévenir : « S'ils viennent en Italie, je les dénoncerai aux autorités pour aide à l'immigration illégale ! »

Au cœur d'une guerre entre Malte et l'Italie

Le ministre de l'Intérieur avait aussi dit souhaiter que le bateau - situé dans les eaux maltaises vendredi - soit pris en charge par ce pays plutôt que l'Italie. Salvini conseillait même à son homologue de faire arrêter l'équipage, une fois à quai. Et les deux pays de se renvoyer la balle, comme pour l'Aquarius. « Malte n'était ni l'autorité coordinatrice, ni celle compétente pour les secours » car « l'opération a été initialement gérée par le Centre (de coordination des secours maritimes) de Rome et l'autorité libyenne », a expliqué une source proche du gouvernement maltais au quotidien Times of Malta.

En attendant, les clandestins du Lifeline sont eux toujours en mer, sans savoir où leur capitaine pourra les débarquer. Et côté diplomatie européenne, ce nouvel épisode complique encore les relations entre membres alors que la coalition italienne entre la Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) a décidé de hausser le ton.

Nouveau symbole de tensions européennes

Tentée par un boycott du mini-sommet de dimanche - préparant celui du 28 et 29 juin à Bruxelles -, l'Italie a finalement confirmé sa participation. Mais « si nous y allons pour recevoir un petit devoir déjà préparé par les Français et les Allemands, mieux vaut économiser l'argent du voyage », avait prévenu jeudi Matteo Salvini. L'agacement de Rome tient au fait que le texte aborde insuffisamment la question de la protection des frontières européennes pour se concentrer sur le redéploiement des migrants dès lors qu'ils sont déjà arrivés en Europe.

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