Migrants: 65.000 passeurs dans le viseur d'Europol

Migrants: 65.000 passeurs dans le viseur d'Europol
Taher Soufiane, un chauffeur qui conduit des migrants d'Agadez au Niger à la Libye, le 3 avril 2017

AFP, publié le jeudi 05 avril 2018 à 17h48

Les autorités européennes ont actuellement dans leur viseur quelque 65.000 passeurs de migrants, un nombre deux fois plus élevé qu'il y a trois ans au plus fort de la crise migratoire, illustrant l'explosion de cette activité.

Malgré la baisse significative depuis 2016 du nombre de migrants réussissant à traverser la Mediterranée, la "demande" de passeurs reste "énorme", explique Europol, l'agence européenne spécialisée dans la répression de la criminalité.

Et les enquêtes lancées par les autorités des États membres ont aussi permis d'identifier de plus en plus de suspects.

"A la fin de l'année dernière, nous avions 65.000 passeurs dans nos bases de données", a déclaré à l'AFP Robert Crepinko, chef du centre européen sur le trafic de migrants au sein d'Europol.

Environ 30.000 passeurs présumés figuraient dans ces fichiers en septembre 2015, avant que leur nombre ne grimpe à près de 55.000 à la fin de 2016, et ne grossisse encore de 10.000 en 2017.

63% des individus dont Europol a identifié la nationalité viennent d'Europe, dont la plupart des pays des Balkans, selon l'agence européenne. 14% viennent du Moyen-Orient, 13% d'Afrique, 9% d'Asie orientale et 1% des Amériques.

La contrebande est "une activité en plein essor" dont la valeur se chiffre en milliards d'euros malgré la baisse des arrivées de migrants depuis 2016 sur les côtes grecques et depuis 2017 sur les côtes italiennes.

La Libye, qui a sombré dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en octobre 2011, est actuellement la principale plaque tournante des traversées vers l'Europe.

Et la situation des migrants africains y est extrêmement difficile, certains y étant même vendus "comme des esclaves", comme l'a montré un documentaire choc de la chaîne américaine CNN diffusé en novembre 2017.

Des milliers de migrants africains, qui se trouvaient dans des camps libyens, ont depuis été rapatriés vers leurs pays d'origine en janvier et février, dans le cadre d'une collaboration entre l'Union européenne, l'Union africaine et les Nations Unies.

- "Impunité totale" -

Lors d'une réunion d'urgence fin novembre à Abidjan, les dirigeants de neuf pays européens et africains se sont engagés à coopérer davantage "pour démanteler les réseaux et leur financement et interpeller les trafiquants".

Mais pour M. Crepinko, l'approfondissement de la coopération avec les autorités des pays africains dépendra des garanties obtenues en matière de respect des droits de l'Homme. "C'est pourquoi il n'y aura pas de gains rapides dans ce domaine", estime le responsable d'Europol.

Depuis l'année dernière, Europol fonctionne sur une nouvelle base juridique qui limite les informations qu'elle peut partager avec des pays tiers.

Mais l'agence se félicite de récents succès de sa coopération avec des pays africains, citant le démantèlement d'un réseau envoyant de jeunes Nigérianes dans des villes espagnoles pour se prostituer.

A la mi-mars, la justice libyenne a émis des mandats d'arrêt contre plus de 200 Libyens et étrangers soupçonnés d'être impliqués dans un réseau de trafic de migrants à destination de l'Europe, dans le cadre d'une coopération récemment lancée avec les autorités italiennes.

Cela pourrait être un pas vers la fin du sentiment d'"impunité totale" en Libye, estime Marwa Mohamed, chercheuse pour l'organisation Amnesty International, qui va vérifier que les arrestations et les poursuites en Libye seront menées "dans le cadre de procédures garantissant un procès équitable".

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.