Masques à bord, escales à quai: la vie de marin par temps de Covid

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Un marin de la frégate française La Fayette, en mission au Proche-Orient, dans le centre d'opération tactique du navire, le 26 octobre 2020
Un marin de la frégate française La Fayette, en mission au Proche-Orient, dans le centre d'opération tactique du navire, le 26 octobre 2020
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© AFP, THOMAS COEX, Thomas Coex

, publié le samedi 31 octobre 2020 à 10h38

"La prochaine fois, j'irais bien explorer la ville. Depuis que je suis dans la Marine, j'entends parler de cette escale", soupire le premier-maître Julien, masque en papier sur le visage. En attendant, il regarde s'éloigner lentement les lumières de Beyrouth.

Covid oblige, les 170 marins de la frégate française La Fayette ont été cantonnés à quai sur le port libanais, où les silos éventrés rappellent la tragique déflagration du 4 août.

Durement frappé par la pandémie, le Liban est en alerte, avec maintenant plus de 1.700 cas par jour (pour une population de 5 millions). De quoi rendre philosophe le premier-maître Julien. "Ce genre de bateau est prêt à lutter contre plein de menaces, mais contre un virus à bord, il n'y rien à faire. Il vaut mieux éviter de prendre le risque".

Pas question pour la Marine de revivre l'embarrassant épisode du porte-avions Charles de Gaulle, victime d'une contamination massive de son équipage en pleine mission au début de la pandémie, au printemps dernier.

Depuis, des mesures de précaution ont été mises en place pour préserver les équipages et la continuité des opérations : quatorzaine et test de dépistage avant d'embarquer, port du masque, distanciation, gel hydroalcoolique à tous les étages et suppression des permissions à terre pendant les escales. Un coup dur pour des marins habitués à pouvoir souffler un peu sur la terre ferme après des semaines de confinement en mer.

"On n'a jamais vécu ce genre de mission. Normalement les membres d'équipage quittent le bord, vont faire des visites, prennent une chambre d'hôtel" au gré des escales, explique le chef de cuisine, la maître principal Éric, 35 ans de Marine. "Dans ce contexte, les repas pris à bord sont d'autant plus importants pour contribuer à maintenir le moral".

- Barbecue à quai -

Si l'équipage semble rester serein, certains ne cachent pas leur amertume. "On m'a promis beaucoup de choses. Ce que j'ai vu, c'est trois quais différents", lance un jeune matelot, un brin désabusé par sa première expérience en mer. 

"Le jeune marin signe pour voir du pays et là on ne peut pas lui offrir", reconnaît le commandant de la frégate, le capitaine de vaisseau Sébastien Martinot, bien conscient des contraintes qui pèsent sur son jeune équipage, déjà privé de wi-fi et de réseaux sociaux pendant de longues périodes en mer.

"Ça fait trois mois qu'ils ne sortent pas. Je suis le seul à l'avoir fait au Liban, pour une cérémonie de commémoration de l'attentat du Drakkar", le 23 octobre 1983, au cours duquel 58 soldats français ont péri à Beyrouth, raconte le "pacha", qui s'évertue à trouver des parades.

Pendant l'escale à Beyrouth, l'équipage s'est vu offrir un barbecue à quai et a pu participer à des tournois de volley, de foot ou de basket. L'accès à internet a également été facilité. Et lors de leur dernier passage à Chypre, le commandant a organisé un "piscinex": un moment de baignade au mouillage, en passant par la porte d'où sortent d'habitude les commandos. 

"On s'efforce de redonner l'esprit de l'escale même si ce n'est pas totalement satisfaisant", confie-t-il, tout en rappelant sa responsabilité: barrer la route au virus à bord.

"Protéger l'équipage, maintenir les gestes barrières et la distanciation, c'est un souci de chaque instant", souligne la médecin-chef Catherine, qui dispose d'un système de test automatisé permettant la détection du coronavirus en une heure. Le La Fayette a été le premier bâtiment de la Marine nationale à en être équipé.

Une demi-douzaine de marins ont ainsi pu être testés en début de mission, "pour lever le doute", ainsi que 8 membres de l'équipage du porte-hélicoptère Tonnerre, venus prêter main forte au Liban après l'explosion du 4 août. Tous étaient négatifs.

"Pour les plus jeunes, c'est un peu compliqué, mais l'équipage a un bel esprit collectif", relativise le lieutenant de vaisseau Denis, pilote d'hélicoptère Panther. "Et puis les contraintes valent pour tout le monde en ce moment", lâche-t-il, alors que la France entame son deuxième confinement.

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