Mario Sandoval, le "boucher" de la dictature argentine

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Photo du 9 avril 2014 montrant Beatriz Cantarini de Abriata, mère d'Hernan Abriata, un étudiant arrêté en 1976 à Buenos Aires et torturé sous la dictature
Photo du 9 avril 2014 montrant Beatriz Cantarini de Abriata, mère d'Hernan Abriata, un étudiant arrêté en 1976 à Buenos Aires et torturé sous la dictature
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© AFP, DANIEL GARCIA

, publié le mercredi 11 décembre 2019 à 21h23

En Argentine, Mario Sandoval, arrêté mercredi en banlieue parisienne en vue d'être extradé, était surnommé "churrasco", le nom local pour désigner le steak. L'ancien policier est soupçonné d'avoir participé à plus de 500 affaires de meurtres, de tortures et d'enlèvements durant la dictature argentine (1976-1983).

La justice argentine s'est appuyée sur le dossier d'Hernan Abriata pour demander son extradition. Cet étudiant en architecture fut détenu à l'École de mécanique de la marine (ESMA), un centre de torture du régime militaire par lequel sont passées quelque 5.000 personnes et qui ont disparu, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

Au soir du 30 octobre 1976, on sonne à la porte de la famille Abriata à Buenos Aires. En ouvrant, les parents découvrent un homme en uniforme, qui se présente comme "Sandoval, de la Coordination fédérale", une police politique à la sinistre réputation, chargée des enlèvements et des tortures. 

"C'est une procédure de routine", aurait affirmé cet homme, selon les proches du jeune Hernan. Ils ne le reverront plus.

Carlos Loza, un co-détenu d'Hernan Abriata à l'ESMA, a déclaré au juge que l'étudiant avait été "torturé" et que la dernière fois qu'il l'avait vu ce "fut entre le 4 et le 5 janvier 1977", lorsqu'il avait été "transféré", c'est à dire exécuté.

Le surnom "Churrasco" ("Steak", qui fait référence à la torture des victimes à l'électricité sur un sommier un métal) revient souvent dans les témoignages de survivants de l'ESMA.

- "Homonymie" - 

Arrivé en France en 1985, l'ancien policier a obtenu la nationalité française en 1997, ce qui n'empêche pas son extradition car il n'était pas Français à l'époque des faits.

L'Argentine réclame son extradition depuis 2012. Mercredi, le Conseil d'Etat, la plus haute juridiction administrative française, a validé l'extradition vers l'Argentine de cet ancien fonctionnaire. L'homme de 66 ans, aux cheveux courts et au teint mat, a été arrêté un peu plus tard et devrait être extradé "dans un délai maximum de sept jours", selon la gendarmerie.

"Je ne suis pas le Sandoval que vous recherchez", déclare-t-il aux policiers français la première fois qu'ils étaient venu l'interpeller, à la demande du juge argentin Sergio Torres. 

En 2012, ce franco-argentin avait accusé de diffamation ou de complicité de diffamation plusieurs médias français, dont France info et Marianne, à la suite de la publication en 2008 d'informations sur son rôle supposé sous la dictature argentine. Plaidant l'homonymie, il avait saisi Tribunal de grande instance d'Auxerre. 

"Je suis victime d'une campagne de diffamation", avait-il plaidé. Il avait finalement été débouté. 

Discret, il avait reconstruit une nouvelle vie en France, sans cacher son nom et prénom. Il était consultant spécialisé dans les questions de défense et de sécurité. 

Mario Sandoval avait également enseigné à l'Institut de hautes études de l'Amérique latine (IHEAL), à Paris, et à l'université de Marne-La-Vallée en banlieue parisienne. 

Personne n'était au courant de son passé, jusqu'à ce que quelqu'un le reconnaisse sur une photo. Les enseignants des deux institutions avaient rédigé une lettre ouverte pour demander son extradition. 

"L'action de la justice est indispensable pour connaître la vérité et ainsi éviter qu'une personne responsable de crimes contre l'humanité puisse enseigner dans une institution publique, ce qui est incompatible avec l'éthique de l'université", écrivaient notamment en 2017 les membres de l'IHEAL.

"C'était un type très étrange, il faisait du renseignement. C'était un de ceux les mieux formés intellectuellement au sein de l'ESMA. (Mais) s'il pouvait te buter, il te butait", a témoigné un autre survivant de ce centre de torture, Alfredo Buzzalino.

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