Mali : comment un soldat français a guidé un Boeing en pleine tempête de sable

Mali : comment un soldat français a guidé un Boeing en pleine tempête de sable©Pixabay

publié le mercredi 14 juillet 2021 à 09h34

Fin mars, un militaire français a probablement sauvé la vie des 105 passagers d'un avion de ligne malien, en le guidant à travers une tempête de sable, raconte Le Point. Le système de guidage de l'avion était tombé en panne.

Le 27 mars 2021 restera à jamais gravé dans la mémoire d'un adjudant-chef.

A Gao, au Mali, dans le cadre de l'opération Barkhane, le soldat est appelé aux environs de 11 heures par un de ses camarades qui l'informe que quelque chose de grave est en train de se passer. "J'avais fait l'astreinte de nuit entre 19 heures et 7h30, je n'avais pas dormi", raconte-t-il au Point, qui l'a rencontré lors des répétitions du défilé du 14-Juillet.

Le soldat reprend alors la direction de la tour de contrôle de la Plateforme opérationnelle désert (PfOD). On lui apprend qu'un Boeing 737 de la compagnie Sky Mali, avec 105 personnes à bord, est en détresse. Son système de positionnement est en panne, et les conditions météorologiques se sont dégradées, précise le site Opex360 spécialiste de l'actualité militaire et géopolitique. Une tempête de sable fait rage et le pilote ne parvient pas à trouver la piste d'atterrissage de l'aéroport de Gao.




Trois tentatives infructueuses

Fort de vingt-et-un ans d'expérience, l'adjudant-chef est l'opérateur le plus capé. "L'avion a tenté un premier atterrissage tout seul, mais il a remis les gaz vers 900 mètres d'altitude, car il ne voyait pas la piste", explique Alexandre au Point. Deux autres tentatives se soldent par un échec, d'où l'appel à l'aide. "C'est rare de voir une remise de gaz sur un avion de ligne, alors, après trois remises de gaz, l'atmosphère devait être tendue", ajoute le militaire. Lors d'un échange avec le pilote, il l'a senti vraiment très inquiet.

Pour sauver les 105 passagers et l'équipage, le soldat français décide d'utiliser son radar d'approche. "Grâce au Spartiate, système polyvalent d'atterrissage de recueil de télécommunication et d'identification de l'altitude, le militaire d'astreinte à la tour de contrôle de la PfOD de Gao a pu guider les pilotes jusqu'à ce qu'ils sortent d'un nuage de sable à environ 200 mètres du sol", a résumé l'État-major des armées (EMA) à Opex360.

Un radar jugé obsolète

"J'étais en communication avec l'appareil et je lui ai fait suivre un plan de descente sur mon scope : je l'ai d'abord amené à 750 mètres, puis à 150 mètres d'altitude, à environ 2 kilomètres de la piste", détaille l'adjudant-chef. Une fois passé sous le nuage de sable, le pilote a pu se poser seul multipliant les remerciements. Des mots qui n'ont pu être suivis d'une rencontre, à cause des restrictions sanitaires liées au Covid-19. "Nous n'avons pas pu nous saluer avant mon départ du Sahel (...) J'étais responsable de l'appareil et des 105 personnes à bord, je l'ai guidé, mais je n'ai fait que mon travail. On est très bien formés à ce genre de situation, donc je ne l'ai pas vécu comme un moment stressant. C'était la première fois que je posais un avion de ligne, et je pense que je dois être le seul à l'avoir fait avec un radar Spartiate !", ajoute le soldat. Et pour cause, développé il y a plus de quarante ans, le Spartiate doit être remplacé. Considéré comme étant "en fin de vie", par l'EMA, il n'a pour le moment pas été remisé faute de crédits.

Le savoir-faire français en la matière sera à l'honneur ce 14 juillet à l'occasion du défilé militaire, lors duquel, comme l'explique Le Parisien, 73 avions tricolores seront mobilisés pour des manœuvres qui font également office d'entraînement.

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