Malaisie: incertitudes après la démission de Mahathir

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Le Premier ministre malaisien démissionnaire Mahathir Mohamad arrive au Palais national à Kuala Lumpur, le 24 février 2020
Le Premier ministre malaisien démissionnaire Mahathir Mohamad arrive au Palais national à Kuala Lumpur, le 24 février 2020
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© AFP, Mohd RASFAN

, publié le lundi 24 février 2020 à 10h21

La Malaisie se retrouvait lundi plongée dans l'incertitude politique avec la démission de son Premier ministre, Mahathir Mohamad suite à une tentative de ses alliés de le renverser pour bloquer son successeur désigné.

L'annonce de M. Mahathir, qui est à 94 ans le dirigeant élu le plus âgé de la planète, intervient après 24 heures de crise politique.

Dimanche soir, le Premier ministre pressenti Anwar Ibrahim a dénoncé une tentative de renverser la coalition au pouvoir, évoquant "une trahison parce qu'il y a eu une promesse" pour lui permettre de succéder à M. Mahathir.

Les adversaires de M. Anwar au sein de la coalition du Pacte de l'Espoir, qui avait remporté les élections législatives de mai 2018, ont essayé de former un nouveau gouvernement avec des membres de l'opposition. Ils auraient prévu d'exclure M. Anwar ainsi que la plupart des députés de son parti, l'empêchant ainsi de devenir chef du gouvernement.

M. Mahathir, considéré par certains comme le père fondateur de la Malaisie moderne, était revenu au pouvoir en 2018 quinze ans après l'avoir quitté, grâce à la victoire du Pacte de l'Espoir qui comprenait nombre de ses anciens opposants dont Anwar Ibrahim, son ex-bras droit jusque dans les années 1990 devenu son ennemi juré.

M. Mahathir, qui avait déjà dirigé le pays de 1981 à 2003, s'était alors engagé à céder la place dans les deux ans à M. Anwar. Ce dernier, à l'époque emprisonné pour sodomie --une condamnation politique selon ses partisans--, avait été immédiatement gracié par le roi et libéré.

- Pas de date -

Mais ensuite, M. Mahathir s'était refusé à fixer une date précise pour transmettre le pouvoir à M. Anwar.

Lundi matin, alors que la tentative de renverser le gouvernement semblait patiner, le bureau de M. Mahathir a soudain annoncé qu'il avait envoyé sa lettre de démission au roi à 13H00 (05H00 GMT).

La coalition au pouvoir venait en effet de se retrouver en miettes avec le départ du parti Bersatu de M. Mahathir et la démission de 11 députés du parti de M. Anwar.

Pour pouvoir former un gouvernement, M. Anwar doit convaincre le roi qu'il dispose de l'appui d'assez de députés pour former un gouvernement, ce qui pourrait être compliqué par le départ du Bersatu de la coalition a expliqué à l'AFP Azmi Hassan, analyste politique de l'University Technology Malaysia.

Le parti de M. Mahathir pourrait bien s'allier avec l'UMNO (Organisation nationale unifiée malaise), la formation de Najib Razak évincé en 2018 et empêtré dans un énorme scandale de détournement de fonds, ainsi que d'autres groupes pour tenter de former un gouvernement, a-t-il estimé.

Les relations houleuses entre MM. Anwar et Mahathir dominent la vie politique en Malaisie depuis plus de vingt ans. Mais les deux hommes s'étaient alliés pour renverser Najib Razak en 2008 et évincer une coalition qui dirigeait le pays depuis l'indépendance de cette ex-colonie britannique en 1957.

M. Anwar, qui a changé de couleurs politiques durant sa longue carrière, fut notamment ministre des Finances et figure de l'UMNO dans les années 1990, devenant même vice-Premier ministre avant d'être limogé par M. Mahathir suite à des divergences sur la gestion de la crise financière asiatique en 1998. Il avait ensuite été condamné à six ans de prison pour sodomie et corruption, puis à nouveau à cinq ans en 2015 pour sodomie.

Le refus de M. Mahathir de fixer une date pour transmettre le pouvoir à M. Anwar a nourri les tensions au sein du Pacte de l'Espoir. Beaucoup étaient mécontents de l'idée qu'un gouvernement démocratiquement élu puisse être remplacé sans nouvelle élection.

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