Macédoine: Gruevski exfiltré dans une voiture diplomatique hongroise, selon l'Albanie

Macédoine: Gruevski exfiltré dans une voiture diplomatique hongroise, selon l'Albanie
L'ex-Premier ministre macédonien Nikola Gruevski, le 5 octobre 2018 à Skopje, en Macédoine

AFP, publié le jeudi 15 novembre 2018 à 21h53

La Hongrie a-t-elle activement aidé l'ex-Premier ministre macédonien Nikola Gruevski à fuir son pays pour échapper à la prison ? La question se pose après que l'Albanie a affirmé jeudi que le dirigeant déchu avait été exfiltré à l'aide d'une voiture diplomatique hongroise.

Nikola Gruevski, proche du Premier ministre hongrois Viktor Orban, avait annoncé mardi avoir fui en Hongrie, pays de l'Union européenne, pour y demander l'asile, malgré un mandat d'arrêt international émis par les autorités macédoniennes.

Nouveau rebondissement embarrassant pour Budapest dans ce dossier, l'Albanie a détaillé jeudi soir la façon dont l'ancien homme fort macédonien, condamné à deux ans de prison pour abus de pouvoir, avait transité par son territoire dimanche.

Nikola "Gruevski est sorti le 11 novembre 2018 vers 19H11 du territoire de l'Albanie par le poste-frontière de Hani i Hotit, pour passer au Monténégro", a indiqué la police albanaise dans un communiqué. 

Celui qui a dirigé la Macédoine de 2006 à 2016, était passager d'une "voiture de l'ambassade hongroise à Tirana, immatriculée CD 1013A", a-t-elle précisé.

Le Montenegro a également confirmé que M. Gruevski avait transité par son territoire, sans toutefois préciser la nature du véhicule utilisé.

Budapest avaient formellement démenti jeudi matin lui avoir activement prêté assistance dans sa fuite.

"Les autorités hongroises n'ont pas été impliquées dans sa sortie du territoire de son pays", a indiqué à la presse le directeur de cabinet de M. Orban, Gergely Gulyas. "L'Etat hongrois n'a pas été impliqué dans le fait qu'il ait quitté la Macédoine", a-t-il martelé.

Le gouvernement hongrois a indiqué dans la soirée à l'AFP ne pas souhaiter faire davantage de commentaires.

- Mandat d'arrêt -

Visiblement mal à l'aise, le gouvernement hongrois avait attendu 24 heures pour confirmer mercredi la présence de M. Gruevski sur son territoire. Budapest avait assuré qu'il examinerait cette demande d'asile "d'un point de vue uniquement juridique", soulignant que "la Macédoine est un partenaire stratégique et un allié important de la Hongrie".

M. Orban s'est par le passé régulièrement affiché en allié de Nikola Gruevski, représentant d'une droite autoritaire comme lui. En 2017 notamment, le Hongrois avait apporté son soutien à sa campagne pour les municipales. 

Les deux hommes se sont aussi distingués par leur hostilité au milliardaire américain d'origine hongroise George Soros, bouc émissaire des nationalistes pour son soutien supposé à l'immigration.

Un porte-parole du parti de M. Orban, le Fidesz, a jugé mercredi que M. Gruevski était "persécuté et menacé par un gouvernement de gauche, qui a manifestement le soutien de George Soros".

Le Premier ministre macédonien social-démocrate, Zoran Zaev, a exhorté la Hongrie à ne pas fournir "un refuge aux criminels" et à "respecter la pratique internationale" en s'abstenant d'accueillir une personne condamnée dans un Etat de droit et visée par un mandat d'arrêt international.

Les commentaires ironiques ont fusé sur les réseaux sociaux, soulignant que Viktor Orban était à présent mis au défi d'appliquer ses propres règles, extrêmement restrictives, sur le droit d'asile. 

Ancien patron du parti VMRO-DPMNE (droite), Nikola Gruevski a été condamné en appel en octobre pour avoir reçu pour son usage personnel une Mercedes d'une valeur de 600.000 euros, payée sur les deniers publics. Il ne s'était pas présenté lundi pour purger sa peine de prison.

Ce procès n'était que le premier de ce qui s'annonçait comme une série noire, puisqu'il est poursuivi dans cinq autres dossiers. M. Gruevski estime que ces poursuites sont motivées par des considérations politiques.

Son passeport lui avait été confisqué pendant l'enquête et depuis l'annonce de sa fuite en début de semaine, les médias macédoniens s'interrogeaient sur les modalités de la fuite de Nikola Gruevski. 

Les partis d'opposition hongrois ont mis en garde le gouvernement : "Les criminels corrompus qui volent leur propre peuple ne se voient généralement accorder l'asile que dans les dictatures les plus terribles de l'Est et dans les républiques bananières et non dans l'UE", a lancé le parti Coalition démocratique (gauche). 

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