Lula aux portes de la prison dans un Brésil divisé

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 L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, le 22 février 2018 à Sao Paulo

L'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva, le 22 février 2018 à Sao Paulo

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© AFP, Miguel SCHINCARIOL

AFP, publié le jeudi 05 avril 2018 à 13h15

La Cour suprême du Brésil a tranché: avec le rejet jeudi de la demande d'habeas corpus de Lula, l'ex-président peut être incarcéré dans les prochains jours, une décision à forte portée politique dans un pays très polarisé.

L'arrestation imminente de celui qui était donné en tête des intentions de vote pour la présidentielle d'octobre rebat les cartes d'un scrutin présenté comme un des plus imprévisibles depuis des décennies.

En théorie, plus aucun obstacle ne sépare l'icône de la gauche de la prison, mais, selon de nombreux juristes, il ne devrait pas se retrouver derrière les barreaux avant la semaine prochaine, la date de mardi étant annoncée comme la plus probable.

Lula, 72 ans, devra purger une peine de 12 ans et un mois de prison pour avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer de la part d'une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics.

L'ex-président (2003-2010) nie farouchement, invoquant l'absence de preuves et dénonçant un complot visant à l'empêcher de briguer un troisième mandat, huit ans après avoir quitté le pouvoir avec un taux de popularité record.

"Le peuple brésilien a le droit de voter pour Lula, le candidat de l'espérance. Sa candidature sera défendue dans les rues et dans toutes les instances, jusqu'aux dernières conséquences", a affirmé sur Twitter le Parti des Travailleurs, fondé par Lula dans les années 80, peu après l'annonce de la décision de la Cour suprême.

"La présomption d'innocence, ce droit fondamental (...), n'a pas prévalu aujourd'hui pour Lula. C'est un jour triste pour la démocratie et pour le Brésil", a déclaré la présidente de ce parti, Gleisi Hoffmann.

L'ex-président a également reçu le soutien du président vénézuélien Nicolas Maduro, qui a affirmé sur Twitter avoir ressenti "une douleur à l'âme devant une telle injustice".

- "Combat contre l'impunité" -

Retransmis en direct à la télévision, les débats de la Cour suprême ont débuté mercredi après-midi et se sont prolongés plus de 11 heures durant.

À l'image du Brésil, les 11 juges se sont montrés profondément divisés et la demande d'habeas corpus de Lula a été rejetée par six voix contre cinq.

Bien que très serré, ce résultat est une victoire éclatante pour les procureurs de l'opération "Lavage-Express", enquête tentaculaire qui a mis au jour un gigantesque scandale de corruption impliquant des hommes politiques de tous bords. 

Même s'il a été rattrapé par les affaires, Lula reste perçu comme "près du peuple" et dispose encore d'un réservoir de voix considérable, notamment dans les régions pauvres du nord-est, dont il est originaire. 

Mais il est aussi détesté par toute une partie de la population, et de nombreuses voix se sont élevées pour saluer la décision de la Cour suprême. 

Mardi soir, veille du jugement, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient manifesté dans les plus grandes villes du pays pour réclamer l'incarcération de Lula.

"L'ex-président n'est pas au-dessus de la loi. Une décision dans le sens contraire frustrerait la société et serait un retour en arrière dans le combat contre l'impunité", a affirmé le parti de centre-droit PSDB dans un communiqué.

Une autre prise de position, bien plus polémique, a défrayé la chronique. Le général Eduardo Villas-Boas, chef de l'armée brésilienne, avait publié mardi soir sur Twitter un message dans lequel il indique que les militaires "partagent le sentiment des Brésiliens qui répudient toute impunité".

Même si elle ne fait pas explicitement référence à Lula, cette publication laisse entendre une rare prise de position de l'armée, dans un pays qui vivait encore sous le joug de la dictature militaire (1964-1985) il y a une trentaine d'années.

Amnesty International a considéré que la déclaration du général était "un grave affront à l'indépendance des pouvoirs et une menace envers l'Etat démocratique".

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