Indépendance, autonomie? Bougainville commence à voter sur son avenir

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Des habitants de la région de Bougainville font la queue dans un bureau de vote au premier jour d'un référendum pour choisir entre l'indépendance ou une autonomie renforcée, à Buka le 23 novembre 2019
Des habitants de la région de Bougainville font la queue dans un bureau de vote au premier jour d'un référendum pour choisir entre l'indépendance ou une autonomie renforcée, à Buka le 23 novembre 2019
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© AFP, NESS KERTON

, publié le samedi 23 novembre 2019 à 09h31

Les 207.000 électeurs de Bougainville ont commencé samedi à voter pour décider de l'avenir de leur île, très riche en cuivre, au sein de la Papouasie-Nouvelle-Guinée: indépendance ou simple autonomie renforcée, après des années de révolte sécessionniste meurtrière.

Au moins un millier de personnes se sont rassemblées à l'ouverture de cette consultation à Buka, principale ville de la région, dans une ambiance électrique, alimentée par l'espoir pour certains de devenir le plus jeune Etat du monde.

Une chorale improvisée d'hommes et de femmes arborant des guirlandes d'herbes défilaient joyeusement dans les rues, en agitant des drapeaux indépendantistes et soufflant dans des flûtes de Pan en bambou.

Les résultats de ce scrutin, qui durera deux semaines, ne sont pas attendus avant la mi-décembre. Une victoire des partisans de l'indépendance paraît prévisible, mais faute de sondages fiables, celle des partisans du maintien de l'île en Papouasie-Nouvelle-Guinée n'est pas à exclure.

Un vote favorable à l'indépendance devrait encore être ratifié par le Parlement de Papouasie, où l'on redoute un effet de contagion dans un pays d'une très grande diversité ethnique.

Ce référendum doit permettre de tourner définitivement la page d'une décennie de conflit armé qui avait fait 20.000 morts avant le cessez-le-feu de 1998.

"Je suis si heureuse", déclare à l'AFP Olitha Mokela, une électrice de 54 ans habillée d'une robe colorée rose et bleue. "Les joueurs de flûte de bambou vont jouer, je vais danser et voter", s'enthousiasme-t-elle.

A Tinputz, un groupe de villages le long de la côte au sud de Buka, des habitants ont abattu des vaches et des cochons pour fêter le premier jour de vote.

Le président de la région de Bougainville, John Momis, a appelé samedi les électeurs à faire preuve de patience, soulignant que ce référendum n'était qu'une étape d'un long processus.

"Nous ne devons pas précipiter les choses, nous devons prendre notre temps pour garantir une issue favorable", a-t-il affirmé, ajoutant que cette conclusion pourrait ne pas intervenir avant "cinq ans".

Les préparatifs en vue du scrutin se sont déroulés dans le calme. Ces dernières semaines, d'ex-membres des deux camps ont participé à des cérémonies au cours desquelles des flèches ont été brisées en signe de réconciliation.

"Nous n'entendons pas souvent d'histoires de gens qui déposent les armes, se réconcilient et recherchent la paix", s'est félicité samedi le responsable du scrutin référendaire, Mauricio Claudio, à l'issue de la première journée de vote.

L'île, qui doit son nom au navigateur français Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811), lequel l'explora en 1768, est parmi les territoires les plus pauvres de l'hémisphère Sud.

En cas d'indépendance, Bougainville pourrait alors devenir un nouvel enjeu de la lutte d'influence entre puissances régionales dans le Pacifique, dont la Chine et l'Australie.

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