Accusé d'abus de pouvoir, le chargé des réfugiés palestiniens à l'ONU démissionne

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Pierre Krahenbuhl, qui a démissionné de son poste de commissaire général de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), ici le 23 mai 2019 à Gaza
Pierre Krahenbuhl, qui a démissionné de son poste de commissaire général de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), ici le 23 mai 2019 à Gaza
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© AFP, MOHAMMED ABED

, publié le jeudi 07 novembre 2019 à 08h08

Le commissaire général de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), accusé depuis plusieurs mois d'abus de pouvoir, a "démissionné avec effet immédiat" mercredi.  

Le départ soudain du Suisse Pierre Krähenbühl, quelques heures après avoir été suspendu de ses fonctions par le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, survient alors que l'Assemblée générale des Nations unies doit renouveler en décembre pour trois ans le mandat de cette agence qui aide des millions de réfugiés palestiniens en Jordanie, au Liban, en Syrie et dans les Territoires palestiniens. 

Etats-Unis et Israël estiment que cette agence n'a plus de raison d'être dans sa forme actuelle.

Dans une lettre, "Pierre Krähenbühl a informé le secrétaire général qu'il démissionnait, avec effet immédiat", a annoncé le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, lors de son point-presse quotidien.

L'ONU avait annoncé plus tôt que le commissaire avait été suspendu de ses fonctions et avait nommé un nouveau responsable pour assurer l'intérim de la direction de l'agence, Christian Saunders.

Interrogé par la chaîne de télévision suisse RTS, Pierre Krähenbühl a rejeté en bloc les accusations portées à son encontre. "J'ai rejeté ces accusations depuis le début et je continue à le faire", a-t-il dit. "Il n'y a aucun cas de corruption, ni de fraude, ni de mauvaise gestion des financements reçus de donateurs", a-t-il martelé.

La démission du commissaire général fait suite à un rapport interne sur le fonctionnement de l'Unrwa remis cet été au patron de l'ONU.

Obtenu par l'AFP, ce document émanant du département éthique de l'Unrwa faisait état d'une mauvaise gestion et d'abus de pouvoir commis par un petit groupe de hauts responsables --pour la plupart des expatriés-- qui auraient contourné les mécanismes de contrôle de l'ONU.

Le document décrivait comme "crédibles et corroborés" des abus éthiques importants commis par des hauts dirigeants, dont Pierre Krähenbühl.

Parmi les accusations figuraient celles "d'agissements à caractère sexuel inappropriés, népotisme, représailles, discriminations et autres abus d'autorité, (commis) à des fins personnelles, pour réprimer des divergences d'opinion légitimes", selon le rapport. 

- Relation amoureuse ? -

"Des problèmes de gestion concernent spécifiquement le commissaire général", avait reconnu l'Unrwa.

Selon le document, Pierre Krähenbühl aurait lui-même noué une relation amoureuse avec sa conseillère principale, nommée en 2015, après un processus de recrutement "extrêmement rapide".

Mercredi, le Suisse a assuré qu'une actualisation récente du rapport interne confirmait que cette "relation personnelle (était) non existante".

Les résultats préliminaires de l'enquête "excluent" toute "fraude" ou "détournement de fonds" par M. Krähenbühl, mais font état de "problèmes de management", avait précisé dans un communiqué mercredi Antonio Guterres, en annonçant la suspension administrative du commissaire général.

La Suisse a indiqué "prendre note" de sa démission en rappelant qu'elle suspendait toute contribution à l'Unrwa pendant la durée des investigations. Selon Berne, le rapport d'enquête définitif doit être publié fin novembre.

Pour certains responsables onusiens, la démission du Suisse est bien tardive. Elle intervient à un moment délicat pour l'Agence qui se bat depuis 2018 pour compenser un arrêt de financement des Etats-Unis.

Israël et les Etats-Unis s'opposent au fait que les Palestiniens puissent transmettre le statut de réfugié à leurs enfants, souhaitant ainsi réduire le nombre de personnes bénéficiant d'une aide de l'Unrwa, ce que les Palestiniens dénoncent comme une violation de leurs droits.

En 2018, les Etats-Unis avaient mis fin à leur aide financière annuelle de 300 millions de dollars (270 millions d'euros) à l'Unrwa.

Le modèle de l'Unrwa "n'est pas durable", a affirmé mercredi Israël. "La communauté internationale doit trouver un nouveau modèle pour fournir une aide humanitaire à ceux qui en ont vraiment besoin" et en finir avec cette idée "futile d'un retour des réfugiés", a indiqué dans un communiqué son ministère des Affaires étrangères.

En faisant part de la démission de Pierre Krähenbühl, Antonio Guterres a pris mercredi le contre-pied de cette assertion israélienne en réaffirmant "son soutien à l'Unrwa pour son excellent travail, essentiel pour le bien-être des réfugiés palestiniens".

"Il est vital en ce moment que les Etats membres et les autres partenaires restent impliqués dans l'Unrwa et dans les services qu'elle fournit", a souligné son porte-parole. "Il est aussi fondamental pour la communauté internationale de soutenir le travail crucial fourni par l'agence dans les domaines de la santé, de l'éducation, et de l'aide humanitaire, source de stabilité dans une région volatile", a précisé Stéphane Dujarric.

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