Liban: le Hezbollah se réjouit d'une "grande victoire" aux législatives

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Une Libanaise montre son pouce encré de violet et brandit un drapeau du mouvement chiite Hezbollah, le 6 mai 2018 après avoir voté lors des élections législatives à Beyrouth
Une Libanaise montre son pouce encré de violet et brandit un drapeau du mouvement chiite Hezbollah, le 6 mai 2018 après avoir voté lors des élections législatives à Beyrouth
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© AFP, ANWAR AMRO

AFP, publié le lundi 07 mai 2018 à 22h07

Le puissant mouvement chiite libanais Hezbollah, allié indéfectible de l'Iran, a salué lundi une "grande victoire" aux législatives, qui conforte selon lui sa dimension militaire, au terme d'un scrutin dont son principal rival, le Premier ministre sunnite Saad Hariri, s'avère le grand perdant.

Les législatives de dimanche, les premières depuis 2009, ont été marquées par un faible taux de participation -49,2%, dans un climat de désenchantement au sein de la population confrontée à une classe politique accusée de corruption et de népotisme.

Au Liban, le partage du pouvoir entre les différentes communautés religieuses empêche la suprématie d'un seul parti ou d'une communauté au sein de l'hémicycle. Mais le Hezbollah devrait conforter sa position grâce aux alliances qu'il pourrait tisser ou renouveler.

"C'est une grande victoire morale et politique pour la Résistance", a lancé le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors d'un discours télévisé, utilisant le surnom donné au mouvement en référence à sa lutte contre Israël.

"Nous pouvons dire aujourd'hui (...) que l'objectif a été réalisé", a ajouté M. Nasrallah, sans dire combien des 128 sièges du Parlement son parti et ses alliés avaient remportés.

Une alliance renouvelée avec le parti chrétien du président Michel Aoun et la formation chiite Amal permettrait à une majorité de se dégager. Le Hezbollah devrait pouvoir ainsi éviter l'ouverture de certains dossiers sensibles, comme celui de son arsenal militaire, auquel il n'a jamais renoncé après la guerre civile (1975-90).

Et cette tendance semble confortée par des résultats dévoilés en soirée par le ministère de l'Intérieur en conférence de presse. Le dépouillement n'est toutefois pas terminé dans une circonscription.

- "Grande influence" -

Dans un contexte de fortes tensions régionales autour du rôle de l'Iran, principal parrain du mouvement chiite, "le Hezbollah est bien parti pour avoir une grande influence dans le processus décisionnel" au Liban, confirme le politologue Karim el-Mufti.

Le discours triomphaliste de M. Nasrallah contraste avec celui de son grand rival, M. Hariri, qui a indiqué que son mouvement -Le Courant du Futur- avait perdu le tiers de ses sièges, passant de 33 à 21 députés.

"Nous avions parié sur un meilleur résultat et un bloc plus large", a-t-il admis lors d'une conférence de presse, s'exprimant toutefois de façon décontractée.

Selon M. Mufti, "la reconduction de M. Hariri au poste de chef de gouvernement n'est pas menacée".

Le revers du camp Hariri, soutenu par l'Arabie saoudite, intervient six mois après le feuilleton de sa démission surprise depuis Ryad, qui avait suscité une vaste mobilisation populaire et diplomatique.

Mécontente des compromis du Premier ministre vis-à-vis du Hezbollah pro-iranien, l'Arabie saoudite l'avait finalement laissé rentrer sous les vivats au Liban.

Créé au début des années 1980 dans la foulée de la Révolution islamique iranienne pour lutter contre Israël, le Hezbollah combat actuellement en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad.

Il est considéré comme une organisation "terroriste" par les Etats-Unis, et cinq de ses membres ont été accusés dans l'assassinat en 2005 de Rafic Hariri, ancien Premier ministre et père de Saad.

L'ONU a dit espérer "la formation rapide d'un gouvernement", appelant "les acteurs politiques libanais" à garder une attitude "responsable" dans les prochains jours pour protéger la stabilité du Liban".

- Rôle d'arbitre -

Les nouveaux contours du Parlement pourraient conforter le rôle d'arbitre auquel prétend la formation chrétienne du président Aoun, qui dominerait une coalition de 29 sièges selon un chiffre dévoilé par le parti.

"Le plus grand acteur sera le groupe du président Aoun, qui évoluera parmi les blocs non alignés, et le Hezbollah bénéficiera de ce fait de l'absence d'une large coalition" face à lui, a expliqué le politologue Imad Salamey.

Depuis 2009, le mandat du Parlement avait été prorogé à trois reprises en arguant des risques pour la sécurité du pays liés à la guerre en Syrie voisine, qui a débuté en 2011.

Un taux de participation plus élevé était prévu cette année mais le nouveau code électoral ainsi que les bulletins de vote pré-imprimés semblent avoir dérouté des électeurs.

"Ni les électeurs ni les responsables de bureaux de vote ne sont encore familiers avec" ce nouveau code, basé sur un système proportionnel complexe, a déclaré le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk.

Malgré cette participation décevante, et en dépit de quelque 800.000 nouveaux électeurs, la nouvelle loi électorale, plus représentative, a permis à une candidate de la société civile, la journaliste de télévision Paula Yacoubian, à faire son entrée au Parlement.

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