Les prostituées russes à l'écart du Mondial-2018

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Des danseuses se préparent au club de strip-tease Golden Girls, dans le centre de Moscou, le 1er juin 2018
Des danseuses se préparent au club de strip-tease Golden Girls, dans le centre de Moscou, le 1er juin 2018
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© AFP, Maxim ZMEYEV

AFP, publié le samedi 09 juin 2018 à 16h03

Pour les prostituées russes, le Mondial-2018 de foot et son public très masculin a toute les apparences d'une aubaine. En réalité, nombre d'entre elles vont rester à l'écart de l'événement pour échapper à la forte pression policière attendue.

"La plupart des maisons closes sont en train de fermer, la police prévient que celles qui resteront ouvertes le feront à leurs propres risques", explique à l'AFP Irina Maslova, à la tête de Serebriannaïa Rosa, une association de défense des droits des prostituées.

Et au final, seules les maisons disposant de protections assez puissantes au sein de la police et des autorités --en échange d'une partie de leurs revenus-- pourront exercer pendant la Coupe du Monde qui s'ouvre jeudi jusqu'au 15 juillet.

Vantées comme "les meilleures au monde" par le président russe Vladimir Poutine, les prostituées étaient nombreuses à arpenter les rues pendant les années 1990, marquées par une libéralisation des mœurs et l'appauvrissement de nombreux Russes suivant la chute de l'URSS.

Ces dernières années, les autorités ont progressivement durci le ton, forçant des travailleuses du sexe à entrer dans la clandestinité. Le secteur a également subi de plein fouet la crise financière de 2014, causant une baisse de la demande et des tarifs.

Selon Mme Maslova, "les autorités et quiconque associé avec elles seront plus dures avec les soi-disant contrevenants à la loi et éléments indésirables" pendant la Coupe du Monde.

La Russie, qui a investi des milliards dans cet événement, tient à garder une image propre et sans accrocs, estime-t-elle.

Macha, qui exerce dans un "salon" de Saint-Pétersbourg, l'une des villes-hôtes du Mondial, confirme que plusieurs maisons closes ont fermé leurs portes, probablement pour ne pas s'être mises d'accord sur le montant du pot-de-vin à verser à la police.

Lors des JO d'hiver de 2014, à Sotchi (sud), la police avait distribué des amendes plus sévères que d'habitude aux prostitués, la justice allant parfois jusqu'à leur donner des peines de prison le temps des Jeux.

En 2003, lors du 300e anniversaire de Saint-Pétersbourg, Irina Maslova avait été maintenue en isolement pendant 48 heures. D'autres femmes avaient été emmenées hors de la ville le temps des festivités.

"Pour éviter ce danger, pour protéger leur vie, leur santé, leur sécurité et parfois leur réputation, (les travailleurs du sexe) vont quitter la ville car être dans une ville où de gros événements ont lieu est tout simplement impossible", confie Mme Maslova.

 - Leçons d'anglais -

Si la prostitution est illégale en Russie, les strip-clubs, eux, sont acceptés et se frottent les mains, se préparant à une hausse de leurs revenus après plusieurs années de vache maigre.

"Nous nous attendons à un gros afflux de clients, au moins deux ou trois fois plus que d'habitude", affirme à l'AFP Lucky Lee, propriétaire du club Golden Girls, dans le centre de Moscou.

Afin de pouvoir faire face à une clientèle étrangère, le club a offert des leçons d'anglais à ses employées. "Ce sont des leçons d'anglais banales, on discute de thèmes variés: comment réserver un hôtel, comment parler avec les clients", explique Melanie, une strip-teaseuse de 29 ans.

"Ce serait bien s'il y avait plus de travail pendant le championnat... chacun ressent" la crise, ajoute la jeune femme, qui travaille depuis six ans au Golden Girls.

Jusque là oscillant entre 4.200 et 8.500 euros, les salaires des danseuses plafonnent aujourd'hui entre 1.700 et 4.200 euros, explique Lucky Lee. Elle met en cause les sanctions imposées par les pays occidentaux après l'annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne de Crimée en mars 2014, à l'origine notamment d'une chute de la monnaie russe.

 - Une poupée "ce n'est pas tromper" -

En mai, Dmitri Alexandrov a ouvert à Moscou la première franchise de l'espagnol Lumidolls Sex Hotel. Les hommes y paient 5.000 roubles (70 euros) pour passer une heure en compagnie d'une poupée en silicone et aux seins disproportionnés.

Comme Lucky Lee et Melanie, il espère lui aussi une hausse du nombre de ses clients grâce à la Coupe du Monde.

"La plupart des supporters vont venir sans leur moitié", dit-il, avec à ses côtés Lolita et Alise, les deux modèles les plus populaires de son hôtel. "Le sexe avec des poupées, ce n'est pas tromper, dans la majorité des couples".

En bon homme d'affaires, il a prévu de revêtir les poupées du maillot de l'équipe nationale du client, si celui-ci le demande.

Venue à l'inauguration du Lumidolls Sex Hotel, Irina Maslova s'est réjouie d'y voir inscrit la mention "Première maison close légale" en Russie.

"Cela permet de faire réfléchir les gens sur cette phrase", estime celle dont l'association lutte pour décriminaliser entièrement l'industrie du sexe dans le pays.

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