Les Britanniques sur le chemin des urnes

Les Britanniques sur le chemin des urnes
Boris Johnson apparait sur une vidéo devant le Parlement à Londres, le 4 septembre 2019

AFP, publié le mercredi 04 septembre 2019 à 15h40

Les électeurs britanniques vont-ils reprendre le chemin des urnes le mois prochain ?

Le Premier ministre conservateur Boris Johnson a présenté au Parlement une motion appelant à des élections législatives anticipées si les députés adoptent mercredi un texte visant à empêcher une sortie sans accord avec l'Union européenne.

- Pourquoi maintenant ? -

Arrivé au pouvoir il y a six semaines, Boris Johnson a promis de mettre en œuvre le 31 octobre le Brexit voté au référendum de juin 2016, quoi qu'il arrive, accord ou pas avec Bruxelles.

Mais une majorité de députés - dont 21 issus des rangs conservateurs - a enclenché mardi soir un processus visant à empêcher un "no deal".

Le Premier ministre répète à l'envi qu'il ne veut pas de législatives anticipées mais un tel scrutin pourrait bien être pour lui la seule issue si les députés viennent mettre à mal sa stratégie.

- Comment le scrutin est-il déclenché ? -

La loi, le "Fixed-term Parliaments Act" de 2011, prévoit que les élections législatives se déroulent tous les cinq ans. Un scrutin anticipé peut être organisé mais il requiert l'accord des deux tiers des députés.

Après sa défaite au Parlement mardi soir, Boris Johnson a annoncé devant la Chambre des Communes qu'il soumettrait sa motion sur les élections au vote des députés s'ils votaient pour bloquer un "no deal". 

- Quand les élections auraient-elles lieu ? -

Aucune date ne figure dans la motion appelant à des législatives anticipées, la décision revenant au Premier ministre. 

Son porte-parole a précisé mardi qu'elles devraient être organisées avant le Conseil européen prévu pour les 17 et 18 octobre à Bruxelles, un sommet qui pourrait être la dernière chance de conclure un accord avant le Brexit programmé pour le 31 octobre.

Mercredi, à l'occasion des questions au gouvernement, Boris Johnson a proposé la date du 15 octobre.

- Que vont décider les députés ? -

Faute de majorité absolue à la Chambre des Communes, le Premier ministre devra compter sur des députés de l'opposition pour imposer sa volonté.

Le leader du Labour, le principal parti d'opposition, Jeremy Corbyn réclame des élections depuis des mois, espérant arriver au pouvoir. Mais il a d'ores et déjà fait savoir qu'il ne soutiendrait l'initiative de M. Johnson qu'en cas de succès préalable de la motion transpartisane visant à écarter un "no deal".

Certains députés, dans les rangs des travaillistes, craignent en effet que le chef du gouvernement ne tienne pas parole et que les élections aient lieu après le 31 octobre pour forcer à une sortie sans accord. Selon John Curtice, professeur de sciences politiques à l'Université de Strathclyde, "la stratégie évidente pour l'opposition est de laisser le gouvernement mijoter".

- Le Parlement serait-il immédiatement dissous ? -

Pas nécessairement. Si les députés votent pour un scrutin anticipé, le Premier ministre doit proposer une date à la Reine Elizabeth II, qui ferait ensuite dans ce cas une proclamation royale.

Le Parlement serait dissous 25 jours ouvrés avant la date retenue pour les législatives.

- Une élection empêcherait-elle un "no deal" ? -

Le vote de mardi soir a ouvert la voie au vote mercredi par les députés d'une loi qui contraindrait Boris Johnson à demander un report de trois mois (jusqu'au 31 janvier 2020) s'il ne parvient pas à trouver un accord avec l'UE d'ici au 19 octobre.

Le temps est compté, puisque le Premier ministre a annoncé une suspension très controversée du parlement à partir de la semaine prochaine, et ce jusqu'au 14 octobre.

Mais si les députés opposés à une sortie sans accord parviennent à faire adopter leur loi par la Chambre des Communes et la Chambre des Lords, celle-ci s'imposera au gouvernement, quel que soit le résultat des élections.

- Y a-t-il d'autres moyens pour arriver à des élections ? -

L'impasse politique est telle que nombre d'observateurs pensent que des élections dans les mois à venir sont inéluctables.

Si les députés écartent l'initiative de Boris Johnson, le Labour peut déclencher des législatives anticipées via l'organisation d'un vote de confiance.

En cas de défaite, le gouvernement aurait 14 jours pour se prévaloir du soutien de la majorité des députés avant d'être contraint de convoquer des élections.

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