Les autorités haïtiennes face à une nouvelle crise après l'enlèvement d'un groupe d'Américains

Les autorités haïtiennes face à une nouvelle crise après l'enlèvement d'un groupe d'Américains
Dans le centre-ville de Port-au-Prince le 20 décembre 2019

publié le dimanche 17 octobre 2021 à 23h15

Le fragile gouvernement haïtien faisait face dimanche à une nouvelle crise après l'enlèvement la veille par un gang près de Port-au-Prince de dix-sept missionnaires et membres de leur famille, seize ressortissants américains et un Canadien, a indiqué leur organisation religieuse.

"Le groupe de seize citoyens américains et un citoyen canadien comprend cinq hommes, sept femmes et cinq enfants" précise le communiqué  publié dimanche par Christian Aid ministries. "Joignez-vous à nous pour prier pour ceux qui sont pris en otage, les ravisseurs et les familles, amis et églises des personnes touchées" ajoute l'organisation basée dans l'Etat américain de l'Ohio.

Des ONG haïtiennes ont appelé à la libération de ces personnes kidnappées samedi alors qu'elles circulaient à l'est de la capitale, où prolifèrent des bandes armées profitant d'un vide sécuritaire et d'une crise politique aggravée par l'assassinat en juillet du président Jovenel Moïse. 

"La police se montre incapable d'affronter les gangs qui s'organisent davantage et contrôlent toujours plus de territoires, dans la zone métropolitaine (de Port-au-Prince) mais aussi vers les villes de province", a déploré Gédéon Jean, directeur du Centre d'analyse et de recherche en droits humains.

"La nature a horreur du vide, donc les gangs en profitent pour se renforcer", a-t-il ajouté, expliquant la prolifération des gangs par "l'absence de l'Etat".

Sollicitée par l'AFP, la police haïtienne n'a pas souhaité réagir.

L'organisation religieuse dont les missionnaires kidnappés sont membres précise dans son communiqué qu'ils revenaient d'une visite dans un orphelinat quand ils ont été enlevés avec des membres de leurs familles.

Selon une source sécuritaire haïtienne, le gang appelé "400 mawozo" a détourné plusieurs véhicules qui circulaient sur des axes routiers qu'ils contrôlent, enlevant les citoyens américains et canadien ainsi qu'un nombre encore indéterminé d'Haïtiens.

Il s'agissait, pour certains de ces membres de l'organisation américaine, de leur premier voyage en Haïti.

L'une des personnes kidnappées a envoyé un message désespéré sur un groupe WhatsApp au moment où se produisaient les faits, a indiqué le Washington Post, citant une personne au courant des détails de l'affaire.

"Priez pour nous s'il vous plaît!! Nous sommes retenus en otage, ils ont enlevé notre chauffeur. Priez priez priez. Nous ne savons pas où ils sont en train de nous emmener", disait le message selon le quotidien.

- Insécurité grandissante -

Les autorités américaines se sont pour l'instant bornées à dire que "le bien-être et la sécurité des citoyens américains à l'étranger (étaient) l'une des plus grandes priorités du département d'Etat".

"Nous sommes au courant de ces informations et n'avons rien à ajouter pour le moment", a répété une porte-parole du département d'Etat dimanche.

Haïti est classé comme pays en zone rouge par le gouvernement des Etats-Unis qui déconseille à ses ressortissants de s'y rendre notamment en raison des nombreux enlèvements, précisant que "les victimes incluent régulièrement des citoyens américains."

Avant que les enlèvements n'aient été commis samedi, des associations professionnelles et des entreprises de Port-au-Prince avaient appelé à une grève illimitée à compter de lundi pour protester contre le climat d'insécurité grandissante.

En avril, dix personnes dont deux religieux français avaient été séquestrées 20 jours par le gang "400 mawozo" dans la même région.

Les bandes armées, qui contrôlent depuis des années les quartiers les plus pauvres de la capitale haïtienne, ont étendu leur pouvoir sur Port-au-Prince et ses environs où elles multiplient les enlèvements crapuleux.

Plus de 600 cas ont été recensés sur les trois premiers trimestres de 2021 contre 231 à la même période en 2020, selon le Centre d'analyse et de recherche en droits humains.

Exigeant des rançons dépassant parfois le million de dollars, les gangs n'hésitent pas à réclamer des décennies de salaires à des familles vivant sous le seuil de pauvreté.

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