Les Algériens votent aux élections locales dans un climat morose

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 Une Algérienne sort d'un isoloir dans un bureau de vote d'Alger, le 23 novembre 2017

Une Algérienne sort d'un isoloir dans un bureau de vote d'Alger, le 23 novembre 2017

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© AFP, RYAD KRAMDI
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AFP, publié le jeudi 23 novembre 2017 à 17h38

Les Algériens se sont rendus aux urnes jeudi, sans enthousiasme apparent, pour désigner leurs élus communaux et départementaux, à l'issue d'une campagne atone dans un contexte économique et social morose.

Pour les 22 millions d'électeurs appelés à se prononcer, les bureaux devaient fermer à 19H00. Les résultats officiels sont attendus vendredi.

La participation sera le principal enjeu du scrutin, le Front de libération nationale (FLN), au pouvoir depuis l'indépendance en 1962, et son allié du Rassemblement national démocratique (RND) disposant seuls d'une assise nationale et étant assurés de l'emporter, selon les observateurs.

Lors du précédent scrutin local en 2012, la participation avait été de 44,27% pour les communales et 42,84% pour les départementales. En début d'après-midi, la participation était meilleure qu'il y a cinq ans, mais demeurait inférieure à 20% (19,76% pour les communales et 19,10% pour les départementales).

Dans le centre d'Alger, après avoir début timidement, l'affluence a sensiblement augmenté au fur et à mesure de la journée, sans être massive. Pas de ruée signalée non plus en province, selon les images des télévisions algériennes.

Une cinquantaine de partis politiques et quatre alliances, auxquelles s'ajoutent de nombreuses listes indépendantes, s'affrontent pour les sièges des 1.541 conseils municipaux et des 48 conseils départementaux.

- Appel de Bouteflika -

Très affaibli depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013, le président Abdelaziz Bouteflika, 80 ans, dont les apparitions publiques sont rares, a voté en fin de matinée à Alger.

Accompagné comme à chaque scrutin de ses deux frères et de ses deux jeunes neveux, le président, en fauteuil roulant, a placé lui-même ses bulletins dans l'urne et apposé son empreinte digitale sur la liste d'émargement, avant de repartir sans faire de déclaration.

La veille, dans un message diffusé par les médias publics, il avait exhorté les Algériens à "participer massivement".

Les différents partis avaient, semble-t-il, pris conscience du peu d'intérêt suscité par la campagne, multipliant ces derniers jours les appels aux urnes.

Les législatives de mai avaient été marquées par une très forte abstention: seuls 35,37% des électeurs s'étaient déplacés, contre 42,9% cinq ans auparavant.

- 'Les jeux sont faits' -

La campagne a suscité peu d'enthousiasme dans un pays jeune -près de 45% de la population a moins de 25 ans et 30% de ces jeunes sont au chômage-, où le système politique apparaît figé, impliquant les mêmes acteurs depuis des décennies.

L'Algérie souffre en outre économiquement de la chute, depuis 2014, des prix du pétrole, source de 95% de ses devises, qui a notamment entraîné un ralentissement de la croissance, une hausse de l'inflation et du chômage (12% de la population active).

"Voter? Pourquoi faire?", s'est interrogé Saïd, infographiste au chômage de 25 ans dans le quartier populaire d'El Madania à Alger. "J'ai eu mon diplôme il y a quatre ans et je vis toujours aux crochets de ma mère femme de ménage".

Pour Mohamed, chômeur de 30 ans, voter "ne sert strictement à rien. Les choses ne changeront pas". Kamel, le même âge, refuse de voter "dans un pays (...) où les vieux ne lâchent rien et s'accrochent au pouvoir".

Mohamed Lamari, 77 ans, est, lui venu voter à Alger. "C'est important. J'ai toujours voté", a-t-il dit à l'AFP.

Fatma Zohra, 40 ans, a également voté, accompagnée de son fils de 12 ans: "Je veux lui inculquer que le vote est un devoir. Les choses ne peuvent changer que par le vote, le reste on a déjà donné", a-t-elle fait valoir, en référence à la décennie de guerre civile (1992-2002).

Pour le sociologue Nacer Djabi, "ce n'est pas à travers ce type d'élections (locales) qu'il y a un changement" politique à attendre.

La campagne s'est surtout concentrée autour de considérations comme "la situation économique difficile" ou encore la présidentielle" de 2019, avec la candidature attendue d'Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat, a affirmé à l'AFP Belkacem Benzenine, chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d'Oran.

"Les questions relatives au développement local, au rôle des collectivités locales, n'ont été abordées que superficiellement".

Aucun des principaux partis d'opposition n'a réussi à présenter des listes dans plus de la moitié des communes du pays, faute d'un maillage national, mais aussi, ont dénoncé ces partis, à cause d'obstacles bureaucratiques à la constitution et à l'enregistrement de leurs listes.
 
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