Lenin Moreno, le président équatorien qui a rompu avec son mentor Correa

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Le président équatorien Lenin Moreno à Guayaquil le 8 octobre 2019
Le président équatorien Lenin Moreno à Guayaquil le 8 octobre 2019
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© AFP, Marcos PIN

AFP, publié le mercredi 09 octobre 2019 à 22h06

Le président équatorien Lenin Moreno, qui affronte la première crise majeure de son mandat, alimentée par un accord contesté avec le FMI, est un ancien chantre du "socialisme du XXIe siècle" qui a rompu avec son mentor, l'ex-président Rafael Correa (2007-2017). 

Mis sous pression depuis près d'une semaine par des milliers de manifestants qui dénoncent une hausse massive des prix du carburant, Lenin Moreno, 66 ans, qui aime à se présenter comme un homme de dialogue, a immédiatement donné le ton en déclarant l'état d'urgence sur tout le territoire. 

"Cette époque est révolue", a lancé le chef de l'Etat aux manifestants, en référence au déclenchement de grèves qui ont entraîné le renversement de trois présidents entre 1996 et 2007. Il a toutefois ouvert la porte à une médiation des Nations unies et de l'Eglise catholique. 

Elu en mai 2017 avec la promesse de poursuivre la "Révolution citoyenne" lancée dans ce petit pays andin par son prédécesseur et ancien allié Rafael Correa , Lenin Moreno a toutefois rapidement pris ses distances en adoptant des mesures jugées libérales.

Il a d'abord renoué avec les milieux d'affaires, les multinationales et les médias, secteurs les plus remontés contre l'ancien président, dont il fut le vice-président de 2007 à 2013.

M. Moreno s'est aussi éloigné du chavisme et a rétabli des relations avec les Etats-Unis et le Fonds monétaire international (FMI). C'est un accord conclu en mars avec ce dernier, pour l'accès à des crédits d'un montant de 4,2 milliards de dollars pour faire face à l'endettement de ce pays producteur de pétrole, qui a déclenché la contestation sociale. 

L'accord prévoit en échange la suppression des subventions sur les carburants, qui a entraîné une hausse des prix de plus de 100%. Il est le premier chef de l'Etat à oser mettre en oeuvre une telle mesure, largement impopulaire.

- "Boltaire" -

Autre revirement, le sort réservé au fondateur de Wikileaks Julian Assange, qui avait échappé pendant sept ans à la fureur des Etats-Unis en trouvant refuge à l'ambassade d'Equateur à Londres. 

Le 11 avril, Assange, qualifié de "hacker misérable" par Lenin Moreno, a été arrêté par la police britannique dans les locaux de l'ambassade. Quito annonçait avoir mis fin à son asile diplomatique et lui avoir retiré la nationalité équatorienne accordée en 2017.

En moins de deux ans, une lutte de pouvoir s'est ainsi engagée à distance entre le chef de l'Etat et Rafael Correa, domicilié en Belgique depuis qu'il a quitté le pouvoir, entraînant une fracture de la gauche, au pouvoir dans le pays depuis 2007.

Connu pour son tempérament affable, M. Moreno promettait après sa victoire en 2017 face à l'ex-banquier de droite Guillermo Lasso, d'appliquer une politique "de la main tendue" avec l'opposition. 

"Le pouvoir est un exercice d'humilité, de service et non de vanité", déclarait ce diplômé en administration publique, qui a aussi étudié pendant quelques années la médecine et la psychologie. 

Paraplégique depuis une blessure par balle lors d'un vol à main armée en 1998, Lenin Moreno, est le premier président équatorien à se déplacer en fauteuil roulant. Défenseur du droit à la dignité des handicapés, il a dirigé la première étude publique sur leur situation en Equateur.

Son engagement en faveur des invalides a valu à ce franc-maçon d'être nommé pour le prix Nobel de la Paix en 2012. L'année suivante, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, l'a désigné envoyé spécial de l'ONU pour le handicap et l'accessibilité. 

Le président équatorien, qui explique avoir surmonté sa paralysie par l'humour, aime faire rire et truffe habituellement ses discours de plaisanteries. Il est par ailleurs l'auteur d'une dizaine de livres, notamment de développement personnel. 

Il est né le 19 mars 1953 à Nuevo Rocafuerte, dans la province amazonienne d'Orellana (est) à la frontière avec le Pérou, dans une famille de la classe moyenne, installée à Quito quelques années après sa naissance.

Il est marié depuis 40 ans à Rocio Gonzalez, dont il a eu trois filles, et ses proches l'appellent volontiers par son second prénom "Boltaire", hommage au philosophe français Voltaire, mais avec un "B" dû à une erreur de l'état-civil.

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