Législatives sous tension en Arménie après la guerre perdue du Karabakh

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Meeting électoral du parti du Premier ministre Nikol Pachinian le 17 juin 2021 à Erevan
Meeting électoral du parti du Premier ministre Nikol Pachinian le 17 juin 2021 à Erevan
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© AFP, Karen MINASYAN

publié le jeudi 17 juin 2021 à 21h32

L'Arménie élit dimanche son Parlement lors de législatives anticipées convoquées par le Premier ministre Nikol Pachinian, affaibli par sa défaite militaire face à Bakou et qui a tenu jeudi son dernier rassemblement électoral avant le vote. 

Porté au pouvoir par une révolution pacifique en 2018 grâce à sa promesse de chasser les élites corrompues du gouvernement de cette ex-république soviétique du Caucase, sa popularité a été mise à mal par le conflit perdu au Nagorny Karabakh à l'automne 2020. 

Un cessez-le-feu a mis fin a six semaines de combats, qui ont fait près de 6.000 morts, mais Erevan a dû céder des territoires sous son contrôle depuis une trentaine d'années, décision qui a suscité d'importantes manifestations et des appels à la démission de M. Pachinian. 

Face à cette mobilisation, mais aussi en raison d'un conflit avec l'état-major militaire, le Premier ministre, qualifié de "traître" par l'opposition, a fini par convoquer des législatives anticipées. 

Jeudi soir, M. Pachinian a tenu son dernier rassemblement électoral sur la place centrale d'Erevan, mobilisant une vingtaine de milliers de ses supporters, une démonstration de force alors que sa victoire n'est guère acquise.

"Nous irons voter à 8 heures le 20 juin pour réaliser une révolution d'acier", a-t-il exhorté la foule électrisée en promettant "une victoire écrasante du peuple arménien". 

Contrairement à l'habitude, il s'est abstenu jeudi d'attaquer ses adversaires après avoir cette semaine brandi un marteau à leur adresse et exhorté ses supporters à lui donner un "mandat d'acier".

"Je préviens tous ceux qui exercent des pressions sur les gens: après les élections, on viendra vous chercher", avait alors lancé M. Pachinian. En réponse, son adversaire Serge Sarkissian a exhorté ses partisans à lui répondre à coups de "massue".

"On ne veut pas le retour de l'ancien régime", a expliqué à l'AFP un participant, Mikael Kirakossian, un homme d'affaires de 60 ans, pour lequel "l'anarchie et la corruption" régnaient sur l'Arménie jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Nikol Pachinian en 2018.

M. Pachinian conserve une popularité certaine pour avoir réformé le pays et s'en être pris aux richissimes oligarques et aux élites corrompues déchues en 2018. 

Mais l'aura de ses succès économiques a été doublement mise à mal par la guerre avec l'Azerbaïdjan et la crise concomitante déclenchée par la pandémie. 

- Risque d'affrontements -

"Je ne voterai plus pour Pachinian", a dit Elia Martikian, une infirmière de 29 ans. "Il n'est bon qu'à faire des menaces, à brandir un marteau. Tout le monde est coupable sauf lui". 

Loin des plus 70% de suffrages obtenus par son bloc en 2018, son parti "Contrat civil" et la formation rivale de l'ex-président Robert Kotcharian pourraient bien arriver au coude-à-coude dimanche avec quelque 24% des suffrages, selon un récent sondage. 

Suit le bloc de l'ex-Premier ministre Sarkissian, avec 7%. 

Alors que M. Pachinian a d'ores et déjà appelé ses supporters à se réunir lundi sur la place centrale pour fêter sa victoire, beaucoup craignent des affrontements entre les deux partis les plus puissants.

D'autant que l'Arménie est habituée aux soulèvements post-électoraux. Avant la révolution de 2018, M. Pachinian, un ancien journaliste, avait été incarcéré pendant près de deux ans pour son rôle dans des manifestations réprimées dans le sang en 2008.

L'accord de cessez-le-feu négocié par Vladimir Poutine et le déploiement de soldats de la paix russes ont permis à Erevan de garder l'essentiel du Nagorny Karabakh, région azerbaïdjanaise peuplée en majorité par des Arméniens. 

Mais l'Arménie a perdu de larges territoires tout autour de la région et vu l'Azerbaïdjan revenir à sa frontière, ce qui a entraîné des accrochages militaires ces dernières semaines. 

Environ 2,6 millions d'électeurs arméniens sont appelés aux urnes pour élire au moins 101 députés pour cinq ans. Quatre blocs électoraux et 22 partis - un record - sont en lice. 

Si aucune majorité ou coalition majoritaire n'émerge dimanche, un second tour devra être organisé le 18 juillet entre les deux partis ayant obtenu le meilleur score.

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