Législatives en Hongrie : Viktor Orban compte bien garder le pouvoir

Législatives en Hongrie : Viktor Orban compte bien garder le pouvoir

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a voté en compagnie de sa femme à Budapest, la capitale du pays.

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leparisien.fr, publié le dimanche 08 avril 2018 à 23h26

Les électeurs magyar se sont rendus massivement aux urnes ce dimanche. De quoi inquiéter Viktor Orban, l'actuel Premier ministre ?

Le scrutin est théoriquement clos en Hongrie depuis 19 heures. Mais l'afflux d'électeurs a été tel que les opérations de vote se poursuivaient dans plusieurs bureaux, vers 22 heures près de trois heures après la clôture officielle. Selon de premiers résultats officiels partiels publiés par le Bureau national électoral (NVI), le Fidesz de l'actuel Premier ministre Viktor Orban arriverait en tête et recueillerait 49,15% des voix après le dépouillement de 64% des bulletins. Le parti d'extrême droite Jobbik recueillait 20,14% des suffrages, devant la liste de gauche MSZP-P (11,85%) et la formation écologiste LMP (6,51%), selon ces premiers résultats partiels.

Ce résultat, s'il devait se confirmer, marquerait une progression du Fidesz et de ses alliés chrétiens-démocrates, qui avaient recueilli au total 45% des voix lors des précédentes législatives en 2014. Ce score permettrait à Viktor Orban de décrocher une nouvelle fois une majorité des deux-tiers au Parlement, comme en 2010 et en 2014.

Le mode de scrutin législatif hongrois combine majorité simple par circonscription et proportionnelle, un dispositif mis en oeuvre pour la première fois en 2014 et avantageant, selon les analystes, le Fidesz au pouvoir.

Le résultat officiel complet ne sera connu qu'en cours de semaine, après le décompte de centaines de milliers de suffrages d'électeurs issus de la diaspora ainsi que des expatriés.

Les valeurs chrétiennes contre l'afflux des migrantsPendant sa campagne, Viktor Orban s'est plus que jamais posé en garant des valeurs chrétiennes de son pays face à l'afflux de migrants. Admirateur revendiqué du président russe Vladimir Poutine et chantre d'une démocratie « illibérale », il a assumé un style de gouvernement limitant certaines libertés au nom de l' «intérêt national», reprise en main de l'économie, des médias et de la justice à la clé.

L'opposition et de nombreux observatoires internationaux accusent ces réformes d'avoir porté atteinte à l'Etat de droit et entraîné un recul des valeurs démocratiques. Le dirigeant a aussi multiplié les bras de fer avec l'Union européenne, notamment sur la question migratoire et pour sa loi controversée sur les universités, qui visait plus particulièrement un établissement privé fondé par le milliardaire américain d'origine hongroise George Soros.

Le taux de participation. La participation s'est élevée à 68,80% contre 61,24% il y a quatre ans. Un taux historiquement élevé. Viktor Orban avait remporté en 2010 et 2014 une « super-majorité » au Parlement.

Près de 8 millions d'inscrits. Quelque 7,9 millions de Hongrois étaient appelé aux urnes ce dimanche 8 avril pour des élections législatives afin de renouveller pour quatre ans les 199 membres de l'Assemblée nationale de la Hongrie. Le scrutin à un tour, qui devrait favoriser Viktor Orban, combine majorité simple par circonscription et proportionnelle. Les explications du Courrier d'Europe centrale :

Des électeurs en Roumanie et en Serbie. Les membres de la diaspora hongroise vivant dans certains pays voisins -conséquence du traité de Trianon de 1920 qui a réduit la superficie du pays des deux tiers- peuvent voter par correspondance aux élections après la décision de Viktor Orban de leur accorder la nationalité et le droit de vote, une décision critiquée par l'opposition de gauche. Ainsi en 2014, quelque 130 000 «nouveaux» citoyens à double nationalité, principalement en Roumanie et en Serbie, avaient voté massivement pour le Fidesz, le parti au pouvoir, l'aidant à remporter une majorité des deux tiers. Ils devraient être dimanche deux fois plus nombreux à voter, espère le Fidesz. En revanche, quelque 50 000 Hongrois ayant émigré ces dernières années et a priori moins favorables à Orban, doivent se rendre dans une ambassade ou un consulat pour voter.

Peu de chômeurs mais un pouvoir d'achat insuffisant. Cet ancien pays communiste de 9,8 millions d'habitants, entré dans l'UE en 2004 a un taux de chômage très bas passé sous la barre à 3,8 % en 2017 avec un taux de croissance économique de 4 %. La Hongrie est l'un des principaux bénéficiaires des fonds européens qui ont contribué à son dynamisme économique retrouvé, après la crise de la fin des années 2000. Mais l'opposition dénonce le clientélisme, la déliquescence des services publics et un pouvoir d'achat insuffisant qui conduit de nombreux Hongrois à s'expatrier.

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Les autres candidats

Gabor Vona et le Jobbik. Il y a encore six ans, ses partisans brûlaient des drapeaux européens, stigmatisaient les juifs et se livraient à des défilés d'intimidation dans les quartiers roms. Mais à 39 ans, Gabor Vona, qui a créé en 2003 le parti ultranationaliste Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie), assure qu'il a changé et a présenté ses excuses pour ses excès passés. Il a fait campagne contre la corruption et milite pour l'amélioration des services publics. Au point d'apparaître en mesure de bénéficier du vote tactique de certains électeurs de gauche. Dans une vidéo postée dimanche sur Facebook, le leader du Jobbik, Gabor Vona, et la candidate écologiste Bernadett Szél se sont serré la main dimanche devant le Parlement, se souhaitant cordialement «bonne chance ».

Karacsony, le chef de file de la gauche. Nouveau venu sur le devant de la scène politique, Gergely Karacsony se présente comme le chef de file de la gauche hongroise, à la tête d'une liste formée par le Parti socialiste (MSZP) et le parti écologiste de centre-gauche Parbeszed (Dialogue), qu'il a créé en 2013. S'il est très populaire, sa liste n'est pas assurée de recueillir plus de 15% des suffrages.

Bernadett Szel du parti La politique peut être différente. Ce parti se définit comme un mouvement écologiste de centre gauche. Fondé en 2009, il entent lutter contre la corruption.

Le « parti du chien à deux queues ». Enregistré officiellement depuis 2014, ce parti dénonce par la satire la mainmise de Viktor Orban sur la Hongrie. Il est particulièrement grinçant sur les thèmes nationalistes et patriotiques en mélangeant l'art à la politique.

Une multitude de petites listes. Treize petits partis «venus de nulle part» se présentent aux élections, « comme le Parti pour une Hongrie sportive et saine (SEM), celui des gens pauvres (SZEM, qui signifie «œil»), du dénominateur commun (Közös nevező), des Roms catholiques européens, de l'unité (Összefogás)... », explique Slate. Autant de partis qui bénéficient de subsides de l'Etat et peuvent «siphonner» des voix qui iraient à des partis d'opposition. «Outre l'argent en jeu, cette profusion de forces étranges embrouille les citoyens et favorise le pouvoir actuel. L'ampleur des sommes engagées sur le dos du contribuable serait beaucoup moins dérangeante si elle finançait véritablement la démocratie. Or ce n'est pas le cas», relève le site Átlátszó, cité par Slate.

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