Le ski d'automne contre le climat ? Vif débat en Autriche

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Des skieurs descendent une piste de ski, un ruban de neige recyclée de 700 mètre de long et 60 mètres de large déposée sur l'herbe, le 20 octobre 2019 à Kitzbühel, en Autriche
Des skieurs descendent une piste de ski, un ruban de neige recyclée de 700 mètre de long et 60 mètres de large déposée sur l'herbe, le 20 octobre 2019 à Kitzbühel, en Autriche
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© AFP, JOE KLAMAR

, publié le lundi 21 octobre 2019 à 13h46

Un ruban de neige blanche dans un paysage d'automne vert et brun: le lancement précoce de la saison de ski sur une piste de Kitzbühel, ce week-end, a fait naître un vif débat entre militants pour le climat et responsables de la célèbre station autrichienne.

Pour les passionnés de ski, et notamment les jeunes compétiteurs de la région, pouvoir skier dès le mois d'octobre est "une chance à ne pas manquer". Pour les défenseurs de l'environnement, c'est "juste grotesque à l'ère de l'urgence climatique".

La controverse a enflé jusqu'à l'ouverture: alors que les températures en montagne flirtaient avec les 15 degrés sous un soleil éclatant, les efforts allaient bon train, sur les pentes du Resterkogel, pour préparer la piste de 700 mètres de long et 60 mètres de large composée de neige recyclée et déposée sur l'herbe, à 1.800 mètres d'altitude.

Pas question d'utiliser les canons à neige, le temps n'étant pas suffisamment froid: la station a recours à la technique du "snowfarming" qui consiste à stocker l'or blanc d'une saison sur l'autre. 

La neige est amassée durant l'hiver à proximité des pistes puis protégée par une bâche isolante jusqu'à l'année suivante où elle peut être réutilisée. De nombreuses stations des Alpes autrichiennes, suisses et françaises, ont recours à cette alternative pour assurer des débuts de saison de plus en plus incertains.

- Station culte -

"On économise de l'eau et de l'énergie puisque c'est de la neige que nous n'avons pas à produire. Sur 38.500 m3 stockés l'hiver dernier, nous avons limité la fonte à 13% durant l'été", fait valoir Josef Burger, patron de la société Bergbahn Kitzbühel, gestionnaire de la station.

Pour la cinquième année d'affilée, la piste du Resterkogel est la première de Kitzbühel à ouvrir dès octobre. Hors les glaciers autrichiens, où la saison a déjà commencé, c'est aussi la première du pays. La demande des skieurs est forte, assure la station, théâtre annuel de la plus mythique descente de la Coupe du monde de ski alpin.

La centaine d'autres descentes et liaisons du vaste domaine, à cheval sur les régions du Tyrol et de Salzbourg, ouvriront progressivement jusqu'en décembre.

Dimanche, sous un voile de nuages et une température de 12°C, Ina Postma, une touriste néerlandaise a profité de ce lancement précoce avec son fils "un très bon skieur qui voulait être là dès le premier jour". Ce dernier, interrogé par l'AFP, reconnaît que la neige est "difficile car il fait chaud".

"Ce tourisme de ski au forceps n'est pas celui dont le Tyrol a besoin", se sont irrités à la veille de l'ouverture des représentants locaux du parti des Verts. 

- Ecologie et économie -

"Ce ne sont pas des températures pour skier. C'est dramatique au regard des débats sur le climat de continuer à faire n'importe quoi avec l'énergie fossile", a renchéri auprès de l'AFP Josef Scheinast, un porte-parole des Verts de la région de Salzbourg. Il met notamment en cause le bilan carbone des engins de chantiers intervenus pour préparer la piste.

Josef Burger, le chef de la station, rejette une critique "qui manque d'objectivité": "je peux entendre qu'une piste blanche au milieu de l'herbe ne plaise pas mais ce que nous faisons est pertinent écologiquement et économiquement". L'enneigement du Resterkogel a reçu l'approbation des autorités de protection de la nature, défend-il.

Samedi, quelque 800 visiteurs ont utilisé la remontée mécanique. Dans les semaines à venir, plusieurs équipes nationales participant à la Coupe du monde de ski alpin viendront s'entraîner sur le Resterkogel. 

La première épreuve du circuit mondial aura lieu sur le glacier de Sölden, dans le Tyrol, le week-end du 26 octobre.

Pour la branche autrichienne de l'organisation WWF, c'est "tout le tourisme d'hiver qui est à repenser" dans le pays. 

Il faut "renouer avec les origines des sports d'hiver connectés à la nature et sans mauvaise conscience", avance la WWF dans un communiqué.

La controverse pourrait s'amplifier alors que les Verts d'Autriche ont enregistré une poussée aux législatives du 29 septembre et discutent avec les conservateurs de Sebastian Kurz, vainqueur du scrutin, d'une possible entrée au gouvernement.

Profondément ancré dans la culture autrichienne, le ski est aussi pourvoyeur de 99.000 emplois directs ou indirects dans le pays alpin, destination numéro un des sports d'hiver en Europe au nombre de forfaits vendus.

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