Le président turc Erdogan appelle à son tour au boycott des produits français

Le président turc Erdogan appelle à son tour au boycott des produits français
Le président turc Recep Tayyip Erdogan le 14 octobre 2020 à Ankara.

, publié le lundi 26 octobre 2020 à 13h40

Le président turc a appellé lundi l'UE à stopper "la campagne de haine de Macron" contre les musulmans, allant jusqu'à comparer le sort de ces derniers en Europe à celui des juifs avant la Deuxième guerre mondiale.

Depuis samedi, les appels au boycott de produits français se sont multipliés dans plusieurs pays du Moyen-Orient, après l'émoi suscité par les propos du président Emmanuel Macron, qui a promis de ne pas "renoncer aux caricatures" du Prophète Mahomet, interdites dans la religion musulmane, après l'assassinat du professeur Samuel Paty. Lundi 26 octobre, le président turc Recep Tayyip Erdogan en a remis une couche en appelant également ses concitoyens à ne plus acheter de produits français. "Tout comme en France certains disent 'n'achetez pas les marques turques', je m'adresse d'ici à ma nation : surtout ne prêtez pas attention aux marques françaises, ne les achetez pas", a déclaré le chef de l'État turc dans un discours à Ankara.




"Les responsables européens doivent dire 'stop' à la campagne de haine qui est dirigée par Macron" contre les musulmans, a-t-il insisté, allant jusqu'à comparer le sort de ces derniers en Europe à celui des juifs avant la Deuxième guerre mondiale. "Une campagne de lynchage semblable à celle contre les Juifs d'Europe avant la Deuxième Guerre mondiale est en train d'être menée contre les musulmans", a-t-il déploré,  accusant certains dirigeants européens de "fascisme" et de "nazisme"

Ce discours virulent risque d'attiser un peu plus les tensions entre la Turquie et la France. Le soutien de Recep Tayyip Erdogan à cette campagne intervient en effet après que le président turc a mis en cause ce week-end à deux reprises "la santé mentale" d'Emmanuel Macron.

Il y a deux semaines, il avait déjà dénoncé comme une provocation les déclarations de son homologue français sur le "séparatisme islamiste" et la nécessité de "structurer l'islam" en France, alors que l'exécutif présentait son futur projet de loi sur ce thème.

Le président français avait tweeté peu après : "La liberté, nous la chérissons; l'égalité, nous la garantissons; la fraternité, nous la vivons avec intensité. Rien ne nous fera reculer, jamais".

"Chantage"

Dès samedi soir, des produits français ont été retirés des rayons de supermarchés à Doha, au Qatar. En Jordanie, des vidéos sur les réseaux sociaux montraient des rayons de supermarchés vidés de leurs produits français, ou remplacés par ceux d'autres pays. Les vidéos étaient accompagnées de hashtags #France Boycott ou "#Our Prophet is a red line" (Le prophète est notre ligne rouge).

Le chef de la chambre de commerce d'Amman, Khalil Haj Tawfeeq a écrit à l'ambassadeur de France en Jordanie pour qu'Emmanuel Macron s'excuse immédiatement.Des appels à manifester ont été lancés pour lundi dans la bande de Gaza et mardi à Amman. Ce week-end, plusieurs rassemblements ont eu lieu, en Tunisie ou dans certaines régions de Syrie, même s'ils n'ont réuni que quelques dizaines de personnes.

"Il n'est pas question de céder au chantage", a dénoncé Geoffroy Roux de Bézieux, le chef du Medef, le principal syndicat patronal en France, appelant les entreprises françaises à faire passer leurs "principes" avant les affaires.

Lundi, la ministre française de la Culture Roselyne Bachelot a appelé à "l'apaisement", expliquant que la France ne luttait pas "contre les musulmans français" mais contre "l'islamisme et le terrorisme". La veille, le ministère des Affaires étrangères français a déclaré que "les appels au boycott sont sans aucun objet et doivent cesser immédiatement, de même que toutes les attaques dirigées contre notre pays, instrumentalisées par une minorité radicale".

Les entreprises de l'agroalimentaire, du luxe et des cosmétiques pourraient être particulièrement touchées par ce boycott dans les pays du Maghreb et du Proche et du Moyen-Orient.
 

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