Le président iranien prône un "espace" pour la critique, rejette la violence

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 Photo fournie par le bureau de la présidence iranienne montrant Hassan Rohani en Conseil des ministres, le 31 décembre 2017 à Téhéran

Photo fournie par le bureau de la présidence iranienne montrant Hassan Rohani en Conseil des ministres, le 31 décembre 2017 à Téhéran

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© AFP, HO, IRANIAN PRESIDENCY
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AFP, publié le dimanche 31 décembre 2017 à 21h57

Le président iranien Hassan Rohani a affirmé dimanche que son pays devait fournir "un espace" pour que la population puisse exprimer ses "inquiétudes quotidiennes", après quatre jours de contestation durant lesquels deux personnes ont été tuées et des centaines arrêtées.

Ce religieux modéré a également condamné "la violence et la destruction de biens publics", lors de sa première réaction depuis le début jeudi de manifestations contre le pouvoir et la vie chère dans plusieurs villes iraniennes.

"Critiquer, c'est totalement différent que d'utiliser la violence (...)", a souligné Hassan Rohani en Conseil des ministres selon des propos rapportés par la télévision d'Etat.

"Nous accueillons positivement les critiques", a-t-il dit, ajoutant qu'il fallait "même créer les conditions pour la critique, les protestations légales, y compris des manifestations".

"Mais il faut faire attention à ce que ces critiques (...) permettent d'améliorer la situation du pays et la vie des gens", a-t-il souligné.

Les rassemblements antigouvernementaux sont les plus importants en Iran depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, violemment réprimé.

C'est aussi la première fois depuis 2009 qu'autant de villes sont touchées par un tel mouvement de colère. Des slogans comme "Mort au dictateur" ont été lancés.

- 200 arrestations à Téhéran -

Dans le but d'empêcher que les protestations prennent de l'ampleur, les autorités ont limité l'accès aux réseaux sociaux et averti que les protestataires allaient "payer le prix".

Si la contestation reste dans l'ensemble plutôt faible à Téhéran, une métropole de 8,5 millions d'habitants, quelque 200 personnes s'étaient rassemblées dimanche dans la capitale, selon l'agence Fars, proche des conservateurs.

Le sous-préfet de Téhéran a confirmé des "rassemblements épars" dans le centre, ajoutant que "la police faisait son devoir" pour contrôler la situation, selon l'agence Ilna.

Environ 200 manifestants ont été arrêtés samedi soir à Téhéran et "remis à la justice", a aussi annoncé Ali Asghar Nasserbakht. Les forces de l'ordre avaient dispersé au gaz lacrymogène des centaines de personnes rassemblées dans le quartier de l'université.

Un site internet des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite de la République islamique, a publié dimanche des images montrant plusieurs centaines de manifestants à Kermanshah (ouest).

- 'Contre-révolutionnaires' -

Depuis quelques jours, des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des milliers de personnes défilant dans plusieurs villes contre les difficultés économiques et le pouvoir.

Les médias officiels ont aussi diffusé des vidéos de manifestations en présentant comme des "contre-révolutionnaires" ceux qui brûlent des drapeaux iraniens ou attaquent des biens publics.

Le ministre de l'Intérieur Abdolreza Rahmani Fazli a averti dimanche que "ceux qui (...) créaient du désordre et agissaient dans l'illégalité devaient répondre de leurs actes et payer le prix", faisant la distinction entre "ceux qui ont des revendications légitimes" et "les contre-révolutionnaires".

Les manifestations ont débuté jeudi à Machhad, la deuxième ville du pays, avant de toucher d'autres cités à partir de vendredi.

Pour tenter de les circonscrire, "les responsables chargés de la sécurité ont décidé de bloquer provisoirement Telegram et Instagram", a indiqué le site de la télévision d'Etat.

Les autorités accusent des groupes "contre-révolutionnaires" basés à l'étranger d'utiliser ces réseaux sociaux, en particulier Telegram, pour appeler les gens à manifester et faire usage de cocktails Molotov et d'armes à feu.

Samedi, deux manifestants ont été tués à Doroud (ouest), selon un responsable local, qui a assuré que les policiers n'avaient pas tiré sur les protestataires.

- Silence de Khamenei -

Le numéro un de la République islamique, le guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei, n'a pas encore réagi publiquement depuis le début des troubles.

Le régime jouit toujours d'un large soutien parmi la population, avec la mobilisation de dizaines de milliers de personnes samedi pour marquer l'anniversaire du rassemblement qui a mis fin à la contestation de 2009.

Et dimanche, des centaines d'étudiants ont manifesté à l'université de Téhéran pour soutenir le gouvernement tout en dénonçant "la corruption et la vie chère".

Des médias conservateurs iraniens soutiennent que la majorité des appels à manifester contre le pouvoir viennent de l'étranger, d'Arabie saoudite, rivale régionale de l'Iran, ou de groupes d'opposition en exil.

Fustigeant à nouveau le régime iranien, bête noire des Etats-Unis, le président Donald Trump a tweeté dimanche: "Grosses manifestations en Iran. Le peuple a finalement compris comment son argent et ses richesses sont volés et gaspillés pour (financer) le terrorisme. On dirait qu'il ne supporte plus. Les Etats-Unis surveillent de près en cas de violation des droits de l'Homme".

"Ce monsieur aux Etats-Unis, qui veut monter de la sympathie à l'égard du peuple iranien, oublie qu'il l'a traité de terroriste (...)", a jugé Hassan Rohani en référence à Donald Trump, dont il a estimé qu'il "n'avait pas le droit de compatir avec le peuple iranien".

 
51 commentaires - Le président iranien prône un "espace" pour la critique, rejette la violence
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    Steppenwolf  (privé) -

    si on juge un peuple à l'aune de celui qu'il a élu comme président. alors il suffit de comparer la dignité du président Rohani et la dignité de trump et on est fixé à la fois sur les deux présidents et les deux peuples ainsi que la différence qui existe dont les américains ne sortent certainement pas gagnants avec leur président accusé d'avoir fait des orgies avec "douches dorées et prostituées dans des palaces" avant d'être élu.

    En matière d'orgie cette théocratie est passée maître de l'univers. En témoignent les mariages provisoires et autres raffinements "autorisées" aux initiés!

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    Steppenwolf  (privé) -

    paradox
    ce qui caractérise la méchanceté c'est qu'elle est souvent la soeur de l'ignorance, la pseudo science des imbéciles :
    les mariages "provisoires" sont la marque exclusive de certains groupes terroristes ...... "sunnites". les iraniens ne sont ni un groupe et encore moins des terroristes et ils sont .......... "chiites".
    conseil : toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de dire une bêtise ou une méchanceté.

  • République islamique: une des dictatures les plus dures du monde. Du même acabit que la Corée du Nord. A la sauce totalitaire islamique.
    Il était temps que le peuple se réveille et réagisse fortement contre l'oppression religieuse qui le tient au point de suffoquer. Son argent est dépensé pour financer le terrorisme international et pour nourrir le hezbollah du Liban et la Palestine alors que l'iranien de la rue n'arrive pas à subsister pour sa vie quotidienne.
    Les urnes et les élections ne sont que mise en scène. A ne surtout pas confondre avec le suffrage des pays démocratiques.
    Un si grand peuple au passé glorieux mérite de regagner sa liberté et exister à nouveau en tant qu'identité nationale et pas une vitrine religieuse à laquelle la majorité des iraniens n'adhèrent pas. Ils ont d'ailleurs scandé des slogans contre la religion, contre la république islamique et la dictature religieuse.

    Paradoxe , je trouve votre intervention excellente .Merci.

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    Steppenwolf  (privé) -

    tu devrais écrire des film de fiction politique pour hollywood. t'as un talent certains pour ça. tu vois le genre de film comme "Les hommes du président" : le pitch : le président des états unis décide de déclarer une guerre pour de basse raison de politiques intérieures et économique et il engage des scénaristes pour inventer "un grand méchant étranger présenté comme un dictateur sanguinaire".

    . Plutôt que de s'occuper des « dictatures »au Levant , les décideurs des pays « occidentaux » feraient mieux de s'occuper du bien-être de leur propre peuple. Il y a du boulot , les étasuniens sont complètement démunis, faute de moyens appropriés, faces aux catastrophes naturelles : cyclone en Louisiane, incendie de forêt en Californie, chutes de neige à New York ou dans le Massachusetts. En revanche avec le premier budget militaire du monde, ils ont de l'argent pour causer partout sur la planète la ruine la misère et la mort.Exemple : sous prétexte de détruire un régime « communiste » en Afghanistan, ils ont financé le mollah Omar et Bin Laden. Mais comme les monstres avaient échappé à leur créateur en frappant le World Center, ils sont venus apporter dans ce pays la démocratie (qui se limite à des élections ) d'où bientôt 30 ans de guerre . Est-il surprenant dans ces conditions de retrouver les Afghans dans les bidonvilles riverains de la Manche?. Et certains intervenants voudraient que « la communauté internationale » intervienne en Iran ?. Est-ce bien raisonnable ?

  • Cette espace est celui d'un piege. La chevre qui sert d'appat a pour nom ici : liberte d'expression

  • Tant que l'Iran restera...
    Une "république islamiste", c'est-à-dire théocratique, il y aura toujours de justes revendications, voire des révoltes contre les piétinements continus des Droits de l'Homme et surtout de la Femme. Bien, sûr, c'est le cas aussi dans d'autres pays du Golfe qui ont "pignon sur rue" pour cause de pognon, mais il n'empêche. A se demander si l'Iran du Chah ne valait pas mieux que celui initié par Khomeiny. Vive la laïcité et la liberté d'opinion et d'expression!

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    Steppenwolf  (privé) -

    Ca rappelle l’opération AJAX de 1953. Une opération secrète menée par le Royaume-Uni et les États-Unis, exécutée par la CIA. Le but de cette opération est de replacer le Chah sur le trône par un coup d'État, ceci afin de préserver les intérêts occidentaux dans l'exploitation des gisements pétrolifères iraniens. Dans le cadre de cette opération, la publication par la presse d’articles qui déstabilisent le régime de Mossadegh (le premier ministre iranien). Des émeutes sont provoquées et renforcées par la participation d'agents provocateurs financés par la CIA et ayant infiltré les rangs du parti Tudeh. Durant l’administration du président Bill Clinton en 2000, à la suite d'un rapport publié, la secrétaire d’État Madeleine Albright a reconnu officiellement le rôle des États-Unis dans l'organisation et le soutien financier du coup d’État de 1953. En 2013, la CIA rend publics des documents classifiés attestant à son tour de l'implication des Américains dans ce coup d'État.

    Quel rapport ? L’imperialisme Britannique n’existe plus , et les USA ont été chassés d’Iran par Khomeini .
    Rejeter la faute sur les autres est toujours un principe utilisé par les tyrans de tous poils .
    Là il s’agit des gens qui en ont marre de la dictature religieuse imposée par les mollah ; marre des interdits de toutes sortes et de la privation de liberté , marre de la corruption mise en place par les mollah ; marre de financer le terrorisme alors que le niveau de vie végète .

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    Steppenwolf  (privé) -

    todlav
    si "des gens en ont marre" en Iran. Il y a les élections pour changer ça. parce que l'Iran n'est pas une dictature. là bas le peuple vote - y compris les femmes - et le peuple a élu le président Rohani. et l'on sait que des appels à manifester viennent de réseau sociaux depuis l'étranger. maintenant que vous soyez aussi naïf à propos de l'angleterre et des us ça me laisse dubitatif.

    L’Iran n’est pas une dictature ? C’est une Plaisanterie !!
    Vous avez vu un multipartisme quelque part ? La moindre tolérance politique , religieuse ?
    La moindre liberté de pensée ? Savez vous ce qui arrive aux opposants ? A ceux qui se détournent de l’islam pour devenir athées ou pour se convertir au Christianisme ? Il y en a des centaines de milliers , obligés de se cacher , de se taire …
    Qu’il y ait des élections n’est pas un gage de démocratie : il y a democratie quand il y a alternance au pouvoir par des élections libres

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