Le Premier ministre arménien, un héros populaire malgré la guerre perdue

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Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian justa avant de voter à Erevan  le 20 juin 2021
Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian justa avant de voter à Erevan le 20 juin 2021
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© AFP, Karen MINASYAN

publié le lundi 21 juin 2021 à 11h13

Prisonnier politique, héros révolutionnaire, chef de guerre vaincu et conspué, pour finalement triompher lors d'élections: le destin politique du Premier ministre arménien Nikol Pachinian est pour le moins singulier.

Cet ancien journaliste de 46 ans dirige depuis trois ans ce petit pays du Caucase et jouait sa survie politique lors de législatives dimanche, convoquées sous la pression de l'opposition qui réclamait un jugement par les urnes de celui qui était aux commandes lors de la guerre perdue à l'automne 2020 contre l'Azerbaïdjan pour le contrôle du Nagorny Karabakh.

Il a finalement remporté une victoire électorale écrasante, surmontant l'amertume provoquée par l'humiliation militaire historique de son pays en novembre, lorsqu'il a dû céder d'importants territoires à l'ennemi héréditaire azerbaïdjanais.

En février, M. Pachinian s'est retrouvé confronté à une large frange de l'élite politique mais aussi à l'état-major de son armée. 

Fidèle à son image de tribun populaire, il prend alors la tête de manifestations pour dénoncer une "tentative de coup d'Etat".

Peu après, il se résout à des législatives anticipées. 

Pour cet homme à la barbe poivre et sel, ce scrutin doit faire survivre sa révolution pacifique de 2018 et empêcher le retour des ses pires ennemis aux commandes, comme l'ancien président Robert Kotcharian ou l'ex-Premier ministre Serge Sarkissian.

N'hésitant pas à brandir en campagne un marteau à l'attention de ses adversaires, M. Pachinian ne craint pas de polariser malgré les tensions pour convaincre les électeurs de le soutenir une fois encore.

Sans cesse, il appelle à déraciner l'ancienne élite et les oligarques véreux qui, selon lui, la soutiennent.

 - Croisade anticorruption -

Ses réformes économiques, avant la crise du Covid-19, avaient en outre conduit à une réduction de la pauvreté et une croissance solide. 

"Ils ne peuvent pas nous faire peur, nous détruirons ce gang lors des élections", disait-il lors de la campagne, à l'adresse des dirigeants de l'opposition.

Car les détracteurs de Nikol Pachinian sont aux yeux de nombreux Arméniens une classe déchue corrompue qui s'est enrichie sur le dos du peuple des décennies durant.

Pour se démarquer d'eux, le Premier ministre cultive toujours un contact direct avec ses administrés, dans la rue comme sur les réseaux sociaux.  

En 2018, M. Pachinian avait déjà rallié ses compatriotes avec des discours révolutionnaires, dénonçant la corruption et l'autoritarisme croissant du pouvoir en place. 

Pour cela, il a parcouru à pied des centaines de kilomètres à travers le pays, dormant à la belle étoile, grimpant sur les toits des garages et des bancs pour mobiliser.

Son aura était d'autant plus forte, que son rôle dans de précédentes manifestations anti-gouvernementales, violemment réprimés en 2008, l'avait conduit en prison pendant près de deux ans (2009-2011).

Quand à ceux qui lui reprochent d'avoir perdu la guerre du Nagorny Karabakh, il répond que l'armée arménienne était affaiblie par des décennies de corruption qui l'ont précédé.

Et il fait valoir que son épouse et son fils ont tous deux servis au front, admettant aussi que la défaite comme "une douleur indicible pour moi personnellement et pour notre peuple". 

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