Le policier accusé du meurtre de George Floyd contredit "avec véhémence" par ses supérieurs

Chargement en cours
Le chef de la police de Minneapolis Medaria Arradondo sur une capture d'écran du procès de Derek Chauvin, le 5 avril à Minneapolis
Le chef de la police de Minneapolis Medaria Arradondo sur une capture d'écran du procès de Derek Chauvin, le 5 avril à Minneapolis
1/3
© AFP, STRINGER, POOL VIA COURT TV

publié le mardi 06 avril 2021 à 00h30

Le chef des forces de l'ordre de Minneapolis a accablé lundi son ancien agent Derek Chauvin, en déclarant devant les jurés qu'il avait "violé les règles" et "les valeurs" de la police lors de l'interpellation de George Floyd.

S'agenouiller sur le cou du quadragénaire noir "pouvait être raisonnable dans les premières secondes pour le contrôler, mais pas après qu'il eut cessé d'exercer une résistance, et surtout pas après qu'il se fut évanoui", a déclaré Medaria Arradondo venu témoigner en uniforme au sixième jour de ce procès hors-norme. 

"Cela ne fait pas partie de notre politique, de notre formation et n'est certainement pas conforme à notre éthique, à nos valeurs", a asséné cet homme noir de 54 ans, qui dirige depuis trois ans la police de la métropole du nord des Etats-Unis.

Le 25 mai, le policier blanc Derek Chauvin et trois de ses collègues avaient voulu arrêter l'Afro-Américain de 46 ans, soupçonné d'avoir écoulé un faux billet de 20 dollars. Pour le maîtriser, ils l'avaient menotté et plaqué au sol. Derek Chauvin s'était ensuite agenouillé sur son cou et avait maintenu sa pression pendant près de dix minutes.

Face au tollé mondial, Medaria Arradondo avait rapidement licencié ces agents, tout en critiquant fermement leur action. "La mort tragique de George Floyd n'était pas due à un problème de formation (...) C'était un meurtre", avait-il écrit dans un communiqué début juin.

Lundi, son attaque fut plus indirecte. Il a d'abord insisté sur l'importance pour les quelque 700 agents en service à Minneapolis de faire preuve de "compassion et dignité".

- "Improvisé" -

Il a ensuite souligné que l'usage de la force devait être réservé aux crimes violents et qu'utiliser un billet contrefait n'entrait pas dans cette catégorie. Il a aussi reproché à Derek Chauvin de ne pas avoir "réévalué" l'état de santé de George Floyd au cours de son intervention.

Pour toutes ces raisons, "je nie avec véhémence qu'il y ait eu un usage approprié de la force dans cette situation", a-t-il affirmé.

Inculpé pour meurtre, Derek Chauvin, 45 ans, plaide non coupable. Il assure notamment avoir suivi une procédure conforme à sa formation pour maîtriser un suspect récalcitrant.

L'ancienne responsable de l'Académie de police de Minneapolis, Katie Blackwell, a elle aussi porté lundi un coup dur à cette ligne de défense. 

Appelée à commenter une photo du drame, où l'on voit Derek Chauvin à genou sur le cou de George Floyd, elle a déclaré, lapidaire: "Je ne sais pas quel genre de position il a improvisé, mais ce n'est pas quelque chose que nous enseignons."

Aux Etats-Unis, les policiers qui font un usage excessif de la force sont rarement lâchés par leur hiérarchie et bénéficient au contraire de contrats collectifs, négociés par leur syndicat, très protecteurs. Ils sont également très rarement poursuivis en justice et encore mois souvent déclarés coupables.

- Asphyxie -

L'avocat de Derek Chauvin, Eric Nelson, a toutefois arraché une concession à Medaria Arrandondo. Sur une image captée à l'arrivée d'une ambulance, il a reconnu que Derek Chauvin n'avait plus son genou sur le cou, mais sur l'épaule de George Floyd.

Me Nelson soutient que son client n'a pas causé la mort du quadragénaire et que celui-ci est mort d'une overdose. Il s'appuie sur la présence de fentanyl, un puissant opiacé, et de méthamphétamine, découverte lors de l'autopsie de George Floyd qui identifie toutefois la "compression du cou" comme cause du décès.

De nombreux experts devraient en débattre ultérieurement. En avant-goût, l'accusation avait appelé lundi matin à la barre le médecin urgentiste qui, après une demi-heure d'efforts infructueux pour ranimer l'Afro-Américain, l'a déclaré mort. 

Bradford Langenfeld a estimé que, sur la base des éléments dont il disposait, il avait pensé que "le manque d'oxygène", soit "une asphyxie", était "la cause la plus probable de la mort" du quadragénaire.

L'audience reprendra mardi et devrait encore durer deux ou trois semaines. Les jurés rendront leur verdict fin avril ou début mai. Les trois anciens collègues de Derek Chauvin seront eux jugés pour complicité de meurtre en août.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.