Le Pérou toujours sans président

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Des fleurs et des bougies à la mémoire de deux jeunes tués lors de heurts avec la police, le 15 novembre 2020 à Lima
Des fleurs et des bougies à la mémoire de deux jeunes tués lors de heurts avec la police, le 15 novembre 2020 à Lima
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© AFP, Luka GONZALES

, publié le lundi 16 novembre 2020 à 13h50

Le Parlement péruvien a échoué à élire, dans la nuit de dimanche à lundi, un successeur au président par intérim Manuel Merino qui, poussé par la rue et la classe politique, a présenté la veille sa démission, cinq jours seulement après son accession au pouvoir.

Le très éphémère chef de l'Etat a annoncé dimanche qu'il quittait ses fonctions, au lendemain d'une  violente répression des manifestants exigeant son départ, qui ont fait deux morts et une centaine de blessés selon un bilan officiel. 

"Je veux faire entendre à tout le pays que je présente ma démission", a déclaré Manuel Merino lors d'une allocution télévisée qui a aussitôt été suivie par des scènes de liesse dans les rues de la capitale.

Le Parlement doit désigner parmi ses membres un successeur, le troisième en moins d'une semaine après la destitution par cette même assemblée de Martin Vizcarra, populaire président mis en défaut par une procédure expéditive qui témoigne de la fragilité des institutions péruviennes.

Les parlementaires ont tenté en vain de nommer une élue de gauche, Rocio Silva Santisteban, une candidate supposée consensuelle. Cette ancienne activiste des droits de l'homme n'a obtenu que 42 votes sur les 60 requis, avec 52 votes contre et 25 abstentions.

"Le Parlement avait dans ces mains une solution à cette crise politique qu'ils ont eux-même provoquée. Cependant, ils ont tourné le dos au pays", a fulminé Mariana Antonieta Alva, l'ex ministre de l'Economie de M. Vizcarra, qualifiant les élus d'"irresponsables" dans un tweet.

Lâché de toute part face aux manifestations dans plusieurs villes du pays, les appels à sa démission s'étaient multipliés contre M. Merino qui avait nommé un conservateur au poste de Premier ministre.


Le maire de Lima, Jorge Muñoz, qui appartient au même parti Action Populaire que M. Merino, a lui aussi exigé sa démission, tout comme le chef du Parlement. Samedi soir, dix des 18 ministres du cabinet qu'il avait constitué avaient eux démissionné.

- "Il brisait notre démocratie" -

Après deux décennies de simple député de la plus petite région du Pérou, limitrophe de l'Equateur, Manuel Merino, ingénieur agronome de centre droit de 59 ans, était sorti de l'anonymat en septembre en initiant un premier processus de destitution qui n'a pas abouti contre Martin Vizcarra, vu par la population comme le héraut de la lutte contre la corruption.

En l'absence de vice-président, dont le poste est vacant, M. Merino, alors président du parlement, avait finalement accédé à la présidence lundi après l'aboutissement d'une seconde procédure de destitution, fondée sur des accusations de corruption que M. Vizcarra a "catégoriquement" niées.

M. Vizcarra a estimé dimanche que la démission de M. Merino était un pas vers le rétablissement des institutions démocratiques. "Une dictature a quitté le palais. Merino s'est écarté, il brisait notre démocratie", a-t-il déclaré à la presse.

Il a demandé à la Cour constitutionnelle de se prononcer le plus rapidement possible sur sa destitution. "Il est fondamental que la Cour constitutionnelle se prononce avec un sentiment d'urgence et dise si ce que les membres du parlement ont fait le 9 novembre est légal", a déclaré M. Vizcarra.

L'ancien président n'a pas formellement exclu de revenir à la présidence du Pérou: "Je suis ici pour collaborer pour le bien de tous les Péruviens, comme je l'ai toujours fait", a-t-il éludé.

- "Imposteur" -

La plus grande marche avait réuni samedi à Lima des milliers de personnes, pour la plupart des jeunes, rejetant ce qu'ils considèraient comme un coup d'Etat parlementaire.

Parmi eux, des pancartes proclamaient: "Merino, tu n'es pas mon président", "Merino imposteur", "Le Pérou s'est réveillé".

La police avait fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui avaient tenté de forcer les barrages en direction du Parlement.

Selon le ministère de la Santé, deux personnes sont décédées et 94 ont été blessées samedi. Un troisième décès, annoncé par l'archevêque de Lima, Carlos Castillo, qui a condamné la répression policière, n'a pas été confirmé.

Selon la Coordination nationale des droits de l'homme le nombre de blessés s'élève à 112 et le Défenseur du peuple a dénoncé un usage indiscriminé de la force par la police.

La Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a exigé une "enquête immédiate" afin d'"établir les reponsabilités".

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