Le pape François repart de Lesbos avec 12 réfugiés syriens

Le pape François repart de Lesbos avec 12 réfugiés syriens
Pape François

, publié le samedi 16 avril 2016 à 17h38

Le pape François était ce samedi matin sur l'île de Lesbos, porte d'entrée des migrants en Europe, visitant notamment le camp de réfugiés de Moria qui accueille quelque 3.000 personnes.

"Vous n'êtes pas seuls (...).

Ne perdez pas espoir" a lancé ce samedi 16 avril le pape François aux migrants de l'île grecque de Lesbos, appelant par la même occasion le monde à répondre de manière "digne" à l'exode migratoire enclenché en 2015. "Nous sommes tous des migrants", a-t-il affirmé dans une prière commune avec le patriarche de Constantinople Bartholomée et Ieronymos, l'archevêque orthodoxe d'Athènes et de toute la Grèce, peu avant de conclure sa visite qualifiée d'"historique" par le gouvernement grec.



Une visite à l'issue de laquelle il est reparti avec 12 réfugiés syriens. Il s'agit de trois familles musulmanes, dont les "maisons ont été bombardées", l'une venant d'une zone occupée par Daech, a précisé le Vatican. Un geste salué par la tweetosphère. "Une lueur dans la nuit d'égoïsmes de peur , et de bureaucratie. Quelle belle leçon d'humanité" a notamment posté sur Twitter la sénatrice UDI Nathalie Goulet, avant de lancer une pique au gouvernement : "Il y a symbole et symbole. D'un côté en France on a la déchéance de nationalité de l'autre le pape qui sort 12 réfugiés de leur enfer".

Dans l'avion qui le ramenait à Rome, le pape a expliqué qu'il s'agissait d'un "geste humanitaire". Ils séjourneront avec les deux familles syriennes qui sont déjà dans les deux paroisses du Vatican, après son appel de l'automne à ce que chaque paroisse accueille une famille de migrants. Il a dit n'avoir "pas fait de choix". "Ces trois familles avaient leurs papiers en règle (...), il y avait deux familles chrétiennes mais leurs papiers n'étaient pas prêts". De toute façon, a-t-il martelé, la religion ne donne pas droit à "une dérogation", "tous les réfugiés sont fils de Dieu".

- Des murs "au nom de l'Europe chrétienne" -

Auparavant, le souverain pontif, accompagné des prélats grecs, s'était immergé pendant quelques dans le camp contesté de Moria, symbole du durcissement européen en cours, dans lequel 3.000 personnes, dont des femmes enceintes, enfants, et autres personnes considérées comme vulnérables, sont enfermées. Il s'agit de réfugiés et migrants arrivés depuis l'entrée en vigueur de l'accord UE-Turquie qui prévoit le renvoi de tous les arrivants irréguliers à partir du 20 mars vers la Turquie, y compris les demandeurs d'asile syriens. Les trois dignitaires ont serré des centaines de mains, béni des enfants, reçu des dessins de leur part. Ils ont aussi partagé un repas frugal avec quelques réfugiés.

À Lesbos, par où ont transité la majorité des plus d'un million de personnes arrivées en seize mois dans l'UE, le pape a critiqué implicitement les dirigeants européens et leur frilosité à accueillir les exilés, malgré leurs engagements. "Puissent tous nos frères et sœurs de ce continent, comme le Bon samaritain, vous venir en aide dans cet esprit de fraternité, de solidarité et de respect pour la dignité humaine qui a marqué sa longue histoire", a-t-il déclaré.

"Freedom" (liberté), a scandé la foule sur leur passage. Alors que les conditions de vie dans le camp surchargé sont dénoncées comme indignes par les ONG, certains portaient une pancarte "help" (à l'aide). Un migrant a même fondu en larme en s'agenouillant devant le pape. "Bénissez moi" a-t-il sangloté. Les dignitaires orthodoxes ont partagé l'appel du pape. "Ceux qui ont peur de vous ne vous ont pas regardés dans les yeux (...) n'ont pas vu vos enfants", a lancé Mgr Bartholomée. "Le monde sera jugé sur la manière dont il vous aura traité", a-t-il ajouté. Les trois prélats ont signé une déclaration commune appelant à le monde à répondre avec "courage" à cette "crise humanitaire colossale", dans une rare manifestation d'unité entre catholiques et orthodoxes. Le Premier ministre de gauche grec, Alexis Tsipras, avait lui dénoncé en accueillant le pape "certains partenaires européens qui au nom de l'Europe chrétienne ont élevé des murs".

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