Le Liban suspendu à la décision de Hariri, de retour au pays

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 Le Premier ministre libanais Saad Hariri lors de son arrivée à l'aéroport de Beyrouth, le 21 novembre 2017

Le Premier ministre libanais Saad Hariri lors de son arrivée à l'aéroport de Beyrouth, le 21 novembre 2017

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© AFP, FADEL ITANI
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AFP, publié le mercredi 22 novembre 2017 à 10h07

Le Premier ministre libanais Saad Hariri, rentré à Beyrouth près de trois semaines après sa démission choc, doit s'expliquer mercredi sur sa décision annoncée de Ryad et répondre aux interrogations suscitées par son séjour énigmatique en Arabie saoudite.

Le visage tantôt grave, tantôt souriant, M. Hariri est apparu mercredi matin aux côtés du président Michel Aoun et du chef du Parlement Nabih Berri sur une tribune au coeur de la capitale libanaise pour assister à la parade militaire de la fête de l'Indépendance, 74 ans après la fin du mandat français au Liban.

Sa démission annoncée le 4 novembre depuis Ryad a provoqué une déferlante de spéculations et des interrogations encore sans réponse. 

Et c'est la France qui a pris l'initiative dans cette affaire aux allures rocambolesques lorsque le président Emmanuel Macron a invité M. Hariri, alors encore à Ryad, à venir à Paris avec sa famille pour une visite. Des analystes n'ont pas hésité à parler d'"exfiltration".

Le président libanais Michel Aoun est allé jusqu'à accuser Ryad de retenir M. Hariri en "otage", ce que l'intéressé et Ryad ont ensuite démenti

M. Hariri avait déclaré qu'il allait clarifier sa position une fois de retour au pays mais il s'est pour le moment contenté de lancer un "merci" à l'adresse des Libanais à son arrivée mardi soir. En annonçant sa démission, il avait dit craindre pour sa vie.

Son parti, le Courant du Futur, a appelé ses partisans à un rassemblement devant la maison de M. Hariri dans le centre-ville à 13H00 locales (11H00 GMT).

- 'L'heure de vérité' -

La démission a été rapidement interprétée comme un nouveau bras de fer entre les parrains régionaux des deux camps rivaux au Liban: l'Arabie saoudite sunnite, qui soutient M. Hariri, et l'Iran chiite, qui appuie le  Hezbollah.

Elle a également donné lieu à d'intenses consultations diplomatiques, impliquant notamment la France qui souhaite s'ériger en puissance médiatrice sur plusieurs dossiers brûlants de la région.

M. Aoun a refusé jusqu'à présent d'accepter la démission de M. Hariri, la tradition voulant que celle-ci soit remise par écrit et sur le sol libanais. La démission d'un Premier ministre à partir d'un sol étranger est sans précédent dans l'histoire du Liban.

Plusieurs scénarios sont envisageables.

"L'heure de vérité sonnera aujourd'hui", titre le quotidien francophone L'Orient- Le Jour, selon lequel M. Hariri va tenir "une réunion de franche explication avec le président (Aoun) au sujet de sa démission qu'il devrait lui remettre officiellement aujourd'hui". Cette réunion n'a pas été confirmée officiellement.

Si M. Hariri maintient sa démission, son gouvernement se chargera des affaires courantes et M. Aoun entamera des consultations parlementaires en vue de nommer un nouveau Premier ministre.

Parmi les possibles candidats, les ex-Premiers ministres Fouad Siniora, un des "faucons" du camp emmené par M. Hariri et hostile au Hezbollah, ou Najib Mikati, une figure sunnite plus acceptée par le parti chiite.

M. Hariri pourrait lui-même faire un "come back", après un compromis avec le Hezbollah, selon des experts.

En démissionnant, le Premier ministre a dénoncé la "mainmise" de l'Iran et du Hezbollah sur les affaires libanaises et leur ingérence dans les conflits de la région, notamment au Yémen et en Syrie.

En voulant composer de nouveau avec le Hezbollah, M. Hariri se heurtera inévitablement à ces pommes de discorde.

Poids lourd de la politique libanaise, le Hezbollah est le seul mouvement à ne pas avoir déposé les armes après la guerre civile (1975-1990) et son arsenal divise les Libanais.

- Appel à l'unité -

M. Hariri avait laissé entendre qu'il pourrait revenir sur sa démission, avec comme condition le respect d'une "politique de distanciation" du Liban vis-à-vis des conflits régionaux, alors que le Hezbollah combat au côté du régime en Syrie voisine.

"Nous sommes ouverts à tout dialogue, toute discussion dans le pays", a répondu le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a semblé adopter un ton conciliant.

Dans son discours traditionnel la veille de la fête de l'Indépendance, M. Aoun a appelé les Libanais à "l'unité" et à s'éloigner des dissensions. Celles-ci "provoqueraient une destruction totale qui n'épargnerait personne", a-t-il prévenu.

M. Aoun s'est également adressé à la Ligue arabe, qui a accusé le Hezbollah "de financer et d'entraîner des groupes terroristes" dans des pays arabes. "Traiter avec le Liban nécessite beaucoup de sagesse, sinon cela le pousserait vers l'embrasement", a-t-il dit.

De nombreux pays s'étaient inquiétés des retombées du bras de fer Ryad-Téhéran sur le Liban, pays aux équilibres fragiles et miné par les crises politiques.

 
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