Le jury quasi constitué au procès du meurtre de George Floyd

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Un mémorial érigé en l'honneur de George Floyd à Minneapolis le 10 mars 2021
Un mémorial érigé en l'honneur de George Floyd à Minneapolis le 10 mars 2021
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© AFP, CHANDAN KHANNA

, publié le lundi 22 mars 2021 à 15h31

La sélection du jury au procès du meurtre de George Floyd touchait à sa fin lundi après dix jours d'interrogatoires intenses, reflet des enjeux hors normes de ce dossier test pour la justice américaine.

Douze titulaires et un suppléant ont déjà été choisis pour rendre le verdict contre le policier blanc Derek Chauvin qui, le 25 mai, est resté agenouillé pendant de longues minutes sur le cou du quadragénaire noir agonisant.

Le juge Peter Cahill souhaite disposer de deux jurés supplémentaires pour être sûr de mener à terme ce procès exceptionnel, même en cas de désistements. 

Les personnes choisies jusqu'ici incarnent la diversité de la population de Minneapolis, une ville du Nord des Etats-Unis très cosmopolite: il compte sept personnes blanches, quatre noires (dont deux immigrés) et deux métisses. Les femmes y sont majoritaires (8 sur 15).

Ces citoyens tirés au sort, dont l'identité ne sera révélée qu'une fois le verdict rendu, exercent des professions variées (chimiste, infirmière, informaticien...), sont jeunes ou sexagénaires, marié, divorcé, veuf ou célibataire.

Leur point commun ? Avoir convaincu l'accusation et la défense qu'ils pourront mettre leurs opinions de côté pour se montrer impartiaux dans ce dossier ultra-médiatisé, qui a déchaîné les passions et suscité des manifestations géantes dans tout le pays, et au-delà.

Une centaine de candidats potentiels ont été écartés au cours des deux dernières semaines, soit sur la base de leurs réponses à un questionnaire -- portant sur leurs impressions de l'accusé, des manifestants antiracistes, ou de la police -- soit lors d'un interrogatoire serré dans la salle d'audience.

- "Estomac noué" -

Certains ont demandé à être excusés, pour des raisons professionnelles, par peur pour leur sécurité ou tout simplement par nervosité. "C'était tellement près de chez nous..."

D'autres n'ont pas dissimulé leur parti-pris. "J'ai l'estomac noué", à l'idée d'un possible acquittement ; je veux faire partie du jury "pour exprimer mon opinion sur la mort injuste de George Floyd": ces propos ont valu à leurs auteurs d'être immédiatement récusés.

La plupart des personnes interrogées ont juré être neutres, mais leur amitié avec des policiers, leur participation aux manifestations, ou des propos ambigus sur l'accusé ou la victime, ont entraîné leur mise à l'écart.

Deux jurés, qui avaient passé un premier filtre, ont finalement été exclus après la conclusion d'un accord, il y a une semaine, entre la mairie de Minneapolis et la famille de George Floyd, qui recevra 27 millions de dédommagements pour la mort de leur proche. 

"J'ai été choqué, ça envoie le message que la ville de Minneapolis sent qu'il s'est passé quelque chose de mal", avait commenté l'un d'eux, en admettant que cela pourrait peser sur sa décision finale.

Dénonçant une annonce susceptible d'influer sur l'issue du procès, l'avocat de Derek Chauvin avait demandé au juge de le dépayser ou le reporter. 

Vendredi, Peter Cahill a refusé ses requêtes. "Je ne crois pas qu'il y a ait un seul endroit dans tout l'Etat du Minnesota qui n'ai pas été exposé à l'extrême médiatisation de ce dossier", a-t-il justifié.

- "Ça aurait pu être moi" -

De fait, à une exception près, tous les jurés sélectionnés ont admis avoir vu des portions ou toute la vidéo du calvaire de l'Afro-Américain, filmée par une passante, et avoir été impressionnés. 

"Je n'ai pas pu la regarder en entier, ça m'a trop perturbée de voir que le policier n'avait jamais enlevé son genou", a reconnu une quinquagénaire blanche. "Ça aurait pu être moi", a reconnu avoir pensé un immigré noir francophone.

Mais tous ont exprimé des opinions nuancées. "Les policiers prennent toute sorte de décisions. Des bonnes et des mauvaises, certaines réfléchies, d'autres par réflexe", a ainsi déclaré une grand-mère afro-américaine. 

George Floyd, qui a résisté passivement à son arrestation, "n'était pas complètement innocent" mais "je ne crois pas qu'il méritait de mourir", a ajouté une quadragénaire blanche.

Ces jurés écouteront à partir du 29 mars les arguments des parties. Le procès devrait durer trois ou quatre semaines. Ces hommes et femmes se retireront alors pour délibérer. 

Ils devront prendre une décision à l'unanimité sur les trois chefs d'inculpation retenus contre Derek Chauvin. Leur verdict sera scruté bien au-delà de Minneapolis, une responsabilité dont ils sont bien conscients.

"Les gens ont des opinions tranchées sur ce dossier", a souligné l'une des jurées. "Tout le monde en a parlé, et ça durera bien après la fin du procès".

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