Le droit des "personnes" à avorter: une citation retouchée ouvre un débat aux Etats-Unis

Le droit des "personnes" à avorter: une citation retouchée ouvre un débat aux Etats-Unis
Ruth Bader Ginsburg le 21 mai 2018 à Washington

publié le jeudi 23 septembre 2021 à 19h07

Le droit des "personnes" à avorter: la puissante association de défense des droits humains ACLU a ouvert un vif débat aux Etats-Unis en supprimant le mot "femme" d'une citation de la championne féministe Ruth Bader Ginsburg au nom de l'inclusion des minorités sexuelles.

A l'occasion du premier anniversaire de la mort de la magistrate progressiste, l'American Civil Liberties Union a publié samedi sur Twitter un message pour rappeler que son combat pour le droit à l'avortement restait "plus urgent que jamais" aux Etats-Unis.

Le post est accompagné d'une citation de "RBG": "La décision de porter ou non un enfant est centrale pour la vie d'une (personne), de son bien-être, de sa dignité... Quand le gouvernement contrôle cette décision à la place d'une (personne), il la traite moins bien qu'un adulte responsable de ses choix".

Rapidement, les internautes ont relevé la modification introduite dans la phrase prononcée par Ruth Bader Ginsburg en 1993, lors de son processus de confirmation comme juge à la Cour suprême.

Les conservateurs se sont étranglés: "L'ACLU efface littéralement les femmes", a ainsi lancé Greg Scott de l'organisation de défense des libertés religieuses Alliance Defending Freedom. L'ACLU "a complètement tort" de s'être "autorisée à retoucher une citation de RBG", a également jugé sur Twitter Megyn Kelly, ancienne présentatrice de la chaîne Fox News.

Des voix plus modérées ont également fait part de leur trouble. "Le langage inclusif est vital, mais je n'aime pas que l'on efface le mot +femmes+ des discussions" sur l'avortement, a ainsi twitté la championne d'échecs  et militante de la cause des femmes Jennifer Shahade.

Contactée par l'AFP, l'ACLU n'a pas immédiatement répondu à ces critiques.  

Mais des défenseurs des minorités sexuelles ont volé à son secours. "Je préfère évoquer les +gens qui cherchent à avorter+ que d'utiliser un langage genré pas utile. Les hommes trans et les gens non binaires ont aussi droit de pouvoir avorter", a tweeté la militante transgenre Charlotte Clymer.

La semaine dernière, l'élue démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, star de l'aile gauche du parti, avait déjà suscité des moqueries en parlant de "personnes qui ont leurs règles" lors d'une interview. 

Dans une série de tweets, elle avait défendu son choix: "les hommes trans et les personnes non binaires peuvent avoir des règles. Certaines femmes n'en ont pas, notamment après un cancer", avait-elle doctement expliqué, en appelant ses détracteurs à "évoluer".

Ces passes-d'armes s'insèrent dans un débat plus large. Les progressistes américains défendent l'usage de pronoms neutres ("they" en anglais, "iel" en français plutôt que il ou elle) pour les personnes qui le souhaitent, ce que refusent certains conservateurs au nom de leurs convictions religieuses. 

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