Le drame de Portland s'est joué entre habitués des manifestations

Le drame de Portland s'est joué entre habitués des manifestations
La police américaine transporte le corps de Michael Reinoehl, abattu lors de son interpellation le 3 septembre 2020 à Lacey dans l'Etat de Washington

, publié le vendredi 04 septembre 2020 à 19h02

L'un était militant d'extrême droite, l'autre "antifasciste" revendiqué. Chacun avec ses objectifs avait pris l'habitude de se rendre aux manifestations antiracistes qui secouent Portland depuis des semaines. Leur rencontre a été fatale.

Aaron Danielson, 39 ans, membre d'un groupe local d'extrême droite, les Patriot Prayer, a été abattu samedi dans cette grande ville du nord-ouest des Etats-Unis, où des partisans de Donald Trump étaient venus défier les militants du mouvement Black Lives Matter.

Suspect de ce crime, Michael Reinoehl, 48 ans, est mort cinq jours plus tard lors de son interpellation par des forces fédérales à environ 200 km au nord de Portland. Les agents ont ouvert le feu, après qu'il "eut sorti une arme", ont déclaré les US Marshals dans un communiqué.

Quelques heures plus tôt, Vice News avait publié une interview dans laquelle cet homme blanc, se disant "snowborder professionnel" et "100% Antifa", admettait à demi-mot avoir tué Aaron Danielson.

"C'était totalement justifié", expliquait-il calmement, un bonnet noir vissé sur le crâne, en assurant que sa victime avait brandi un couteau pour le menacer ainsi qu'un de ses amis. "Je n'avais pas le choix", ajoutait-il.

A l'inverse, un des amis de la victime, Chandler Pappas, qui se trouvait à ses côtés au moment du drame, a assuré qu'ils avaient été visés parce qu'ils portaient des casquettes aux couleurs des Patriot Prayer, un groupuscule noyauté par les suprémacistes blancs.

"Il a été tué pour la seule raison qu'il pensait différemment d'eux", a-t-il assuré lors d'un rassemblement en sa mémoire dimanche. "Il était chrétien, il était conservateur", a-t-il décrit, en niant toutefois le moindre "racisme" ou "extrémisme".

De même, le président Trump avait salué un "homme pieux", "exécuté dans la rue" et exigé encore jeudi sur Twitter l'arrestation de son meurtrier.

- "Une guerre" -

Le déroulé exacte de leur rencontre, qui selon une vidéo, fut très brève, ne sera probablement jamais certain. 

Ce qui est sûr en revanche, c'est que les deux hommes auraient déjà pu se croiser et se toiser, tant ils étaient devenus des habitués des manifestations qui ébranlent Portland depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain étouffé par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.

Michael Reinoehl rejoignait régulièrement les manifestants qui exigent la fin des violences policières et des inégalités raciales. Sur les réseaux sociaux, il se présentait en ancien militaire et disait assurer la sécurité des protestataires.

"Il empêchait les bagarres", a confirmé Randal McCorkle, un manifestant interrogé par le New York Times. "C'était littéralement un ange gardien", selon Teal Lindseth, une des organisatrices.

Mais son ton n'était pas toujours pacifique. "On a une chance de tout régler mais ça va être une lutte comme jamais. Ca va être une guerre et comme toutes les guerres, il y aura des morts", avait-il posté, prophétique, le 16 juin.

Le Journal Oregonian a rapporté qu'il avait été vu la veille du drame dans un rassemblement près de la maison du maire, avec sa fille de 11 ans armée d'une batte de baseball et qu'il avait été interpellé le 5 juillet dans un cortège en possession d'une arme chargée.

Il avait également été arrêté en juin, en possession de marijuana, alors qu'il faisait la course en voiture contre son fils de 17 ans. 

- Skateboard -

Quant à Jay Danielson, il sillonnait quasi chaque nuit Portland sur un skateboard pour filmer les manifestations avec son téléphone et dénoncer les violences commises dans les cortèges, ont expliqué ses proches au journal Portland Tribune, décrivant un homme très politisé avec des idées "conservatrices" et "patriotiques".

La nuit du drame, cet homme massif spécialisé dans le transport et le déménagement d'objets lourds qui vivait seul avec ses deux chiens, était à nouveau "en train de documenter ce qui se passait dans sa ville", a déclaré une proche, Michelle Dawson, citée par BuzzFeed News.

Peu avant sa mort, il avait été interrogé par un journaliste du Portland Tribune croisé dans la rue et s'était posé en défenseur "du journalisme indépendant". M. Pappas, à ses côtés, était intervenu dans la conversation en montrant la caravane des partisans de Donald Trump: "Je suis là pour empêcher qu'ils soient agressés."

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