Le deuxième sommet Trump-Kim s'achève sur un échec mais sans rupture

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (à gauche) et le président américain Donald Trump à l'hôtel Sofitel Legend Metropole de Hanoï, le 28 février 2019
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (à gauche) et le président américain Donald Trump à l'hôtel Sofitel Legend Metropole de Hanoï, le 28 février 2019
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© AFP, Saul LOEB

AFP, publié le vendredi 01 mars 2019 à 04h16

Une nouvelle période d'incertitudes s'est ouverte jeudi avec l'échec du sommet de Hanoï entre Donald Trump et Kim Jong Un, faute d'accord sur l'enjeu crucial du désarmement nucléaire nord-coréen et sur la levée des sanctions réclamée par Pyongyang, même si les relations demeurent cordiales.

Si les deux camps ont assuré vouloir poursuivre les négociations entamées lors du premier sommet, historique, de juin à Singapour, ils ont aussi livré des versions divergentes de ce qui a fait capoter ce deuxième rendez-vous.

Il y a huit mois, les deux hommes avaient affiché leur bonne entente, mais n'avaient signé qu'une vague déclaration d'intentions sur la "dénucléarisation de la péninsule coréenne". Au Vietnam, pendant deux jours de sommet, ils étaient censés apporter de la substance à cet engagement -- la Maison Blanche avait même annoncé qu'il déboucherait sur la signature d'un accord lors d'une cérémonie solennelle.

Mais cette cérémonie n'a jamais eu lieu et la rencontre s'est terminée abruptement.

Il "faut parfois quitter" les négociations, a lancé Donald Trump lors d'une conférence de presse, visiblement fatigué, voire abattu, sans son énergie habituelle.

Il a expliqué que les discussions avaient achoppé sur la question des sanctions économiques infligées à la Corée du Nord du fait de ses programmes nucléaire et balistique interdits.

"En fait, ils voulaient que les sanctions soient levées complètement" en échange du démantèlement total du complexe nucléaire de Yongbyon, "mais on ne pouvait pas faire ça", a détaillé M. Trump, précisant que Washington réclamait aussi celui d'autres installations non déclarées mais connues du renseignement américain.

"Je n'étais pas satisfait et peut-être n'était-il pas satisfait. J'ai décidé que ce n'était pas le bon moment pour signer quelque chose (...) Ce n'aurait pas été bon pour notre pays. Et peut-être pense-t-il la même chose", a-t-il confié dans un entretien à la chaîne Fox News enregistré au Vietnam et diffusé jeudi soir peu après le retour du président américain à Washington.

Kim Jong Un est "un personnage", a ajouté M. Trump. "C'est une vraie personnalité. Il est très intelligent, aussi fin que l'on puisse être. C'est un vrai leader. Il est un peu versatile. Et je ne le dis pas forcément de façon négative".

- Pas d'essais nucléaires -

Fait rarissime, le chef de la diplomatie nord-coréenne Ri Yong Ho a convoqué la presse après minuit dans la capitale vietnamienne pour livrer une autre version et éviter que son pays porte toute la responsabilité de l'échec aux yeux de l'opinion internationale.

Pyongyang a fait une "proposition réaliste" et demandé une levée partielle et non totale des sanctions, a-t-il insisté.

La Corée du Nord a offert de fermer "de manière permanente et de démanteler complètement ses infrastructures de production nucléaire" de Yongbyon en échange de la levée de sanctions qui "portent atteinte à l'économie civile et aux conditions de vie de notre peuple", a-t-il dit.

Malgré une évidente déception -- "J'aurais aimé aller plus loin", a-t-il lâché --, Donald Trump a assuré que des progrès importants avaient été réalisés. Kim Jong Un "a déclaré qu'il ne testerait pas de missiles, ou de fusées, ou quoi que ce soit qui ait un rapport avec le nucléaire", s'est félicité le président américain avant de repartir pour Washington.

Les deux dirigeants étaient passés en quelques mois des insultes personnelles et menaces apocalyptiques à des déclarations "d'amour" de la part de Donald Trump. Mais, après Singapour et Hanoï, aucun nouveau sommet n'est à l'horizon.

Pour le secrétaire d'Etat Mike Pompeo, qui accompagnait le président américain, les deux parties "ont besoin de se réorganiser" avant de se mettre d'accord sur une autre rencontre au niveau des émissaires. 

"Mon sentiment est que cela prendra un peu de temps", a-t-il reconnu, tout en promettant de reprendre les négociations à terme pour aboutir à la dénucléarisation de la Corée du Nord.

- "Discussions fructueuses" -

Sur ce point, Pyongyang a soufflé le chaud et le froid. Ri Yong Ho a martelé que la position de son pays ne changerait pas, affichant une fermeté de mauvais augure, mais l'agence officielle nord-coréenne KCNA a ensuite rapporté que Donald Trump et Kim Jong Un allaient "continuer leurs discussions fructueuses sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne et l'amélioration des relations".

"C'est un échec majeur", a réagi Joe Cirincione, président de la Fondation Ploughshares, qui milite pour une dénucléarisation globale.

"Ce sommet manqué est symptomatique d'une diplomatie manquée", a renchéri Adam Mount, analyste à la Fédération des scientifiques américains. "La politique du tout ou rien ne mène à rien".

Séoul a déploré un "résultat regrettable", mais relevé néanmoins des progrès.

De son côté, la Chine a appelé Washington et Pyongyang à poursuivre leur dialogue, soulignant que la question nucléaire nord-coréenne ne pouvait pas être résolue "du jour au lendemain".

Donald Trump avait tempéré les attentes dès le début de la rencontre, mercredi, affirmant ne pas être "pressé" tant que la Corée du Nord s'abstient de mener des essais nucléaires ou balistiques, comme elle le fait depuis plus d'un an.

Le locataire de la Maison Blanche est pourtant sous pression dans ce dossier sur lequel ses prédécesseurs ont échoué. Une percée diplomatique lui aurait permis de détourner l'attention de ce qui se passe à Washington, où son ex-avocat Michael Cohen a livré devant le Congrès un témoignage aussi explosif qu'accablant. Donald Trump l'a accusé jeudi d'avoir "beaucoup menti".

Mais sa décision de ne pas signer d'accord, plutôt qu'un mauvais accord, a été plutôt bien accueillie par la classe politique et les observateurs américains.

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