Le Costa Rica transforme une lugubre île-prison en paradis touristique

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L'île de San Lucas, dans le Golfe de Nicoya, le 26 septembre 2020 au Costa Rica
L'île de San Lucas, dans le Golfe de Nicoya, le 26 septembre 2020 au Costa Rica
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© AFP, Ezequiel Becerra

, publié le mercredi 07 octobre 2020 à 08h21

Au Costa Rica, la lugubre île-prison de San Lucas a été transformée en paradis touristique doté d'un parc naturel et de plages sauvages.

A quelques encablures de la côte du Golfe de Nicoya, sur la côte pacifique, l'île de San Lucas était jusqu'ici tristement célèbre pour sa prison où les détenus étaient soumis à des conditions inhumaines de détention, voire à des tortures, de 1873 jusqu'à sa fermeture en 1991.

Laissée à l'abandon, la prison a été classée au patrimoine national en 1995, et l'île déclarée réserve naturelle en 2001. Cette année, en août, San Lucas s'est définitivement trouvé un nouveau destin, plus riant, avec son ouverture aux touristes, malgré les restrictions imposées par la crise sanitaire du nouveau coronavirus.

Depuis l'année dernière, plusieurs organismes publics s'activaient à réhabiliter l'ancienne île-prison en traçant des sentiers de découverte de ses beautés naturelles et de sa faune, tandis que l'ancien pénitencier était aménagé pour l'ouvrir à la visite.

Claudia Dobles, l'épouse du président Carlos Alvarado, qui a le titre officiel au Costa Rica de Première Dame, a été en première ligne pour l'aboutissement du projet de réhabilitation, doté d'un budget total de 2,4 millions de dollars.

"San Lucas est un lieu spectaculaire, culturel, historique, architectural (avec) des plages, de la biodiversité... C'est le trésor le mieux gardé du Pacifique" costaricien, vante la Première Dame.

Au début de ses 117 années de centre carcéral, San Lucas a été utilisé pour emprisonner les hommes politiques jugés "indésirables" par le gouvernement militaire de l'époque, du président Tomas Guardia (1870-1876 et 1877-1882).

L'établissement est ensuite devenu une prison de haute sécurité où étaient notamment détenus les criminels les plus violents du pays.

- Jumelage -

L'un de ses prisonniers célèbres, l'écrivain costaricien José Leon Sanchez, a connu ses geôles pendant une dizaine d'années. Dans un roman autobiographique, "L'île des hommes seuls", publié en 1963 et porté à l'écran en 1974 au Mexique, il a révélé les mauvais traitements, le manque de nourriture et les viols entre détenus qui avaient cours dans la prison.

Les sept cellules de haute sécurité étaient distribuées autour d'une cour circulaire au centre de laquelle une fosse couverte d'une grille servait de cachot pour les prisonniers qui avaient tenté de s'évader, décrit le romancier. Il était si redouté que les détenus auraient préféré mourir plutôt que d'y passer ne fut-ce qu'une journée, selon l'écrivain.

L'histoire terrible du centre pénitentiaire se lit toujours sur les murs de ses cellules, où les prisonniers ont laissé des graffitis, très souvent obsessivement sexuels. Un détenu a cependant laissé une trace de sa passion en dessinant un footballeur vêtu du maillot jaune brésilien.

En raison de leurs histoires similaires, le gouvernement costaricien projette de conclure un accord de jumelage avec l'île-prison d'Alcatraz, dont la silhouette sinistre se découpe dans la baie de San Francisco (Californie).

Au détour des sentiers qui parcourent les 500 hectares de San Lucas se découvrent en pleine forêt les vestiges des premiers quartiers carcéraux. Désormais, les hurlements des singes remplacent les cris de douleur ou de désespoir des bagnards.

En effet, "ici l'on trouve une grande biodiversité", vante à l'AFP Giovany Mora, un garde-forestier qui travaille sur l'île depuis 14 ans.

"On voit pas mal de cerfs de Virginie, des écureuils, des iguanes, des agoutis, des pacas" (gros rongeurs des régions tropicales et subtropicales), énumère-t-il fièrement.

Crise sanitaire oblige, le tourisme sur l'ancienne île-prison est cependant limité aux week-ends et pour seulement trois rotations par jour. Les visiteurs, soumis aux mesures de prévention sanitaire, ne peuvent débarquer que par groupes de 40 maximum et se voient interdire de baignade sur les plages.

Malgré toutes ces restrictions, l'île a reçu au mois d'août 920 visiteurs, pratiquement tous des Costariciens, en l'absence quasi totale d'étrangers pour cause de pandémie, selon la Chambre de tourisme du port de Puntarenas, d'où l'on embarque pour San Lucas.

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