Le coronavirus va-t-il provoquer une pénurie de médicaments en Europe ?

Le coronavirus va-t-il provoquer une pénurie de médicaments en Europe ?
80% des principes actifs pharmaceutiques utilisés en Europe sont fabriqués hors de l'espace économique européen, dont une grande partie en Asie.
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, publié le jeudi 13 février 2020 à 14h15

Une "grande partie" des "principes actifs pharmaceutiques" est fabriquée en Asie, souligne l'Académie française de pharmacie, selon qui l'épidémie de Covid-19 pourrait faire peser une grave menace sur la santé publique en France et en Europe à cause des problèmes d'approvisionnement. 

Face à l'épidémie de coronavirus, qui a touché plus de 60.000 personnes et fait au moins 1.300 morts en Chine, et qui s'appelle désormais "Covid-19", le confinement des populations s'étend et les fermetures d'entreprises se multiplient en Chine. Ce qui pourrait avoir des conséquences sur la santé des Européens, s'alarme jeudi 13 février l'Académie française de pharmacie.




L'épidémie de "Covid-19, en Chine, pourrait faire peser une grave menace sur la santé publique en France et en Europe, dans la mesure où 80% des principes actifs pharmaceutiques utilisés en Europe sont fabriqués hors de l'espace économique européen, dont une grande partie en Asie", juge-t-elle.

"Il faut relocaliser la production des matières premières pharmaceutiques", plaide donc l'Académie, selon laquelle la "maîtrise de la fabrication des matières premières à usage pharmaceutique est devenue un enjeu stratégique national et européen".

"Du fait de la multiplicité des maillons de la chaîne de production, il suffit d'une catastrophe naturelle ou sanitaire, d'un événement géopolitique, d'un accident industriel, pour entraîner des ruptures d'approvisionnement pouvant conduire à priver les patients de leurs traitements", rappelle l'Académie.

"On n'a a priori pas de signal d'alarme sur un effondrement de la production mais on est très attentif", a commenté pour sa part le n°2 du ministère français de la Santé, Jérôme Salomon, mercredi lors d'une conférence de presse sur l'évolution de la situation liée au coronavirus en France. "La situation en Chine entraîne des mesures d'endiguement extrêmement forte, avec une réduction d'activité qui concerne l'ensemble des secteurs. On est attentif au plan mondial et européen aux conséquences qu'ont ces réductions d'activité sur le commerce mondial, dont ce secteur important des produits de santé", a-t-il ajouté.

Une meilleure coordination européenne

L'inquiétude commence à gagner l'Union européenne, où le "Covid-19" affecte une trentaine de personnes dans sept pays, dont la France. "Nous avons besoin d'aller plus loin,de nous coordonner sur les mesures barrières, l'arrivée des voyageurs, l'analyse épidémiologique des cas, les stocks de protection", a déclaré jeudi la ministre de la Santé Agnès Buzyn, en arrivant à une réunion d'urgence entre ministres européens de la Santé. Elle a souligné que "cette crise" pouvait "s'installer sur plusieurs mois", et s'est inquiétée des "impacts" sur la disponibilité des équipements de protection (gants, masques) pour les personnels soignants.

"La plupart des fabricants des équipements (de protection) sont situés en Chine et sont eux-mêmes en rupture de stock", a-t-elle indiqué, prônant la mise en œuvre d'un achat groupé au niveau européen de ces matériels.

La Commission doit être chargée par les États membres de "faciliter l'accès nécessaire" à ces équipements afin de "réduire au minimum les pénuries éventuelles", selon le projet de conclusions. Soulignant également que "l'industrie pharmaceutique de l'UE est fortement dépendante d'importation de substances actives de la Chine", la Finlandaise Krista Kiuru a averti que la poursuite de l'épidémie "pourra(it) avoir un impact sur l'approvisionnement en médicaments".

Le projet de texte, qui liste des engagements très généraux, doit être adopté, avec d'éventuelles modifications, à l'issue de la réunion. "Les virus ne connaissent pas de frontières, et il est temps pour l'UE de répondre à ce défi d'une façon coordonnée et unie", a exhorté la commissaire européenne chargée de la Santé, Stella Kyriakides.

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