Le chef des droits de l'homme de l'ONU encourage son successeur à ne pas se taire

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Le Haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, dans son bureau à Genève, le 20 août 2018
Le Haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein, dans son bureau à Genève, le 20 août 2018
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© AFP, Fabrice COFFRINI

AFP, publié le lundi 20 août 2018 à 19h45

"Il n'y a qu'une façon de faire ce travail", a affirmé lundi le Haut-commissaire aux droits de l'Homme de l'ONU Zeid Ra'ad Al Hussein, en encourageant son successeur à ne pas hésiter à condamner publiquement les graves abus.

"Nous ne sommes pas ici pour nous taire", a déclaré M. Zeid, qui quitte son poste à la fin du mois et sera remplacé par l'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet.

Cet ancien diplomate et membre de la famille royale jordanienne a fait l'éloge de la future Haut-commissaire.  

Mais pendant le processus de sélection, des diplomates et certaines sources au sein de l'ONU ont indiqué que le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, voulait nommer quelqu'un de plus conciliant à l'égard des chefs d'Etat et de gouvernement étrangers.

"Je ne cherche pas à me faire des amis auprès des gouvernements", a déclaré de son côté M. Zeid, expliquant que le mandat de chef des droits de l'Homme est d'abord d'être la voix des victimes d'abus.

"Je n'aurais pas très confiance dans un Haut-commissaire qui ne ferait pas (ce travail) comme ça", a-t-il dit.

- "Utilise des mots différents" -

Pendant son mandat, M. Zeid a critiqué publiquement un certain nombre de dirigeants, notamment le président américain Donald Trump. 

Selon des sources au sein de l'ONU, M. Guterres aurait souhaité modérer le ton du Haut-commissariat afin de ne pas s'aliéner le soutien des Etats membres.

M. Zeid a déclaré à l'AFP que le secrétaire général ne lui avait demandé qu'une fois de modérer son langage, lorsqu'il avait accusé M. Trump de "manquer de générosité" après l'adoption d'un décret anti-immigration visant des pays musulmans peu après son arrivée à la Maison Blanche.

"Il m'a dit +Tu sais Zeid, nous avons des problèmes avec la nouvelle administration américaine, il pourrait y avoir des menaces sur notre financement, alors tu pourrais peut-être utiliser des mots différents+", a-t-il déclaré en se remémorant sa conversation avec M. Guterres. 

M. Zeid a affirmé qu'il avait pris ça comme un conseil venant "d'un vieil ami". "J'ai continué de la façon dont je pensais qu'il fallait agir et il n'a pas insisté pour que je change", a-t-il ajouté. 

Certains militants humanitaires reprochent au secrétaire général d'avoir mis la pédale douce sur la cause des droits de l'Homme depuis sa nomination en décembre 2016. 

M. Zeid a expliqué qu'il y avait "une progression naturelle" qui affecte tous les secrétaires généraux: ils observent d'abord la "topographie politique" du poste, avant d'adopter une ligne plus dure sur les abus au risque de s'aliéner des dirigeants étrangers.

M. Zeid a déclaré n'avoir aucun regret au sujet d'une condamnation d'abus venant d'un gouvernement. 

Mais au terme de ce qu'il a décrit comme un effort de quatre années pour braquer les projecteurs sur les violations des droits de l'Homme sur tous les continents, il a avoué ne pas être très optimiste sur l'avenir.

- "Démagogues, charlatans" -

M. Zeid a condamné sans relâche les responsables politiques qu'il accuse d'attiser les tensions ethniques et religieuses pour se faire valoir, comme le président Trump et le Premier ministre hongrois Viktor Orban, notamment.

Pendant son mandat, il dit avoir réalisé que "tous les Etats étaient en construction et qu'une ou deux générations de politiciens irresponsables pouvaient détruire n'importe quel Etat", citant les Etats-Unis, la Hongrie, mais aussi le gouvernement de droite polonais.

M. Zeid dit craindre "le retour des démagogues, des demi-vérités, des charlatans qui colportent la peur, attisent la xénophobie et utilisent ces extrémistes violents et épouvantables (comme le groupe Etat islamique) comme contrepoint pour justifier tout ce qu'ils font". 

Mais interrogé sur la chose qui lui fait le plus peur, le Haut-Commissaire a choisi de répondre par une pirouette en disant que c'était la perspective qu'on lui demande de "rester à son poste".

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