La voix retrouvée des esclaves du général en chef des Confédérés

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Arlington House, depuis le cimetière national d'Arlington, près de Washington, le 24 août 2021
Arlington House, depuis le cimetière national d'Arlington, près de Washington, le 24 août 2021
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© AFP, Olivier DOULIERY

publié le samedi 04 septembre 2021 à 16h53

Alors que des statues du général Robert Lee étaient déboulonnées aux Etats-Unis sous la pression du mouvement Black Lives Matter en 2020, l'ancien domaine du commandant de l'armée confédérée, sur une colline surplombant Washington, bénéficiait au contraire d'une cure de jouvence.

Principal dirigeant militaire des sécessionnistes pendant la guerre civile de 1861 à 1865, Robert Lee a lutté avec les Etats du Sud contre ceux du Nord, afin notamment de préserver l'esclavage. Avant que n'éclate ce conflit, il gérait cette plantation où vivaient plus d'une centaine d'esclaves.

Dans la touffeur estivale de la capitale américaine, la "Maison Arlington, mémorial Robert Lee", son nom officiel, a recommencé cette année à accueillir des visiteurs, après trois ans et plus de 12 millions de dollars de travaux de rénovation.

Les réparations ne concernaient toutefois pas que les murs: ce mémorial a rouvert avec l'objectif d'apporter un éclairage n'oubliant pas les pans sombres de ce moment d'histoire des Etats-Unis, selon ses conservateurs.

Déambulant fin août à travers le terrain de la Maison Arlington, Aaron LaRocca, un ranger des parcs nationaux, insiste sur l'importance de donner une voix aux dizaines d'esclaves ayant été opprimés dans le domaine.

Afin de retracer le récit de leurs vies, les conservateurs ont dû non seulement mieux mettre en avant leur histoire dans la Maison Arlington, mais aussi créer une série de nouvelles expositions affichées dans les anciens quartiers d'habitation des esclaves.

- Point sensible -

Pour comprendre la Maison Arlington, il faut aller au-delà de l'histoire complexe de Robert Lee, pour plonger dans celle des Etats-Unis.

Autour du domaine se trouve notamment la sépulture de l'ancien président John F. Kennedy et le cimetière militaire d'Arlington, où reposent des milliers de soldats tombés au combat et d'anciens combattants.

La maison, de style "Greek revival" dans la lignée néo-classique, a été construite par le petit-fils adoptif de George Washington, héros de la guerre d'indépendance et premier président américain.

Ce petit-fils, George Washington Parke Custis, a notamment eu deux filles, Mary Anna Custis -- qui a ensuite épousé le général Lee -- et Maria Carter, dont la mère était une esclave.

Aujourd'hui, les descendants des familles d'esclaves et de la famille Lee, souvent liés par cet ancêtre commun, se réunissent régulièrement.

Pour beaucoup de ceux ayant poussé pour donner plus de place à la voix des esclaves dans le récit historique proposé à la Maison Arlington, le fait qu'elle soit aussi appelée "mémorial Robert Lee" reste un problème.

"Le fait que nous l'identifions comme un mémorial pour Robert Lee semble vraiment dépassé, surtout au vu de là où nous en sommes arrivés en tant que pays aujourd'hui", affirme Steve Hammond.

Descendant de l'une des familles d'esclave du domaine, liée à Maria Carter, cet homme de 65 ans travaille bénévolement à la Maison Arlington depuis près de huit ans. Il aide à raconter l'histoire, "que peu de gens connaissent", de ses résidents réduits en esclavage.

L'élu démocrate au Congrès Don Beyer, dont la circonscription comprend le domaine, a déclaré vouloir réintroduire une proposition de loi supprimant ce statut de mémorial, après une première tentative infructueuse.

- Diversité de voix -

Le Congrès a officiellement reconnu le lieu comme un mémorial pour Robert Lee en 1955, citant ses efforts pour réunifier le pays après la guerre.

"Les mémoriaux sont problématiques car ils ne sont pas censés traiter d'histoire mais de mémoire", affirme Denise Meringolo, professeure d'histoire à l'université du Maryland.

Or, la Maison Arlington héberge à la fois ce mémorial et un musée pédagogique, un mélange des genres, selon elle.

Historiquement, le public "plutôt blanc et de classe moyenne qui visitait les domaines historiques et les musées (...) recevait un récit qui semblait être, entre guillemets, +leur récit+", affirme Denise Meringolo.

Pour le ranger Aaron LaRocca, les sites historiques doivent inclure la diversité des voix du passé afin d'attirer aujourd'hui des publics plus variés.

Le cimetière militaire d'Arlington accueille près de trois millions de visiteurs chaque année, pour environ 600.000 à la Maison Arlington.

Selon Steve Hammond, une fois que les visiteurs "voient la tombe de Kennedy, qu'ils lèvent les yeux vers la colline et voient le domaine là-haut, c'est dur de ne pas être curieux".

Cela fournit une opportunité d'"échanger sur certains points de vue difficiles que les gens ont et de changer la trajectoire de notre pays", ajoute-t-il.

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