"La vie est vraiment dure", confient des Téhéranais

Chargement en cours
 Une Iranienne dans la fumée de gaz lacrymogène lors de manifestations à l'université de Téhéran, le 30 décembre 2017

Une Iranienne dans la fumée de gaz lacrymogène lors de manifestations à l'université de Téhéran, le 30 décembre 2017

1/3
© AFP, STR
A lire aussi

AFP, publié le lundi 01 janvier 2018 à 18h29

Même si Téhéran est peu touchée par les manifestations contre le pouvoir qui agitent depuis jeudi plusieurs villes d'Iran, les habitants de la capitale se plaignent de leur situation économique et réclament des actes au gouvernement.

"La vie est vraiment dure, les prix élevés nous étranglent. Mon mari est fonctionnaire mais son salaire est loin d'être suffisant pour que nous puissions joindre les deux bouts", explique Farzaneh Mirzaie.

Cette femme de 42 ans et mère de deux enfants explique que la plupart des membres de sa famille travaillent dans une fabrique de tapis à Kashan, à 250 km au sud de Téhéran, mais qu'ils ont tous perdu leur emploi récemment.

"Le propriétaire de l'usine ne pouvait plus se permettre d'acheter du fil pour fabriquer ses tapis et il a viré tout le monde. Comment vont-il survivre?", se demande-t-elle.

Cette histoire est symptomatique des difficultés économiques que traverse l'Iran, un pays qui tente de se remettre de longues années de mauvaise gouvernance et de sanctions économiques internationales paralysantes.

Dimanche soir, le président Hassan Rohani a réagi aux manifestations, qui ont fait 12 morts et conduit à l'arrestation de centaines de personnes, en expliquant que les Iraniens devaient avoir le droit de s'exprimer mais sans recourir à la violence.

"Il dit que c'est possible pour les gens de manifester mais nous avons peur de parler. Même là, j'ai peur de vous parler", assure à l'AFP Sarita Mohammadi, une enseignante de 35 ans.

- 'Nous devrons payer' -

Beaucoup de Téhéranais sont néanmoins rebutés par la violence des manifestants qui ont attaqué des banques, des bâtiments administratifs et des symboles du régime.

Sara, une étudiante de 26 ans vêtue du traditionnel tchador, adhère à la ligne gouvernementale selon laquelle les protestations sont "guidées depuis l'étranger". Mais elle a le sentiment qu'elles ont été provoquées par "les difficultés économiques des gens".

"Je ne suis pas du tout pour les manifestations dans lesquelles les biens publics sont vandalisés", abonde Shiva Daneshvar, femme au foyer de 55 ans. "Si certains cassent des fenêtres, nous devrons payer (leur réparation) plus tard."

Pourtant, chacun comprend la frustration en germe au sein de la société iranienne.

"Je pense que les gens n'aiment pas vandaliser et incendier les lieux mais c'est leur seule façon de faire entendre leur voix", justifie Nasser Khalaf, 52 ans, employé d'une compagnie pétrolière, qui dit avoir deux fils au chômage.

Certains estiment que la nation n'a pas été récompensée après avoir enduré des décennies de difficultés - la révolution de 1979, huit ans de guerre avec l'Irak dans les années 1980 et les sanctions internationales, partiellement levées après l'accord sur le nucléaire iranien de 2015.

"Après 40 ans (de République islamique, ndlr), ils ont réalisé que toutes ces épreuves (...) étaient vaines", estime Arya Rahmani, un infirmier de 27 ans. "Je travaille mais je vis dans la crainte d'être renvoyé demain".

- Trump 'dans son palace'-

Le soutien affiché du président américain Donald Trump aux manifestants fait sourire à Téhéran.

Ces tweets sont "inutiles", lâche Arya. "Trump vit dans son palace et moi ici, je suis arrêtée. Que peut-il faire?".

"Cela aurait été mieux qu'il ne soutienne pas les protestations", surenchérit Nasser, qui estime également que le soutien aux manifestants de la part de groupes d'opposition basés à l'étranger n'est pas une bonne chose. 

Beaucoup d'Iraniens nourrissent une profonde méfiance envers Trump après sa décision de leur interdire l'entrée aux Etats-Unis, à l'instar d'autres pays musulmans, dans un décret visant à prévenir l'entrée de "terroristes" selon Washington.

"Le gouvernement devrait améliorer la situation des gens à un niveau tel que Trump n'oserait plus dire quoi que ce soit", relève Mirzaie, femme au foyer, qui déplore notamment que l'Iran ne parvienne pas à exploiter tout son potentiel économique.

"Notre pays vaut de l'or", assure-t-elle. "Mais nous ne tirons vraiment pas profit de ce qu'on a."

 
28 commentaires - "La vie est vraiment dure", confient des Téhéranais
  • Qu'on leur montre donc, en toute honnêteté, la vie ici des chômeurs, des sans-abris, des petits retraités qui vont aux restos du coeur, la situation des migrants, afin qu'ils ne s'imaginent pas que c'est mieux ailleurs. Veut-on déstabiliser ce pays aussi ? Pour avoir une zone de chaos supplémentaire et recevoir des milliers de migrants en plus ?

  • Il est exact que le gouvernement iranien n a pas fait fort ces dernières années. Le pays regorge de ressources minières, que l etat contrôle directement, il a du petrole, des possibilités hydroélectriques importantes, des façades maritimes diverses, et tout ceci n a pas été utilisé pour developper le pays au profit de son peuple

    Mais il a développé un beau reseau routier, de nombreux monuments historiques sont en train d etre restaures, le moindre village possede de beaux jardins, des fontaines, les endroits touristiques sont plein de touristes iraniens visitant leur propre pays.

    J ai cru comprendre en etant sur place que les gens en avaient surtout assez d une application trop stricte de lois retrogrades et qu ils voulaient pouvoir s amuser, s habiller , se promener, boire et manger ce qu ils veulent sans être surveillés

    Ayant parcouru l'Iran récemment, je suis d'accord avec vous. Le gros problème c'est qu'une bonne partie du pouvoir et de l'économie échappent à Rohani, quelqu'un de bien selon moi, élu et majoritairement soutenu par la population.
    Le couvercle du guide suprême doit sauter ! idem pour les gardiens de la révolution qui ont trop d'emprise sur l'économie et empêchent les nombreux investissements qui aideraient au développement du pays. Mais il ne faut pas oublier non plus la responsabilité des occidentaux, dont la France, qui ne respectent pas l'accord et continuent de bloquer le système bancaire Iranien !

  • Agents venus de l'étranger ou manipulation étrangère ou ennemis de la révolution , arguments classiques dans les dictatures.

  • Juste à savoir que dans notre pays qui est la France, nous vivons actuellement la même chose.
    La différence par rapport à l'histoire, c'est juste quand nous ! Nous déciderons d'agir ?
    Les Iraniens, Coréens du Nord, les Chinois, les USA, les Russes, Allemagne et je ne sais quel autre pays seront juste une petit
    souris par rapport à nous.
    Pour rappel, la genèse de la démocratie vient de la France par la révolution.
    L'histoire se répète. Nos dirigeants et autres politiques se nomment Présidents, députés, sénateurs, conseillers, maires et j'en passe.
    Il y a prés de 300 ans c'était Roi, Duc , Conte, Clergé ect.......

  • On a compris le leitmotiv de 2018 : la déstabilisation de l'Iran.

  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]