La Tunisie vote, sans enthousiasme, pour ses premières municipales post-révolution

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Un Tunisien vote à Ben Arous, dans la banlieue de Tunis, à l'occasion des municipales du 6 mai 2018
Un Tunisien vote à Ben Arous, dans la banlieue de Tunis, à l'occasion des municipales du 6 mai 2018
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© AFP, FETHI BELAID

AFP, publié le dimanche 06 mai 2018 à 16h32

Les Tunisiens ont voté sans enthousiasme dimanche pour les premières élections municipales depuis la révolution de 2011, un scrutin pourtant jugé crucial pour enraciner au niveau local le processus démocratique dans l'unique pays rescapé du Printemps arabe.

A midi, soit quatre heures après l'ouverture des bureaux, le taux de participation était de 13,6%, selon l'instance en charge des élections (Isie).

Dans un bureau du centre de Tunis, où les électeurs arrivaient au compte-goutte, l'enthousiasme est effectivement apparu moindre qu'en 2011, et la foule moins nombreuse que lors des législatives et présidentielle de 2014.

Voter est "un droit mais aussi un devoir", a pour sa part affirmé à l'AFP, Ridha Kouki, 58 ans. "Même si on n'a pas beaucoup d'espoir, et si les projets sont vides, je viens quand même accomplir mon devoir", a-t-il ajouté.

A Sfax, la deuxième ville du pays, une quadragénaire a indiqué que nombre de ses amies n'étaient pas venues voter. "J'ai tenu bon, et insisté pour que mes enfants aillent voter aussi... mais je n'attends rien de ces élections, je fais mon devoir et c'est tout".

Les jeunes étaient particulièrement peu nombreux à voter à travers le pays.

Les résultats ne sont attendus qu'au cours des prochains jours, mais une forte abstention, même largement pressentie, constituerait un revers pour la classe politique, qui avait appelé à la mobilisation.

- La démocratie "s'exerce" -

Avant de voter, le président Béji Caïd Essebsi, 91 ans, a lui-même exhorté les Tunisiens à exercer leur droit constitutionnel et leur "devoir national", soulignant que "la démocratie ne s'impose pas, elle s'exerce".

"Il faut voter massivement", a également clamé le Premier ministre Youssef Chahed.

Sept ans après la révolution, qui avait suscité de nombreux espoirs, beaucoup de Tunisiens se disent démobilisés en raison d'une inflation désormais proche de 8%, d'un chômage toujours aussi élevé mais aussi des "arrangements" présumés entre partis dominants, aux premiers rangs desquels Nidaa Tounès -fondé par M. Essebsi- et les islamistes d'Ennahdha.

Repoussées à quatre reprises en raison de blocages logistiques, administratifs et politiques, ces municipales constituent les premières élections depuis les législatives et la présidentielle de 2014, alors saluées par la communauté internationale.

Ce scrutin est "historique" pour la Tunisie, a également fait valoir le vice-président du Parlement européen, Fabio Castaldo, chef des observateurs envoyés l'UE. "C'est un pas important pour la stabilité du pays, pour la mise en place complète de la Constitution et pour servir de modèle au monde arabe".

Les 11.185 bureaux de vote sont ouverts jusqu'à 18H00 (17H00 GMT) pour que les 5,3 millions d'électeurs tunisiens inscrits élisent les conseillers des 350 municipalités à la proportionnelle à un tour. Ces conseillers devront ensuite élire les maires d'ici la mi-juin.

Quelque 60.000 policiers et militaires -qui ont déjà voté il y a une semaine par anticipation, pour la première fois de leur histoire-- sont mobilisés: la Tunisie est sous état d'urgence depuis une série d'attentats jihadistes en 2015.

Plus de 57.000 candidats sont en lice, dont la moitié de femmes et de jeunes. Sur les 2.074 listes en course, 1.055 sont issues de partis, 860 indépendantes et 159 de coalition, selon l'Isie.

Même démobilisée, une frange de la population dit tout de même conserver l'espoir d'une amélioration du quotidien, en matière de propreté, de transports voire de développement.

Dans la foulée de la chute du régime de Zine Al Abidine Ben Ali en 2011, les municipalités avaient été dissoutes et remplacées par de simples "délégations spéciales", dont la gestion a été jugée défaillante au fil du temps.

- Décentralisation -

Ces municipales marquent en outre le premier pas tangible de la décentralisation, inscrite dans la Constitution de 2014 et l'une des revendications de la révolution.

Sous la dictature, les municipalités n'avaient que peu de pouvoir de décision, étant soumises au bon vouloir d'une administration centrale souvent clientéliste.

Mais le pays est désormais doté d'un Code des collectivités locales, voté in extremis fin avril, qui en fait pour la première fois des entités administrées librement et fortes d'un début d'autonomie.

Pour des experts, les deux poids lourds de la vie politique, Ennahdha et Nidaa Tounès, qui sont les seuls à avoir présenté des listes dans toutes les municipalités ou presque, pourraient rafler la mise.

Ennahdha a indiqué sa volonté de poursuivre à l'échelon local le consensus forgé avec Nidaa Tounès au plan national.

Malgré cela, ce scrutin doit voir émerger une nouvelle génération d'élus locaux. Il sera suivi de législatives et d'une présidentielle en 2019, pour laquelle le président Essebsi n'a pas fait part de ses intentions.

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