La solidarité des Porto-Ricains pour surmonter les séquelles de l'ouragan

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Une volontaire prépare un repas à Mariana, dans la ville porto-ricaine d'Humacao, le 12 septembre 2018
Une volontaire prépare un repas à Mariana, dans la ville porto-ricaine d'Humacao, le 12 septembre 2018
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© AFP, Lester JIMENEZ

AFP, publié le mercredi 19 septembre 2018 à 21h34

Seuls, désespérés, et avec un gouvernement américain aux abonnés absents, de nombreux Porto-Ricains se sont tournés les uns vers les autres pour survivre après le passage meurtrier de l'ouragan Maria, qui a ravagé l'île l'an dernier.

Durant les dures semaines qui ont suivi la catastrophe, ils ont ainsi découvert un précieux sentiment de communauté, qui aujourd'hui rayonne dans des lieux comme Mariana, un quartier de la ville dévastée d'Humacao.

D'une cuisine communautaire créée après le passage de l'ouragan émane une odeur de porc frit et de riz aux pois d'Angole, plat typique de la cuisine porto-ricaine. Aida de Leon y fait la cuisine avec deux autres femmes.

"Beaucoup d'entre nous sont venus aider les autres, mais aussi s'aider soi-même. Ça a été une échappatoire", explique-t-elle. "Ça nous a aidés à guérir, à recharger nos batteries et à continuer à lutter".

La colère contre le gouvernement Trump, accusé d'avoir fait preuve de négligence dans sa gestion de la catastrophe, qui a fait près de 3.000 victimes sur ce territoire américain, ne retombe pas. Mais à Mariana, où les habitants se sont serré les coudes et se sont organisés seuls pour survivre, la résilience l'emporte.

Un centre communautaire a été installé dans une ancienne école au sommet d'une colline battue par les vents au bord de la mer.

San Juan, la capitale, est à une soixantaine de kilomètres de là, mais pendant des semaines Mariana a été coupée du monde, sans électricité, sans eau courante et sans réseaux téléphoniques.

- Résilience -

Au cours de l'année, le centre est passé d'un simple abri à une cuisine communautaire, avant de devenir un établissement fonctionnant à l'énergie solaire.

Un jardin communautaire fournit fruits et légumes à la cuisine, et après le passage de l'ouragan, les résidents bloqués s'y rendaient pour se faire soigner.

"C'est là qu'ils ont trouvé l'insuline dont j'avais besoin et ils avaient un réfrigérateur où on pouvait la stocker", raconte Enid Rodriguez.

"Comme moi, beaucoup de gens sont venus pour des soins respiratoires et d'autres besoins. Je n'exagère pas quand je dis qu'ils ont sauvé nos vies", ajoute-t-elle, en achetant un plat dans la cuisine communautaire pour 4 dollars, un prix qu'elle a elle-même choisi.

La cuisine a ouvert quelques jours après que l'ouragan Maria s'est abattu sur Porto Rico en septembre 2017, quand il est devenu clair que les habitants du quartier seraient livrés à eux-mêmes.

Avec l'aide de l'Association récréative et éducative de Mariana, un groupe appelé "Apoyo Mutuo" s'est formé et a mis sur pied la cuisine, d'abord avec des dons de résidents de Mariana et de Porto-Ricains vivant hors de l'île.

Dans les mois suivant l'ouragan, les volontaires servaient jusqu'à 400 repas par jour.

Aujourd'hui, ils ne nourrissent plus qu'une vingtaine de personnes au quotidien, mais gardent les lieux ouverts en tant que programme autonome pour lequel les gens ne paient que ce qu'ils peuvent se permettre pour un repas.

"Nous utilisons d'autres moyens (de paiement). Pas seulement de l'argent, ça peut être du temps, des talents, des dons de nourriture et, en dernier, de l'argent", dit Christine Nieves, une cofondatrice d'Apoyo Mutuo.

- Un apprentissage -

"Notre intention était de transformer notre maison en abri, mais nous nous sommes rendu compte que beaucoup de gens n'avaient rien. Il y avait des gens qui mangeaient de la nourriture avariée parce qu'ils n'avaient rien d'autre à manger", ajoute-t-elle.

Apoyo Mutuo a élargi ses efforts ces derniers mois, en s'installant dans l'école et en y ajoutant une laverie commune, une bibliothèque et en réservant certaines pièces à des ateliers d'art et de musique, d'autres à des chambres où les volontaires peuvent passer la nuit.

"Sans ce qui a été fait ici, beaucoup plus de gens seraient morts", estime Edwin Soto, une figure de la communauté.

Et des dizaines d'initiatives semblables ont vu le jour à travers l'île.

"Je crois que nous avons tous appris de cette expérience. Nous avons appris l'empathie, la solidarité et à croire en nous-mêmes", selon M. Soto.

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