La rupture du contrat des sous-marins australiens provoque une crise diplomatique entre la France et les Etats-Unis

La rupture du contrat des sous-marins australiens provoque une crise diplomatique entre la France et les Etats-Unis
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a qualifié de "coup dans le dos" la rupture du contrat avec l'Australie (ici le 10 septembre 2021, à Budapest)

publié le jeudi 16 septembre 2021 à 21h57

La rupture du "contrat du siècle" avec l'Australie, à savoir 12 sous-marins pour 56 milliards d'euros, jette un froid entre la France et les Etats-Unis. Les autorités françaises ont annulé une soirée de gala prévue vendredi à Washington.



C'est un coup dur pour la France. Les Etats-Unis, qui cherchent à renforcer tous azimuts leurs alliances face à la Chine, ont annoncé mercredi 15 septembre avec l'Australie et le Royaume-Uni un vaste partenariat de sécurité dans la zone indo-pacifique, comprenant notamment la livraison de sous-marins à propulsion nucléaire à Canberra. La France voit par conséquent lui échapper un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros) pour fournir à l'Australie 12 sous-marins à propulsion conventionnelle.




"C'est vraiment, en bon français, un coup dans le dos", s'est indigné ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian sur franceinfo jeudi matin, qui avait conclu le "contrat du siècle" sur les sous-marins lorsqu'il était ministre de la Défense. "Cette décision unilatérale, brutale, imprévisible ressemble beaucoup à ce que faisait Monsieur Trump", l'ancien président américain, a encore fustigé le chef de la diplomatie française. 

Mais les Etats-Unis ont affirmé plus tard dans la journée avoir eu des contacts avec la France avant l'annonce de cette nouvelle alliance. "De hauts responsables de l'administration américaine ont été en contact avec leurs homologues français pour discuter de 'AUKUS' (ndlr: le nom de ce nouveau partenariat), y compris avant l'annonce" intervenue mercredi, a déclaré à l'AFP un haut responsable de la Maison Blanche. "Comme le président (Biden) l'a dit hier, nous coopérons étroitement avec la France à propos de nos priorités communes dans l'Indo-Pacifique et nous continuerons à le faire", a néanmoins dit le haut responsable de la Maison Blanche, qui a demandé l'anonymat.

Ce que Paris a aussitôt démenti. "Nous n'avons pas été informés de ce projet avant la publication des premières informations dans la presse américaine et australienne, qui elles-mêmes ont précédé de quelques heures l'annonce officielle de Joe Biden", a déclaré à l'AFP le porte-parole de l'ambassade de France à Washington, Pascal Confavreux.

La France annule une célébration à Washington

Cette rupture de contrat avec l'Australie jette un froid entre Paris et Washington, alors que Joe Biden était censé incarner une embellie dans la relation transatlantique après quatre années de brutalité trumpienne. "Il est certain que nous avons une petite crise diplomatique sur la table", résume pour l'AFP Anne Cizel, spécialiste de politique étrangère américaine à l'université parisienne de la Sorbonne. "Les Etats-Unis envoient un signal un peu curieux en ce sens qu'ils réclament une présence (militaire) de leurs alliés européens dans l'Indopacifique et dans le même temps se positionnent en premiers concurrents des ventes de sous-marins français", résume-t-elle.

Paris peut se targuer d'une relation privilégiée avec les Etats-Unis sur un certain nombre de dossiers, à commencer par la lutte antijihadiste, de l'Irak au Sahel. Mais l'affaire du partenariat stratégique avec l'Australie concrétise un peu plus, après le retrait d'Afghanistan, un mode d'action et de décision très unilatéral du nouveau président américain. Les Européens ont désormais une idée "assez claire" de la façon dont Washington considère ses alliés, a résumé une source proche du dossier à Paris. 

Preuve des tensions entre Paris à Washington, les autorités françaises ont annulé une soirée de gala prévue vendredi à Washington, a confirmé jeudi à l'AFP un responsable sous le couvert de l'anonymat. Cette réception, à la résidence de l'ambassadeur de France à Washington, était censée célébrer l'anniversaire d'une bataille navale décisive de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, conclue par une victoire de la flotte française sur la flotte britannique, le 5 septembre 1781.

La bataille de la baie de Chesapeake, aussi connue sous le nom de bataille des caps de Virginie, opposant la flotte de l'amiral britannique Thomas Graves à celle du lieutenant-général des armées navales François Joseph Paul de Grasse, a été jugée cruciale pour la victoire finale des armées coalisées de George Washington, Rochambeau et La Fayette. 

D'autres événements s'inscrivant dans la célébration de ce 240e anniversaire ont été toutefois maintenus, comme l'escale d'une frégate française à Baltimore et celle d'un sous-marin à Norfolk, ou encore la dépose d'une gerbe sur un monument à Annapolis.
 

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